LES DÉBUTS DE LA CONTROVERSE SUR LE « THÉOTOCOS
les autres, pourvu qu’on maintienne l'union de la divinité et de l'humanité sans supprimer ni l'une ni l’autre. Du reste, il vaut mieux se servir de l'expression la plus sûre. L'Évangile dit : «Le Christ est né». Si vous appelez Marie mère du Christ (χριστοτόχος), vous désignez celui-ci et celui-là dans la filiation. Servez-vous de ce qui n’est pas condamné par l'Évangile et bannissez cette controverse d’entre vous en vous servant de termes qui puissent recueillir l'unanimité ». Quandils entendirent ces paroles ils dirent : «Notre question a été résolue devant Dieu.»
Mère du Christ, χριστοτόχος, tel était le mot enchanteur que Nestorius croyait avoir découvert pour apaiser toutes les discordes. Dans une série de sermons il chercha à en montrer la légitimité, combattant à la fois les expressions « Mère de Dieu » et Mère de l'homme ». Mais les gens avisés ne tardèrent pas à s'apercevoir que sa théorie sur le mode d'union des deux natures dans le Christ recélait une hérésie. Le disciple de Théodore découvrait dans le Christ deux sujets, deux hypostases et personnes : d’un côté, le Verbe, Fils éternel de Dieu, à qui il fallait attribuer les propriétés divines ; de l'autre, l'homme, le fils de Marie, sujet des propriétés humaines. Aussi des accusations d'hérésie commencèrent à circuler sur le compte de l'adversaire du {héolocos. La tolérance relative qu'il manifestait à l'égard de celte expression ne fut pas imitée par l’un de ses amis, Dorothée, évèque de Marcianopolis, qui dit dans un sermon prêché en sa présence : « Que celui qui appelle Marie théolocos soit anathème ?. » Loin de protester, Nestorius admit, aussitôt après, Dorothée à la communion.
La grande majorité des clercs et des laïques de la capitale prit dès lors parti contre l'évêque novateur. Un jour, un
1. Ibid., p. 91-92. Nestorius dit la même chose dans une lettre à Jean d’Antioche, Loors, p. 185,et dans sa première lettre au pape Célestin, tbid., p. 166.
2. Εἴ τις θεοτόχον εἶναι λέγει τὴν Μαρίαν, οὗτος ἀνάθεμα ἔστω. Cyrilli epistol. XI, Ρ. G., t. LXXVII, col. 81 B; Epistol. ὙΠ], col. 60; Epistol. XIV, col. 97. Saint Cyrille semble présenter le discours de Dorothée comme ayant marqué le début de la controverse, tandis que Socrate nous parle du discours d’Anastase ; mais il est à peu près sûr que Cyrille a passé sous silence l'incident provoqué par Anastase et n'a retenu que le propos de Dorothée, à cause de sa gravité. C’est ce qui parait ressortir de la lettre à Acace de Bérée, Epist. XIV, col. 97 A.
laïque courageux, l'avocat Eusèbe, qui devint plus tard évêque de Dorylée, osa l’interrompre, au moment où il disait que Dieu le Verbe n'était pas né deux fois, et affirma la double génération du Fils de Dieu, aux applaudissements de la majorité des assistants !. Nestorius s'’échappa en invectives contre l'interrupteur, qui, quelques jours après, fit placarder sur les murs de l’église une affiche où la doctrine de Nestorius était mise en parallèle avec celle de Paul de Samosate 3.
De nombreux clercs se séparèrent de la communion de l’évêque et tinrent des assemblées séparées. Ils demandèrent à Proclus, évêque nommé de Cyzique, de prendre la défense de la maternité divine de Marie; ce qu'il fit dans un beau discours qui nous a été conservé et que Nestorius entreprit vainement de réfuter 8. Ce dernier se mit bientôt à sévir avec violence contre ses contradicteurs. Plusieurs clercs furent excommuniés et déposés de leurs fonctions #. Des manifestants, qui avaient essayé de protester contre ces mesures arbitraires et n'avaient pas craint de crier : « Nous avons un empereur; nous n’avons pas d'évêque », furent molestés par la police, conduits au tribunal et flagellés ὅ.
Les moines ne furent pas les moins zélés à prendre la défense de la maternité divine de la Vierge. L'un d'eux eut la simplicité de vouloir arrêter Nestorius, au moment où celui-ci se rendait à l’autel pour célébrer le saint sacrifice. Il reçut quelques soufflets de la main épiscopale, et fut livré aux magistrats, qui le condamnèrent à l'exil, après lui avoir fait subir une cruelle flagellation 6. L'archimandrite Basile se présenta avec quelques-uns de ses moines au palais épiscopal pour demander à Nestorius des explica-
1. Marius MERCATOR, Impü Nestorii sermo I, Ρ. L.,t. XLVIII, col. 769-770.
2, Voir cette pièce dans Mansi, op. cit., t. VI, col. 1008-1011, Eusèbe. n’avait pas tout à fait tort de comparer la doctrine de Nestorius à celle de Paul de Samosate, comme nous le dirons plus loin, p. 215 sq.