‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 68 sur 197 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

10. « D’un autre et d’un autre résulte notre Sauveur, p. 186. »

Nestorius cherche à l’appuyer sur l'usage de l'Écriture! et aussi sur le symbole de Nicée, qui dit : « Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu... qui s’est fait homme, qui a souffert, etc. ». Il reproche vivement à Cyrille d'avoir omis le commencement du symbole et d'avoir employé indifféremment le mot « Seigneur Jésus- Christ » et le mot « Verbe » :

« Cyrille ἃ omis le commencement et n’a pas voulu commencer par là; tandis que moi, j'ai établi ce que les Pères ont dit avec justice, et j'ai dit : « C’est ici que nous commencerons », en montrant aussi la raison pour laquelle ils ont d’abord placé les noms qui sont communs à la divinité et à l'humanité...

» De l’union de la divinité et de l'humanité, il y eut un Christ et non Dieu le Verbe, car celui-ci était éternel. C’est donc le Christ qui est le prosôpon de l'union; Dieu le Verbe n'est pas celui de l’union, mais de sa nature, et l’on ne saurait prendre l’un pour l’autre. C’est pourquoi, Ô admirable, les Pères aussi, suivant les saints Livres, ont dit : « Un Seigneur Jésus-Christ, Fils unique » relativement au prosôpon d'union, puis ils enseignent quels sont ceux qui se sont unis et dans quel but... Ils proclament un Seigneur Jésus-Christ consubstantiel au Père et consubstantiel à la mère. Ce n’est pas Dieu le Verbe qui est des deux manières par nature, mais « un Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu. » L'union est en effet dans le prosôpon, et non dans la nature ni dans l'essence, mais il y a union des essences, l’essence de Dieu le Verbe et l’essence de la chair ?. »

On voit à quelles subtilités recourait Nestorius pour établir sa théorie et comment il savait lui donner les apparences de l’orthodoxie. On voit aussi pourquoi saint Cyrille,

1. La signification des noms « Christ, Fils, Seigneur » est indiquée en un grand nombre d’endroits des fragments recueillis par Loofs. Voir la table des Nestoriana aux mots « Christus, Κύριος, υἱός. Nestorius met souvent ses adversaires au défi de trouver dans l’Ecriture un texte qui attribue à « Dieu le Verbe » les actions ou les qualités qui conviennent à la seule nature humaine.

2. P. 126, 128-129. Cf. Loors, p. 174-175, 295-297 et la seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius, Maxst, op. cit., col. 888.

dans ses Anathémalismes et dans les écrits où il réfute la doctrine nestorienne, emploie si souvent le terme « Dieu le Verbe » ou « le Verbe » au lieu des mots : « le Christ, le "Fils, le Seigneur. » C'était le meilleur moyen de dissiper l'équivoque sous laquelle se dissimulait l'hérésie.

$ IV. — La communication des idiomes.

A l'époque où parut Nestorius, on n'avait pas encore fixé d'une manière précise et rigoureuse les règles à observer dans l'attribution à l'unique personne du Verbe des propriétés de la nature humaine et de celles de la nature divine. Cette attribution, que les théologiens appellent a communicalion des idiomes, n’était cependant pas chose inconnue, et comment l’aurait-elle été, puisque l'Écriture Sainte elle-même la pratique ? Les savants comme les ignorants, les pasteurs comme les fidèles voyaient en Jésus-Christ le Fils de Dieu incarné, possédant à la fois tous les attributs de la divinité et tous ceux de l'humanité, constituant un être unique, une seule personne, et d'instinct ils attribuaient à cet être unique toutes les propriétés des deux natures. Les controverses ariennes avaient amené les Pères à distinguer soigneusement l'humain du divin dans le Christ, mais cela s'était fait sans préjudice pour l'unité de sa personne. L’appellation de « Mère de Dieu, » θεςτόχος, est courante au ive siècle. Le concile de Nicée, dans son symbole, attribue à l'unique Fils de Dieu, engendré de la substance du Père, consubstantiel au Père, la souffrance, la mort, la résurrection ?.

Cependant, l'école d'Antioche, à la suite de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste, avait commencé à réagir contre un procédé dont Apollinaire abusait et qui pouvait, si l'on n'y prenait garde, conduire au monophysisme.

1, Cela ne veut point dire que des Pères, très orthodoxes d’ailleurs, n'aient jamais employé certaines expressions qui, prises à la lettre, expriment un dualisme hypostatique. À

2. Πιστεύομεν εἰς ἕνα Κύριον Ἰησοῦν Χριστὸν,τὸν Υἱὸν τοῦ Θεοῦ, γεννηθέντα ἐχ τοῦ Πατρὸς μονογενῆ, τουτέστιν ἐκ τῆς οὐσίας τοῦ Πατρὸς... ὁμοούσιον τῷ Πατρὶ... παθόντα χαὶ ἀναστάντα τῇ τρίτη ἡμέρχ. Maxsi, Ampliss. Collect. concil., t. IL, col. 000,

Nestorius nous livre le secret du système ingénieux élaboré par ses maîtres pour rendre inoffensive la communication des idiomes. Celle-ci n’est point proscrite absolument ; elle est seulement limitée et pliée aux exigences de la théorie christologique.

Il est facile de deviner par ce qui précède en quoi consiste celte limitation. La communication des propriétés ne peut se faire que sur le prosôpon d’union et sur les noms qui le désignent. Au Christ, au Fils, au Seigneur on pourra accorder tous les attributs divins et humains. Le Christ est Dieu parfait et homme parfait, le Fils aussi, le Seigneur aussi. Le Christ, le Fils, le Seigneur est à la fois passible et impassible, mortel et immortel, engendré dès l'éternité et né dans le temps, Fils de Dieu et Fils de Marie. Mais la communication est interdite par rapport à Dieu le Verbe et par rapport à la nature ou personne humaine prise comme telle : |

« Celui qui apparaissait par essence, j'ai dit qu'il était d'entre les Juifs et qu'il n’était pas Dieu le Verbe; car je confesse que l’homme en essence et en nature est d'entre les Juifs et n’est pas Dieu le Verbe en nature. Je dis que l’homme en nature est en dehors de la nature de Dieu le Verbe, mais il est Dieu par cette union qui a lieu dans le prosôpon !.

» Si tu lis tout le Nouveau Testament, tu n’y trouveras pas que la mort soit attribuée à Dieu le Verbe, mais au Christ, ou au Seigneur, ou au Fils?.

» Cyrille a dit que tout ce que les livres divins attribuent au Christ doit être attribué à Dieu le Verbe : la naissance d’une femme, la croix, la mort, l’ensevelissement, la résurrection, l’ascension, la seconde venue, lorsqu'il viendra de nouveau. Ce n’est pas là ce que les Pères (de Nicée) ont. commencé à dire 3.

» Il y en a, de ceux qui passent pour orthodoxes, qui disent qu’il est de la nature impassible, indépendante, immuable

1, Le Livre d’Héraclide, Ὁ. 179.

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