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d'Ephèse, de Chalcédoine et du cinquième concile.
Le point de départ de toute étude sur la christologie nestorienne doit être la détermination exacte du sens des termes « φύσις, » « ὑπόστασις, » « πρόσωπον », employés par l’hérésiarque. Le mot φύσις surtout est important. Si on lui donne la signification que la théologie actuelle attache au mot «nature », on ne peut que conclure à l’orthodoxie de Nestorius; mais si, sous la plume de ce dernier, ce terme désigne une nalure-personne, un sujet individuel, on est
obligé de reconnaître que l'accord du condamné d’'Éphèse
avec saint Léon et le concile de Chalcédoiïine n'existe pas et que l'unique personne ou prosôpon dont il est si souvent question dans le Livre d'Héraclide n'est qu'une fiction, un mot commode destiné à couvrir une pensée hétérodoxe. C’est ce que n'ont pas vu tous ceux qui ont tenté de réhabiliter Nestorius. Entre lui et saint Cyrille, la question n’était pas, comme on l’a dit: «une nature » ou «deux natures », mais bien : «une seule nature-personne, un seul sujet» ou « deux natures-personnes, deux sujets ». Il suffit de jeter un regard rapide sur les écrits antinestoriens de saint Cyrille pour s’apercevoir que son souci constant est de montrer l'unité de personne, de sujet individuel dans le Christ, unité que Nestorius rejetait en réalité, tout en semblant la maintenir par des formules équivoques.
L’équivoque en effet se rencontre à chaque page des écrits de l’hérésiarque. C’est pourquoi on ne peut porter un jugement sur son système en prenant çà et là quelques fragments isolés qui paraissent donner le son de l’orthodoxie. Il faut avec une vigilante attention lire l'ensemble de ses œuvres. On n’a pas de peine alors à découvrir la clef de tout le
système. Les apologistes de Nestorius ne paraissent pas
s être livrés à ce labeur.
Le travail que nous présentons au lecteur n’est pas seulement une étude sur la christologie de Nestorius. Nous avons cru bien faire de recueillir dans ses œuvres toutes les données théologiques de quelque intérêt, Dans le champs des hérétiques iln' y a pas que de l’ivraie; on y trouve aussi du bon
est celui des anciens, celui de Célestin et de Cyrille, celui
grain. Nestorius s’est révélé à nous comme l'écho de la tradition catholique sur plusieurs points de doctrine, et il est bon d'entendre la vérité, d’où qu'elle vienne. C'est donc une monographie aussi complète que possible sur la théologie de Nestorius que nous avons voulu écrire.
Mais la monographie théologique exigeait une monographie historique et une monographie littéraire. On les trouvera dans les deux premiers chapitres. L’aperçu historique surtout nous ἃ paru indispensable tant à cause de son intérêt doctrinal que parce que nous avons remarqué qu'il était négligé ou faussé dans les études récentes sur Nestorius. On s'est vraiment trop habitué, même parmi les catholiques, à dénigrer saint Cyrille d'Alexandrie et le concile d’Ephèse, alors qu'on montre pour Jean d’Antioche et les siens une bienveillance qu'à notre avis ils ne méritent guère. Nous avons essayé, en nous basant sur des documents incontestés, d'établir les responsabilités dans l'ouverture précipitée du concile d'Ephèse, que Loofs et Harnack traitent de concialiabule, alors que le titre de concile est réservé à l’assemblée des Orientaux !. Surtout nous nous sommes atlaché à mettre en relief le rôle prépondérant du pape Célestin dans toute la controverse. Avant d'être discuté à Ephèse, le cas de Nestorius avait été mürement examiné et irrévocablement réglé à Rome. On l'oublie trop. Le concile œcuménique, n'a été, en définitive, que l’exécuteur des volontés papales. Son programme était tracé d'avance et ilne pouvait s'en écarter sous peine de provoquer un schisme. Tout ce qu'il a tenté en dehors de son mandat a été caduc.
Cette autorité souveraine du Pontife romain irrite le protestant rationaliste qu'est M. Harnack, et il n’a pas d’expressions assez acerbes pour flétrir la conduite du pape Célestin à l'égard de Nestorius :
« Célestin, dit-il, avait assez de motifs de se déclarer pour Cyrille. La polilique dogmatique ? traditionnelle de la chaire
1. Voir l’article Nestorius dans la Realencyclopädie für protest. Theol., loc. cit. et les appréciations de Harnack sur le concile d’Ephèse dans Dogmengeschichte, t. cit., Ρ. 362 sq.
2. Nous ne voyons pas bien ce qu’est la politique dogmatique.
romaine, depuis le temps d’Athanase et de Jules, voire même depuis l’époque de Démétrius et de Fabien, avait toujours adopté le parti du patriarche alexandrin, comme aussi ce dernier avait cherché son allié naturel dans la Vieille Rome pour combattre les patriarches ambitieux de la Nouvelle Rome !. Par ailleurs, Nestorius n’avait pas voulu excommunier sans examen les Pélagiens condamnés par le Pape et réfugiés à Constantinople. Enfin, il n'avait pas, dans sa lettre, affiché une soumission que le Siège Apostolique réclamait déjà depuis longtemps. Mais ce qui est significatif en la circonstance, c’est que Célestin, en prenant parti pour Cyrille, a renié absolument son point de vue occidental et a condamné de la manière la plus frivole Nestorius sans avoir mûrement examiné sa doctrine 2. Qu'il en ait été ainsi, c’est ce qu’il est facile de prouver. Nestorius a, dans sa lettre au Pape, présenté cette formule : « Utraque nalura quae per conjunclionem summam et inconfusam in una persona Unigenili adoratur ». Mais cela élait en substance la formule occidentale. Célestin lui-même n’en connaissait pas d'autre ?. » Maisil nes’est pas soucié des formules, il a remisé sa propre christologie dans un coin et a donné raison à Cyrille, en faisant tout dépendre d’un seul point : « θεοτόχός », pour produire au moins un prétexte de son étrange conduite. Nestorius cependant était disposé à des concessions sur ce sujet.
» Le Pape était décidé à déposer Nestorius. Un synode romain (430) demanda de lui une rétractation dans un très court délai, sous peine d’excommunication. Comme par dérision ce fut Cyrille qui fut chargé par le Pape de l’exécution de la sentence #. »
Celui qui déforme si étrangement l’histoire est le même
1. Exemple : le pape Innocent excommuniant Théophile et prenant la défense de Chrysostome persécuté !