LE VERBE S'EST UNI A UNE PERSONNE HUMAINE
personnalité; aucun ne signifie l'essence concrète ou abstraite par opposition à l'individu et à la personne. Nestorius ne parle jamais de l'essence abstraite ou d’une nature individuelle qui ne serait pas en même temps une personne. C’est ce qu'il faut avoir toujours présent à l'esprit quand on le lit, sous peine de mal interpréter sa pensée. En certains endroits, en effet, il parait exprimer la doctrine orthodoxe de l'unité de personne en Jésus-Christ. Il rejette la doctrine des Pauliniens ou partisans de Paul de Samosate, qui admettent « que le Christ et le Fils est double dans les prosôpons comme dans les hypostases, et que disent que la forme du Verbe était dans le Christ de la même manière que les saints ont été la demeure de Dieu. » Un peu plus loin, il écrit :
« Comment est-il possible que nous entendions par celuici (le Verbe) un Fils, et par le Christ un autre Fils, qui serait homme seulement et qui demeurerait, par l'égalité et l'honneur de la filiation, dans l’image de celui que vous niez avoir été envoyé et avoir vécu au milieu de nous? C’est par une sorte d'habitation divine que, lui qui demeurait dans la forme de Dieu, a habité. C’est ainsi que l'Évangéliste nous fait monter clairement de Dieu le Verbe vers Dieu le Verbe et, en dehors de Dieu le Verbe, il ne connaît pas un autre Verbe, ni un autre Fils unique de Dieu, si ce n’est celui-ci avec la chair?. »
N'était la métaphore de l'habitation, qui trahit la pensée nestorienne, il n’y aurait rien à reprendre dans ce passage, au point de vue de l'orthodoxie. En voici un autre, qui, à première vue, paraît nous livrer la formule catholique de l’union des deux natures en une personne :
« Depuis que le Verbe s’est fait chair et qu'il a habité parmi nous, il a alliré la chair par appropriation jusqu'à son pénétration substantielle dans laquelle la nature humaine perdrait sa personnalité et subsisterait en la personne de Dieu le Verbe, Cette distinction de deux sortes de prosôpons est capitale pour l'intelligence de la christologie nestorienne-: C'est en fermant les yeux sur le prosôpon physique ou en lui donnant une interprétation par trop bénigne que M. Bethune-Baker et M, Fendt ont conclu que l'unique prosépon qu’admettait Nestorius était la personne de Dieu le Verbe,
propre prosôpon, qui est pour deux : d’une part pour l'essence de Dieu, et d’autre part pour l'union et l’approprialion de la chair ; de sorte que même la chair, qui est chair par nature, par suite de l’union et de l'appropriation du prosôpon, est également Fils ; bien qu'il se trouve en deux, 1] est dit un seul Fils et une seule chair!. »
Mais l'illusion est courte. Voici la suite :
« À cause de cela le Fils unique de Dieu et le Fils de l'homme, le même formé de deux, est dit les deux, parce qu'il a attribué (les propriétés) de leurs prosôpons (qu'on remarque le pluriel) à son prosôpon, et dorénavant il est désigné par celui-ci et par celui-là comme par son propre prosôpon; il parle avec les hommes (à l'aide) tantôt de la divinité, tantôt de l'humanité et tantôt des deux; de même que l'humanité parle à l’aide tantôt de l'essence de l'humanité et tantôt du propôson de la divinité. C'est pourquoi il est le Fils de Dieu et aussi le Fils de l’homme, et il parle (en ces deux qualités)?. »
Et quelques lignes plus loin :
« Gelui qui était visible (l’homme) parle de celui qui était conçu par l'Esprit (le Verbe) comme de son prosôpon, comme s’il était un et avait même prosôpon. Par l’un l’autre est conçu. Celui qui est conçu parle de celui qui est visible, comme s’il parlait du propre prosôpon de celui qui est visible... Les choses qui sont séparées comme sur un autre el un autre prosépon ne sont pas distinctes dans l’amour, car elles sont conçues dans l'amour et dans la volonté de Dieu par rapport à son prosôpon, parce qu'il a pris la chair ; dans celle-ci il s'est manifesté et dans celle-ci il a enseigné; dans celle-ci et par celle-ci, il ἃ agi comme présent et non comme absent : il s’est servi de son prosôpon dans la chair, parce qu'il a voulu que lui-même fût chair et que la chair fût lui-même, en sorte que ceux qui voient la chair, voient aussi Dieu. »
3. P.5r. Nous reconnaissons du reste volontiers que ces textes sont obscurs. Pour voir leur portée, il faut les rapprocher de ceux qui se rapportent au prosôpon d'union. Il y aurait lieu de se demander si parfois les rôles de Sophronius et de Nestorius n’ont pas été intervertis dans le dialogue, tel qu’il nous est parvenu. :