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a pu entrer en relation d'amitié avec le fils de la Vierge, dès l'instant de la conception. À moins d'admettre que Jésus a eu, dès ce premier moment, l’usage de sa raison et de sa liberté, on ne voit pas trop en quoi a consisté son union avec le Fils de Dieu. Théodore n’a pas éclairci ce problème. A un endroit, il déclare que Jésus a eu l’usage de ses facultés
avant les autres enfants, mais il ne se hasarde pas à faire
remonter l'existence de ce discernement jusqu’à l’époque de la conception‘. À plusieurs reprises, il affirme que le Verbe s’est uni au fils de Marie dès sa formation dans le sein maternel?. Mais en même temps, il enseigne que ce n’est que lors de son baptème au Jourdain que Jésus a reçu la grâce du Saint-Esprit et l’adoption divine. Avant cet événement, sa sainteté n’était qu’imparfaite #.
Un autre point embarrassant pour l’évêque de Mopsueste était de concilier l'élection privilégiée dont Jésus avait été l'objet avec la conception pélagienne qu'il se faisait de la distribution de la grâce divine. Celle-ci est départie, d’après lui, en considération des mérites personnels.
Pour résoudre ces difficultés et donner au système quelque cohérence, Théodore ἃ recouru à la prescience divine et a soumis Jésus à la loi du progrès moral. C’est parce que Dieu a prévu que le fils de la Vierge mènerait une vie plus sainte que les autres hommes, qu'il l’a choisi et lui a accordé une plus grande grâce. Cette gräce d’ailleurs n’était pas seulement pour lui mais aussi pour toute l'humanité ὅ.
1. “Ὅπερ δὴ ἐξαιρέτως αὐτῷ παρὰ τοὺς λοιποὺς ὀξύτερον ἢ χατὰ τὴν χοινὴν τῶν λοιπῶν ἡλιχίαν προσγέγονεν. De Incarnatione, VII, col. 977 A.
2. Ἔσχε γὰρ εὐθὺς ἐξ ἀρχῆς ἐν τῇ κατὰ τὴν μήτραν διαπλάσει τὴν πρὸς αὐτὸν ἕνωσιν. Ibid., col. 976 D. Voir col. 995 A, 989 D.
3. Spiritus sancti habitationem in baptismate suscepit, ut inde propositam caperet virtutem. Contra Apollinarium, 996 A.
4. Ille autem ore suo dilatato et laxatis blasphemiae habenis, dixit Christi imperfectam sanctitatem fuisse, neque ejus culmen attigisse antequam Spiritus sanctus sub columbae specie in eum descendisset. Cyrilli fragment., loc. cit., col. 1451 C.
5. Ὁ Θεὸς Λόγος ἐπιστάμενος αὐτοῦ τὴν ἀρετὴν, χαὶ δὴ χατὰ πρόγνωσιν εὐθὺς ἄνωθεν ἐν τῇ τῆς διαπλάσεως ἀρχὴ ἐνοιχῆσαί τε εὐδοκήσας, καὶ ἑνώσας αὐτὸν ἑαυτῷ τῇ σχέσει τῆς γνώμης, μείζονά τινα παρεῖχεν αὐτῷ τὴν χάριν. De Incarnatione XVI col. 989 C D. Cujus unctionem meritus et immaculatus effectus est per omnia, et ad divinam naturam meruit conjunctionem. Ad baptizandos, col. 1014 C.
Bien qu'uni au Verbe dès le sein maternel, Jésus est allé de progrès en progrès. Au début sans doute, l'union ne devait guère consister qu'en une sorte de dévolu que la personne divine avait jeté sur lui. Peu à peu, et grâce à un concours tout spécial de la part du Verbe, il ἃ grandi en sainteté. La lutte morale ne lui ἃ pas été épargnée. Il ἃ connu la tentation intérieure et les assauts de la concupiscence?. Le baptème au Jourdain a été une date importante dans sa vie. C'est alors que le Père l'a vraiment reconnu pour son Fils bien-aimé, qu'il a reçu la grâce de l'adoption divine dans une mesure excellente, que la mission de prêcher l'Évangile lui a été confiée 3. Mais ses progrès dans le bien ont continué, et ce n’est qu'après sa résurreclion qu'il ἃ été constitué dans un état d’impassibilité et d’immutabilité définitive *.
Nous reconnaissons à ces traits le Christ dépeint dans le Livre d'Héraclide. Il y ἃ cependant quelques différences importantes. Tout d’abord, sur le moment de l'union Nestorius a une doctrine très ferme. Il enseigne clairement que c'est dès la conception dans le sein virginal que la συνάφεια s’est produite *. Puis, bien qu'il mette vivement en relief les luttes morales par lesquelles le Christ a passé, il ne les prolonge pas jusqu'à la résurrection. Il les arrête au baptême, après la victoire remportée sur Satan au désert. À partir de ce moment, le fils de Marie est confirmé dans le bien etse livre tout entier à l'œuvre de notre salut. S'il reçoit le baptême de Jean, c'est uniquement par obéissance, et non qu’il en
1. Bona voluntate quam circa eum habebat ab initio similiter inerat ei : per ordinem autem sibi placitum ad perfectionem ducebat ipsum. Contra Apollinarium, Col. 995 A. Voir col. 980.
ἃ. Πλέον γὰρ ὠχλεῖτο ὁ Κύριος καὶ ἠγωνίζετο πρὸς τὰ Ψψυχιχὰ πάθη ὑπὲρ τὰ τοῦ σώματος, καὶ τῶ χρείττονι λογισμῷ τὰς ἡδονὰς ἐχειροῦτο, τῆς θεότητος δηλαδὴ μεσιτευούσης καὶ βοηθούσης αὐτῷ πρὸς τὴν χατόρθωσιν, Col. 992 C.
3. Ἰησοῦς δὲ τί μετὰ τοσαύτην νηστείαν ἔλαβεν; Οὐχ ἴσον τῷ λαβεῖν νόμον χαὶ θεοπτίας ἀξιωθῆναι: τὸ λαβεῖν εὐαγγέλιον καὶ κηρύξαι τὴν τῶν οὐρανῶν βασιλείαν. In Evangelium Lucae. Ibid., col. 720 AB.
4. Post resurrectionem ex mortuis et in cælos ascensum impassibilis factus est et immutabilis omnino. Contra Apollinarium WI, col. 997 A.
5. Voir plus haut, p.104, et le 9e contre-anathème, Loors, p. 215. Nous verrons plus loin que les docteurs occidentaux ont mal interprété la doctrine de Nestorius sur le moment de l’union.
eût besoin. La voix du Père éternel disant: Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu. », la descente du Saint-Esprit sous forme d’une colombe, n'ont fait que déclarer et n’ont pas créé des relations déjà existantes. L'événement du Jourdain a dès lors beaucoup moins d’importance pour Nestorius que pour Théodore. Il marque simplement, avec la fin des combats pour la perfection personnelle, le point de départ du ministère évangélique. Par ailleurs Nestorius ne paraît pas, au moins dans le Livre d'Héraclide?, attribuer l'élection spéciale de Jésus de Nazareth à la prévision de ses mérites futurs. Il insiste beaucoup moins que Théodore sur le concours prêté au Christ par le Verbe et le Saint-Esprit pour l’aider à triompher du mal et à progresser dans la vertu.
Comme Nestorius, Théodore voit dans le Christ l'image de Dieu qui nous rappelle sa présence et nous invite à lui rendre nos hommages 5. Le fils de la Vierge participe du reste à l’adoration dont le Verbe est l’objet, à cause de son union avec lui“.
L’évèque de Mopsueste assimile l’union des deux natures en Jésus-Christ à l'union matrimoniale de l’homme et de la femme en une seule chair. On ne trouve point chez Nestorius cette comparaison, mais il en emploie une équivalente, lorsqu'il dit : « De même que le Christ est notre tête et notre prosôpon, de même le Verbe est la tête et le prosôpon du Christ 6. »
Ayant à combattre Apollinaire, qui recourait souvent à la comparaison tirée de l’union de l'âme et du corps pour établir sa doctrine, Théodore ne repousse point ce rapproche-
1, Voir p. 106.
2. Voir p.104. Nous disons « au moins dans le Livre d’Héraclide », parce qu’au début de la controverse l’hérésiarque semble bien avoir adopté sur ce point la doctrine de son maître, à en juger par ce que dit saint Cyrille, De recta fide ad principissas. Ῥ-᾿ &., t. LXXVI, col. 1220 C. Voir plus loin, p. 172.
3. De Incarnatione XV, col. 991 A B. Nous avons entendu Nestorius déclarer que le Christ s'était efforcé de former en lui l’image de Dieu, p. τοι.
h. Contra Apollinarium IE, col. 996 G. Cf. col. 1012 B, 1017 C.