‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 66 sur 197 · P. 52-53. Cf. Loors, p · texte numérisé non relu

P. 52-53. Cf. Loors, p

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L'habitation de Dieu le Verbe en lui est tellement intime qu'elle aboutit à la communication réciproque des prosôpons. C'est là d’ailleurs une appropriation fondée sur l'amitié, et on peut la comparer à l'appropriation par laquelle le Christ considère l'Église comme son corps, et l'Église le Christ comme sa têle !.

Une autre comparaison à laquelle recourt yolontiers Nestorius est celle du vêtement et de l'homme vêtu :

« Comment dites-vous de moi que je divise l'union comme par un éloignement local parce que j'ai dit : à cause de celui qui est revêtu j'adore le vêtement? Car le vêtement n'est pas en dehors de celui qui le revêt, ni celui qui est revêtu en dehors du vêtement, mais il est conçu de la même manière. En conséquence, on ne peut pas adorer celui qui est revêtu en dehors du costume qu'il a avec lui, et sous lequel il siège avec le Père ?.

» (Il en est du Verbe) comme d'un roi qui revêt le costume de l’un de ses serviteurs ; bien qu'il soit roi en vérité, on dit qu'il s'est humilié, parce qu'il a échangé ses habits et qu'il parait extérieuremeut comme l'un de ses serviteurs 3. »

Le Christ homme est l'instrument de Dieu le Verbe, de la divinité :

« La créature n'a pas enfanté le Créateur, mais elle ἃ enfanté un homme, instrument de la divinité *. »

« C’est la grandeur de la Vierge χριστοτόχος d’avoir enfanté une humanité, instrument de la divinité de Dieu le Verbe; il suffit à sa gloire d’avoir engendré un médiateur uni (suyquy£vc) à la dignité de Dieu le Verbe ÿ. »

1, Nestorius et les Antiochiens emploient constamment le terme de « ναός » pour désigner l'humanité du Christ, mais cela ne veut point dire que tous les Antiochiens l’aient entendu au sens de Nestorius. Cyrille lui-même a usé de ce terme, à cause de son origine scripturaire.

4. Non peperit creatura creatorem, ἀλλ᾽ ἔτεχεν ἄνθρωπον, θεότητος ὄργανον. Premier sermon contre le θεοτόχος. Loors, p. 252.

5. Μέγα τῇ Χριστοτόχῳ παρθένῳ τὸ τεχεῖν ἀνθρωπότητα, τῆς τοῦ Θεοῦ Λόγου θεότητος ὄργανον " ἀρχοῦν αὐτῇ πρὸς τιμὴν ὑπεραίρουσαν τὸ γεννῆσαι μεσίτην τῇ τοῦ Θεοῦ (Λόγου) συννημμένον ἀξία. Loors. p. 247. ΟΕ. pp. 205 et 260.

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Dire que l'humanité du Christ est l'instrument de Dieu le Verbe, est une manière de parler qui n’a en soi rien de choquant et qui est en usage encore de nos jours. Mais dire que la Vierge n’a enfanté que l'instrument et non l'artiste, voilà qui sonne mal aux oreilles orthodoxes. C'est ce qui explique pourquoi saint Cyrille dans sa Lettre aux moines d'Égypte, écrite tout au début de la controverse, trouve tant à redire à cette comparaison. « Quelqu'un, dit l’évêque d'Alexandrie, qui ἃ un fils sachant jouer de la lyre n’est pas père de la lyre. De même, si le fils de Marie n’est que l’instrument de Dieu le Verbe, il n’est pas vérilablement Fils de Dieu. » Quoi qu'il fasse, Nestorius divisetoujours le ἀμ εῖει en deux sujets : l’homme et Dieu le Verbe.

Relevons encore la similitude du buisson ardent :

Dieu le Verbe et l’homme se servent des prosépons naturels de l’une et de l’autre nature dans ce qui leur est propre ; comme le feu était dans le buisson et le buisson était feu, et 16 feu était buisson, et chacun d’eux était buisson

1. Epistola I ad monachos Aegypti. ». α., t. LXXVII, col. 32-33. Saint Cyrille reproche encore à Nestorius d’appeler le Christ un homme théophore, ἄνθρωπος θεοφόρος, Epist. 1 ad Nestor... p. @., t. LXXVII, 00], 41 A; Advers. Nest. lib. I, P. G., t. LXXVI, col. 25 A, 28 D. Anath. V, ibid., col. 304, etc. On ne trouve aucun passage des écrits qui nous restent de Nestorius où cette expression soit employée. Saint Cyrille l’auraitil mise sur son compte, parce que l’idée qu’elle exprime découle logiquement du système nestorien ὃ C’est’ possible, mais peu probable, vu l’insistance que met l’évêque d’Alexandrie à la repousser. Dans sa réfutation du cinquième anathématisme, Théodoret ne nie pas que Nestorius ait fait usage de cette expression ; il s’applique seulement à en montrer la légitimité ; il en appelle en particulier à l’autorité de saint Basile. Ρ. α., t. LXXVI, col. 420 A. Bethune-Baker, An introduction to the early history of christian Doctrine, p. 278, propose de substituer « θεόφορος » (homme porté par Dieu), à « θεοφόρος » (homme qui porte Dieu). C’est là une hypothèse pure sur laquelle il est bien difficile de se prononcer. Dans les écrits que nous possédons de l’hérésiarque, le Verbe est habituellement celui qui porte, qui se revêt, ὁ φορῶν, et l'homme celui qui est porté, 6 φορούμενος, τὸ φορούμενον ; voilà qui favorise la leçon « θεόφορος ». Mais la comparaison du temple et de celui qui l’habite suggère l’idée que le Verbe est contenu dans l’homme, porté par lui. Nestorius a dès lors très bien pu dire : ἄνθρωπος θεοφόρος. Il a d’ailleurs employé un terme équivalent. Ila dit que la forme du serviteur, l’humanité, était θεοδόχος : τὴν Geodoyov τῷ Θεῷ Λόγῳ συνθεολογῶμεν μορφήν, fanquam divinae auctoritatis inseparabile simulacrum, tanquam imaginem abscondili judicis. Loors, p. 263. Cf. p. 276- Notons en passant cette autre comparaison du Christ, statue, image de Dieu : Doluit pro sua imagine Deus, tanquam pro propria statua rex, et corruptum renovat simulacrum, sine semine fingens de virgine naturam secundum Adam. Loos, p. 251.:

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Le ii

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et feu, et il n’y avait pas deux buissons ni deux feux. Car tous deux étaient dans le feu et tous deux dans le buisson, non comme séparés, mais comme unis. Des deux natures proviennent des prosôpons naturels{. »

Cette dernière comparaison exprime une union plus intime ; certains Père orthodoxes en ont employé d’approchantes?, mais il faut se souvenir que Nestorius maintient deux personnes distinctes, deux prosüpons naturels, comme il dit.

Le terme lui-même qu'affectionne l'hérésiarque pour désigner l'union des deux natures éveille l’idée du dualisme hypostatique. Ce n’est point le mot ἕνωσις, mais le mot συνάφεια, qu'il emploie habituellement 3,

« Nous appelons Dieu le Christ selon la chair, à cause de son adhésion avec Dieu le Verbe, le reconnaissant pour un homme en ce qu'il paraît extérieurement. Écoute Paul proclamant les deux choses : « Des Juifs provient le Christ selon la chair, lui qui est Dieu au-dessus de tout (Rom. 1x, 15). Ilconfesse l’homme d’abord, et ensuite, à cause de son adhésion avec Dieu le Verbe, il appelle Dieu ce qui est visible, pour que personne ne pense que le christianisme est anthropolâtre. Maintenons donc sans confusion l'adhésion des natures. Confessons le Dieu dans l'homme, honorons l’homme qui, grâce à l’adhésion divine, est adoré avec le Dieu tout-puissant ἡ.»

« Dieu le Verbe était Fils et Dieu avant l'Incarnation, et il

P. rh.

2. Saint Cyrille lui-même, dans l’'homélie pascale de 429, qui vise à réfuter la doctrine nestorienne, emploie la comparaison du buisson ardent pour expliquer le mystère de l’Incarnation, mais il s'exprime de manière à maintenir l’unité de sujet : οὐχοῦν αὐτὸς nv ὁ Κύριος ἐν εἴδει πυρός. Homilia paschalis XVIL pe. G., t. LXX VII col. 81 C.

3. Le mot ἕνωσις est employé par Nestorius au moins une fois : τὰ τῶν φύσεων χωρίζοντες ἴδια, τὴν τῆς ἑνώσεως ἀξίαν συνάπτωμεν, Loors, op. cit., p. 242. Mais on remarquera l'emploi du verbe συνάπτειν rapproché de ἕνωσις.

ἡ, Τὸν χατὰ σάρχα Χριστὸν ἐχ τῆς πρὸς τὸν Θεὸν Λόγον συναφείας Θεὸν ὀνομάζομεν, (τὸ) φαινόμενον εἰδότες ὡς ἄνθρωπον... ὋὍμολογεϊῖ τὸν ἄνθρωπον πρότερον καὶ τότε τῇ τοῦ Θεοῦ συναφεία θεολογεῖ τὸ φαινόμενον, ἵνα μηδεὶς ἀνθρωπολατρεῖν τὸν χριστιανισμὸν ὑποπτεύῃ. ᾿Ασύγχυτον τοίνυν τὴν τῶν φύσεων τηρῶμεν συνάφειαν, ὁμολογῶμεν τὸν ἐν ἀνθρώπῳ Θεὸν, σέθωμεν τὸν τῇ θεία συναφεία τῷ παντοχράτορι Θεῷ συμπροσχυνούμενον ἄνθρωπον. Loors, pp. 248- -249. Le Livre d’Héraclide, p. 178.

était avec son Père. Il a pris, dans les derniers temps, la forme de serviteur. Mais comme il était Fils auparavant et qu’on l'appelait ainsi, il ne peut pas, après avoir pris la chair, être appelé Fils à part, car ce serait enseigner qu’il y a deux Fils ; mais parce qu'il adhère (συνῆπται) à celui qui était Fils dès le commencement et qui lui a été joint (τῷ συναφθέντι), il ne peut être divisé dans l'honneur de la filiation ; je dis « selon l'honneur de la filiation », non selon les natures. C’est pourquoi le Verbe est aussi appelé Christ, parce qu’il a une adhésion constante avec le Christi. »

Sans doute, les termes συνάφεια, συνάπτει», n’ont, pris en eux-mêmes, rien d’'hérétique. On les trouve chez beaucoup de Pères dont l’orthodoxie est incontestable : mais sous la plume du condamné d'Éphèse ils sont révélateurs.

$ ΠῚ. — Le Christ, le Fils, le Seigneur.

De l’union des deux personnes divine et humaine résulte, dit Nestorius, une personnalité supérieure unique ou prosôpon d'union. Cette personnalité supérieure n’est pas Dieu le Verbe, car Dieu le Verbe est un des composants et ne dénomme que la nature divine 3.

Le prosôpon ne se trouve pas dans l’essence ; il n’est pas (par exemple) dans l’essence de Dieu le Verbe, qui n’est pas le prosépon d'union des natures qui se sont unies, de manière à unir les essences dans un prosôpon de Dieu le Verbe, car il n’est pas les deux par essence » 8.

1 faut cependant donner un nom à ce prosépon unique commun aux deux personnes unies

. Ἦν μὲν γὰρ ὁ Θεὸς Ayoc χαὶ πρὸ τῆς ἐνανθρωπήσεως υἱὸς χαὶ Θεὸς χα συνὼν τῷ πατρί, ἀνέλαδε δὲ ἐν ὑστεροῖς χαιροῖς τὴν τοῦ δούλου μορφήν “ ἀλλ᾿ ὧν πρὸ τούτου υἱὸς χαὶ καλούμενος, μετὰ τὴν ἀνάληψιν οὐ δύναται χαλεῖσθαι χεχωρισμένος υἱὸς, ἵνα μὴ Vo υἱοὺς δογματίσωμεν, ἀλλ᾽ ἐπειδήπερ ἐχείνῳ συνῆπται τῷ ἕν ἀρχῇ υἱῶ ὄντι τῷ πρὸς αὐτὸν dr οὐ δύναται χατὰ τὸ ἀξίωμα, τῆς υἱότητος διαίρεσιν δέ Ξξασθαι... Διὰ τοῦτο χαὶ χριστὸς ὁ Θεὸς Λόγος ὀνομάζεται, ἐπείπερ ἔχει τήν συνάφειαν τὴν

πρὸς τὸν χριστὸν διηνεχῆ. Loors, p. 275. Le Livre d’Héraclide pp. 196-197. Sur.

re de συνάφεια et de συνάπτω, voir la table de Loofs, p. 406. . Le mot « homme » ne désigne que la nature humaine, tout comme « Dieu le the » ne désigne que la nature divine, Loors, p. 211.

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