‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 70 sur 197 · Ibid., p. 213-214. Quatrième contre-anathème · texte numérisé non relu

Ibid., p. 213-214. Quatrième contre-anathème

4. Il faut remarquer que cet anathématisme s'oppose au quatrième de saint Cyrille, ainsi conçu : Εἴ τις προσώποις δυσὶν, ἤγουν ὑποστάσεσι, τάς τε ἐν τοῖς εὐαγγελιχοῖς ua ἀποστολιχοῖς συγγράμμασι διανέμει φωνὰς, ἢ ἐπὶ Χριστῷ παρὰ τῶν ἁγίων λεγομένας, ἢ παρ᾽ αὐτοῦ περὶ ἑχυτοῦ, χαὶ τὰς μὲν ὡς ἀνθρώπῳ παρὰ τὸν ἐχ Θεοῦ Λόγον ἰδικῶς νοουμένῳ προσάπτει, τὰς δὲ ὡς θεοπρεπεῖς μόνῳ τῷ ἐχ Θεοῦ Πατρὸς Λόγῳ, ἀνάθεμα ἔστω.

La maternité divine de Marie.

Pas plus que les souffrances et la mort, la naissance d’une femme ne peut être attribuée à Dieu le Verbe. Voilà pourquoi Nestorius en veut au mot θεοτόχος. On sait que c’est autour de cette appellation, donnée à la Vierge Marie, que s’engagea la controverse. La négation de la maternité divine n’était qu'une application particulière de la théorie générale de la communication des propriétés, telle que l’admettait Nestorius. Il ne faut point s'étonner dès lors que cette question occupe peu de place dans le Livre d'Héraclide. Maïs dans les discussions du début, elle est, comme on l’a vu, au premier plan, et l'hérésiarque y revient très souvent dans les lettres et les discours qui nous restent de lui. Sa pensée sur ce point, tout en restant toujours identique à elle-même dans le fond, a emprunté pour s'exprimer les formes les plus variées, les tours les plus énergiques. Sa répulsion pour le θεοτόχος vient d’abord de ce que ce mot est susceptible d’une interprétation arienne ou apollinariste :

« Non dicit, inquiant « τὸ θεοτόχος », et hoc est totum quod nostris sensibus abillis opponitur.« Nemo enim, aiunt, rectam fidei gloriam (— sententiam — δόξαν) sequens, vocem hanc aliquando declinavit.... Scis hoc Apollinarem dicentem? Scis hanc vocem, τὸ θεοτόχος, apud Arium plausus maximos excitare? Scis hanc quoque apud Eunomium frequentari ἢ « Etiam » inquis, sed non secundum illos, hanc, ais, vocem enuntio ». Laudo infitias tuas ; interim arguo teipsum in eo quod dicis vocem hanc solam esse veritatis tenacem. Sunt enim et dicentes τὸ θεοτόχος, et tamen, secundum tuam confessionem, eos esse haereticos constat. Sed quoniam illi, dicentes τὸ θεοτόχος, hinc naturae utriusque conficiunt permixtionem seu temperamentum, ut quae sunt humilia non videantur de carnis dicta esse substantia, nec quae alta sunt de Domino et Deo omnium intelligantur expressa, ideo damna eos, qui dicunt secundum Apollinaris et Arii sensum genitricem Dei, et ego una tecum clamo τὸ θεοτόχος !. »

1, Loors, p. 300-301. Traduction de Marius Mercator.

On pourrait conclure de cette dernière phrase que Nestorius ne rejette le mot θεοτέχος que dans le cas où on lui donne un sens hérétique !. Mais il n'ignorait pas que saint Cyrille et ses partisans se défendaient de partager des erreurs déjà condamnées par l'Eglise. Pourquoi, dès lors, cetentêtement à rejeler une expression déjà consacrée par l’usage de l'Église? C'est que cette expression heurte de front tout le système christologique de l’hérésiarque. N’admettant point le lien hypostatique qui unit les deux natures de l'Homme- Dieu, mais voyant en celui-ci la réunion de deux personnes distinctes, dont l'une a existé de toute éternité et l’autre est née dans le temps, il se refuse absolument à dire que la Vierge Marie a enfanté le Verbe.

Enfanter le Verbe serait, d’après lui, enfanter la divinité. « Le Verbe», « la divinité » sont pour lui des termes synonymes, Car il ne s'élève point à la notion abstraite de nature, telle que nous la concevons:

« Personne n’enfante un plus ancien que soi?. »

« Dieu le Verbe n'était pas Fils de David #. »

« Celui qui est né de touteéternité peut-il naître une seconde fois 2»

«Les Pères de Nicée ont dit : « Il s'est incarné et il s’est fait homme » Ils n'ont pas dit : «Il est né», pour ne pas introduire deux naissances dans la divinité ÿ. »

« Celui qui naît doit être consubstantiel à sa mère.»

« Dieu a-t-il une mère ? Le gentil qui donne des mères aux dieux est-il donc irrépréhensible?.. Paul est-il donc un menteur, lui qui dit de la divinité du Christ: «Il estsans père, sans mère, sans généalogie « (Heb. vir, 3)? — Non, non, ce

1. Ce n’est pas le seul endroit où Nestorius affecte de ne combattre le θεοτόχος que parce qu’il sent l’arianisme et l’apollinarisme. Voir Loors, p. 184, 273 sq.

2. Nemo anteriorem se parit. Loors, p. 351. Cf. p. 247 et 168.

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