LAB, Concilia, t. II, col
3. Paroles de Nestorius citées à Éphèse. Loors., op. cit., p. 292.
propriétés communes, celui-ci est celui-là et celui-là celuici, celui-ci et celui-là demeurant tels dans leurs natures... L'humanité se sert de la divinité dans les choses qui relèvent de la divinité‘. »
Quelques textes patristiques interprétés par Nestorius.
Les témoignages des saints Pères qui, d’après Nestorius, auraient été mal interprétés par l'assemblée d’Éphèse, ce sont principalement trois textes empruntés, l’un à saint Ambroise, l’autre à saint Athanase et le troisième à saint Grégoire de Nazianze. Nestorius les répète à satiété dans le Livre d'Héraclide, en guise de refrains triomphants. Le texte de saint Ambroise est ainsi conçu :
« Misit Deus Filium suum faclum ex muliere, faclum sub lege (Galat. vi, 4). Filium, inquit, suum, non unum de multis, non communem, sed suum. Suum cum dicit, generationis æternae proprietatem significavit Hunc postea factum ex muliere asseruit, ut factura non divinitati, sed assumptioni corporis adscriberelur..….
» Servemus distinctionem divinitatis et carnis. Unus in utraque loquitur Dei Filius, quia in eodem utraque natura est. Etsi idem loquitur, non uno semper loquitur modo. Intende in eo nunc hominis passiones, Quasi Deus loquitur quae sunt divina, quia Verbum est; quasi homo dixit quae sunt humana, quia in mea substantia loquebatur..... Hic est quem Pater sanctificavit et misit in hunc mundum. Haec ipsa littera nos docet, sanctificatione non divinitatem eguisse, sed carnem!, »
Le sens de ce passage ne présente aucune difficulté. Saint Ambroise affirme clairement que le mème Fils de Dieu ἃ été engendré éternellement par le Père, et est né dans le temps de la Vierge Marie, qu’il y a en lui une seule personne et deux natures et qu'à cette personne unique on peut
2. Maxsi, IV, col. 1190-1191. Le premier passage est tiré du De fide de saint Ambroise, lib. 1, cap. xv1, le second, du même ouvrage, lib. II, cap. 1v.
attribuer toutes les propriétés divines et humaines. Il y ἃ là une condamnation formelle du système nestorien, et les Pères d'Éphèse ne s’y sont pas trompés. Comment peut-il se faire que Nestorius ait tiré à lui ce témoignage? La chose s'explique facilement. Nestorius confond les termes abstraits et les termes concrets : divinilas, nalura divina — la personne du Vérbeet vice versa, humanilas, nalura humana — homo, caro, corpus — la personne humaine. Le mot « Fils » éveille dans sa pensée l'idée des deux natures-personnes unies en un prosôpon unique. Qu'on veuille bien se mettre à son point de vue, prendre sa mentalité et lire ensuite le texte d’Ambroise ; on n'aura pas de peine à lui trouver une saveur nestorienne. Prenons par exemple cette phrase : « Haec ipsa liltera nos docet sanctificatione non divinilatem eguisse sed carnem ; » remplaçons le mot divinitas par « Dieu le Verbe » et le mot « carnem » par « l’homme né de
la Vierge; » nous aurons compris comme Nestorius, qui écrit : | » Dis ces paroles d’Ambroise : « Le Livre lui-même ne
vous apprend-il pas que la divinité n’a pas besoin de sanctification, mais la chair? » C'est donc à cause de la chair qui a été ointe ou de l’homme, que Dieu le Verbe est appelé Christ selon la parole d’Ambroise. Mais c'est à cause de la chair qu'il est appelé chair, et à cause de l’homme qu'il est appelé homme. Comment le Christ ne prendrait-il pas son nom de la chair qui fut ointe ? À cause de la chair, il est appelé chair, et cela ne fait pas deux chairs ni deux hommes, parce que Dieu le Verbe est appelé « homme ». Parce que Dieu est appelé Christ d’après le Christ, cela fait-il deux Christs ? Restez donc d'accord avec vous et avec les Pères. »
« Ambroise parle de l’union de la divinité et non de l'union du Fils, bien ce que ce ne soit pas un autre, mais la même chose. Mais l’un (le mot « Fils ») indique le prosôpon et l’autre (le mot « divinité ») la nature (— Dieu le Verbe). C’est pourquoi, parce qu’il y ἃ eu union des essences, il parle de l’union de la divinité et de la chair; et parce que
l'union des natures a lieu en un seul prosôpon, il ajoute que le Fils de Dieu, et non pas Dieu le Verbe, parle dans les deux, car en lui sont les deux natures. Dieu le Verbe en effet est un et non deux. »
Passons au texte de saint Athanase :
Nestorius rend indifféremment le neutre « ἀνθρώπινον» par «nature humaine » et par « celui qui est humain ».
« Humain est celui qui provient de Marie, selon les Livres divins, et il était vraiment de notre Sauveur. »
«Humaine était la nature qui provenait de Marie #.»
Il n’a pas saisi la différence qu'il y a entre le masculin et le neutre, parce que pour lui la nature humaine née de Marie est une personne. Il fait la même confusion à propos du texte de saint Grégoire de Nazianze :
« ἼΛλλο μὲν καὶ ἄλλο τὰ ἐξ ὧν ὁ σωτὴρ, εἴπερ μὴ ταὐτὸν τὸ ἀόρατον τῷ ὁρατῷ, χαὶ τὸ ἄχρονον τῷ ὑπὸ χρόνον, οὐκ ἄλλος δὲ nat ἄλλος. »
Nestorius traduit: « Autre et autre élaient ceux dont est formé notre Sauveur, car l'invisible et le visible ne sont pas la même chose; ou encore : « Autre chose et autre chose sont ceux dont est formé notre Sauveur, car le visible et l’invisible ne sont pas le même. »
Il est un autre texte de saint Grégoire de Nanzianze que Nestorius interprète doublement à faux; c’est le suivant :
« Τὸ γὰρ ἠργμένον, ἢ προχόπτον, ἣ τελειούμενον, οὐ Θεὸς, av διὰ τὴν χατὰ μιχρὸν αὔξησιν, οὕτω λέγηταιδ. »
La véritable signification de ce passage ressort du contexte: « Si quelqu'un, dit Grégoire, aflirme que le Christ a été perfectionné par ses œuvres, ou qu’il ἃ été adopté comme
1. Jbid., p. 232-233. Sur l'explication du même texte, voir encore pp. 177 ; 182, 101, 201, 203, 209, 217, 227.