LE VERBE S'EST UNI A UNE PERSONNE HUMAINE
versa. On ne pourra pas dire de Dieu le Verbe qu'il est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert, qu'il est mort. On ne pourra pas appeler Marie θεοτόχος, au sens propre du mot et sans faire des réserves. En un mot, ce que les théologiens appellent la communication des idiomes n'est pas permis par rapport à Dieu le Verbe, ni par rapport à l'homme pris comme tel.
5° Cette communication des propriétés peut cependant se faire par rapport aux termes qui désignent le prosôpon de l'union, c'est-à-dire par rapport aux mots Christ, Fils, Seigneur. Dès lors, on pourra très bien dire que Marie est mère du Christ, Νιριστοτέχος, parce que ce nom de Christ fait songer à la fois aux deux personnes qui sont unies, à la personne divine et à la personne humaine, et, tout naturellement, l'esprit attribuera, dans ce cas, la naissance à la personne humaine. On aflirmera aussi que la Vierge a enfanté le Fils, le Seigneur, que le Christ, le Fils, le Seigneur est Dieu et aussi qu'il est homme, parce que chacun de ces termes désigne à la fois les deux natures complètes, les deux personnes qui se font don mutuellement de certains litres les dénommant toutes les deux, à cause de leur intime union.
6° Neslorius n'ayant pas la notion d'une nature abstraite, mais entendant toujours par ce mot une nature individuelle concrèle et douée de personnalité, on comprend pourquoi il mêle constamment dans son langage les termes concrets et les termes abstraits, qui sont pour lui équivalents : ce qui le fait parler parfois d'une manière orthodoxe; mais il ne faut point s’y laisser prendre: c'est une orthodoxie purement verbale. Pour la même raison, il ne fait point de différence entre le masculin et le neutre. « Alius » et « aliud » seront pour lui synonymes.
Que ce soit bien là le fond de la théorie nestorienne, cest ce que nous allons établir par les propres paroles de l'hérésiarque. Nous puiserons surtout nos citations dans le Livre d'Héraclide, qui nous livre la pensée dernière de son auteur; mais nous n'’aurons garde de négliger les autres écrits, qui ont plus d'importance au point de vue
historique, puisqu'ils ont fourni les considérants de la sentence d'Ephèse.
5 1. — Le Verbe s’est uni à une personne humaine.
S'il est vrai que Nestorius n’a pas embrassé à l’aveugle toutes les opinions théologiques de son maître Théodore de Mopsueste, s’il s'est même permis une . fois, comme nous l'avons dit plus haut, de le contredire ouvertement, une chose cependant est indubitable : c'est qu’il a été son disciple fidèle en christologie. C’est, chez l’un et chez l’autre, la même conception de l'union des deux natures, et tous deux partent, pour l’établir, du même principe philosophique : Ce principe est celui-ci : toute nature complète est une personne.
« Lorsque nous distinguons les natures (en Jésus-Christ), dit Théodore, nous disons que la nature de Dieu le Verbe est complète, et complète aussi la personne, car on ne saurait avancer qu'une hypostase (ou nature) est impersonnelle; de même, nous disons que la nature de l’homme est complète, elle aussi, et complète la personne. Cependant, quand nous considérons l'union, τὴν συνάφειχν, nous disons alors qu'il n’y ἃ qu'une personne, πρόσωπον. »
Nestorius. dit dans le même sens
« Toute nature complète n’a pas besoin d'une autre nature pour être et pour vivre, car elle possède en elle et elle a reçu tout ce qu'il faut pour être... Comment donc des deux natures complètes dis-tu une seule nature, puisque l'humanité est complète et n’a pas besoin de l'union de la divinité pour être homme 39
1. Ὅταν μὲν γὰρ τὰς φύσεις διαχρίνωμεν, τελείαν τὴν φύσιν τοῦ Θεοῦ Δόγου φαμὲν καὶ τέλειον τὸ πρόσωπον * οὐδὲ γὰρ ἀπρόσωπόν ἐστιν ὑπόσιασιν εἰπεῖν" τελείαν ὃξ χαὶ τὴν τοῦ ἀνθρώπου φύτιν, χαὶ τὸ πρόσωπον, ὁμοίως. “Ὅταν μέντοι ἐπὶ τὴν συνάφειαν ἀπίδωμεν, ἕν πρόσωπον τότε φαμέν. Fragmenta dogmatica, Ρ, G., t. LXVI, col. οϑι.
milan
LE VERBE S’EST UNI ἃ UNE PERSONNE HUMAINE 95
» Sous le prosôpon physique il y ἃ une nature!.
» La divinité subsiste unie à l'humanité et l'humanité subsiste en nature unie à la divinité?.
» Ce n'est pas pour cela que tu me réprimandes (il s'agit de Cyrille), mais c'est parce que je sépare les propriétés de l'union à chacune des natures, de sorle que chacune de cellesci subsiste dans son hyposlase. Je ne dis pas qu'elles
remontent à Dieu le Verbe, comme s'il était les deux par
essence, ou que les propriélés de la chair aient élé prises sans (leur) hypostase par Dieu. De cette manière, il apparaîtrait seulement sous la forme de la chair utilisant et soufirant toutes les choses de la chair, soit qu'il se changeût en la nature de la chair, ou que les deux natures fussent mélangées en une seule ; ou que les propriétés de la chair montassent par confusion ou par déplacement jusqu'à l'essence de Dieu ou que, par une composition naturelle, il souffrit passivement les souffrances du corps, sans que le corps exerçät aucune fonction par sa nature dans l'économie, et sans qu'il fit les opérations humaines par la volonté de l'âme, par l'intelligence humaine, par le sens du corps, mais seulement par l'intelligence et la volonté de Dieu; ainsi ce serait dans le sens de Dieu que le Christ aurait souffert toutes les choses humaines ὅς. ΠῚ n'aurait eu un corps que de nom, sans hypo-
1. Cette expression : « personne naturelle, ποόσωπον φυσιχόν », qui paraît avoir élé inventée par Nestorius, est fort suggestive. Elle fait songer qu'en dehors de la personne naturelle, il y a dans le système nestorien une autre personne qui ne l’est pas, à savoir « la personne de l'union, πρόσωπον τῆς ἑνώσεως ». Celleci west donc que morale, artificielle. Au lieu de « πρόσωπον τῆς ἑνώσεως », Théodore de Mopsueste disait : ἔνωσις προσώπου. L'expression de Nestorius est plus claire. Elle paraît bien authentique. M. Nau, que nous avons consulté, ἃ déclaré que le texte syriaque du Livre d'Héraclide portait « prosôpon d'union » et non « union du prosôpon ».
3. Nestorius rassemble ici les arguments qu'il développe et répète à satiété dans son ouvrage pour combattre l'union physique et hypostatique des deux natures enseignée par saint Cyrille. D'après lui, admettre une pareille union, supprimer à l'humanité sa personnalité propre, aboutit soit à nier la réalité de là nature humaine du Christ, soit au monophysisme le plus grossier, soit à faire de Dieu le Verbe une partie d’un tout naturel et à le rendre passible dans sa nature divine, tout comme l’âme humaine unie au corps en composition naturelle souffre dés souffrances du corps. Inutile de faire remarquer que ces déductions ne s'imposent pas et qu'il y a place pour une autre hypothèse, qui est la
stase et sans opération. C’est pourquoi tu l'appelles homme en paroles seulement, puisque tu n'acceptes pas de reconnaître l'essence et l'opération de l'homme, et l'existence de deux nalures dans leurs propriétés, dans l'hyposlase el dans l'essence de chacune d'elles.
» L'humanité utilise le prosôpon de la divinité et la divinité le prosôpon de l'humanité?.
» Je dis deux natures, et autre est celui qui revêt et autre celui qui est revêtu ; el il y a deux prosôpons: de celui qui revêl el de celui qui est revêluÿ. »
De ces passages et d’autres semblables, qui abondent dans le Livre d'Héraclide, il ressort clairement que, d’après Nestorius, la nature humaine en Jésus-Christ est une vraie personne, subsistant en elle-même, se possédant ellemême et sujet d'attribution d'actions qui lui sont propres, à l'exclusion de Dieu le Verbe. On voit aussi que pour lui les mots : essence, (οὐτίχ), nature, (φύσις), hypostase, (üréstasts), personne, (πρόσωπον physique) sont en réalité synonymes. Ils désignent la nature concrète, individuelle et douée de
doctrine de saint Cyrille et de l'Eglise, d'après laquelle le Verbe de Dieu fait subsister en lui par sa toute-puissance la nature humaine complète, sans pour cela être soumis aux souffrances humaines.
4. Quand nous disons que ces termes sont synonymes dans la réalité, nous n’entendons pas nier qu'il y ait des différences de points de vue, des distinctions virtuelles, comme disent les théologiens. Nous voulons simplement affirmer que pour Nestorius toute nature humaine concrète, complète, comme est la nature humaine du Christ, est à la fois essence, nature, hypostase et prosôpon physique ou personne,au sens où nous entendons maintenant ce mot. L'ouvrage de M. Bethune-Baker porte un appendice, p. 212-232, une savante dissertation d’un anonyme sur la signification théologique des termes syriaques, ithutà et ithyä, kyana, genôma, parsôpâ, correspondants des mots grecs : οὐσία, φύσις, ὑπόστασις, πρόσωπον. On y reconnaît la synonymie des trois premiers termes, mais on établit une différence entre ὑπόστασις et πρόσωπον, gendmä et parsôpd. Cette différence existe en effet entre l'hypostase ct le prosôpon de l’union ; mais l’auteur n'a pas remarqué que le Livre d’Héraclide parle de deux sortes de prosôpons, l’un, le prosépon naturel (φυσιχόν), qui s'identifie en réalité avec l’hypostase, l’autre, le prosépon qu’on pourrait appeler artificiel ou moral. C’est ce que Nestorius appelle le prosôpon d'union, l'unique prosôüpon, résultat de la compénétration des deux prosôpons naturels ou physiques, compénétration qui est d’ailleurs sans confusion et qui est tout ce que l'on voudra, moins une com-