‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 90 sur 197 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Plus on étudie de près les controverses théologiques du ιν et du v* siècle, plus on s’aperçoit combien fréquents, combien déplorables et parfois combien durables furent les malentendus sur la terminologie entre théologiens également orthodoxes par la pensée. A la fin du rv°siècle, on était arrivé à peu près à s'entendre — on sait après quels tätonnements et au prix de quelles luttes — sur la manière de formuler le dogme trinitaire. On disaiten Occident « una nalura » vel « tres personae »; on disait en Orient : « μία φύσις OU μία οὐσία, » « τρεῖς ὑπόστάσεις » OU « τρία πρέσωπα ». Il semble qu'après avoir ainsi fixé la signification des termes exprimant la nature et la personne, on aurait dû transporter cette terminologie dans la théologie de l’'Incarnation. C’est ce que firent en général les Occidentaux. Les mots nalura et persona ont habituellement chez eux un sens identique en théologie proprement dite et en christologie. En Jésus-Christ, il ἃ deux natures, la divine et l’humaine, et une seule personne, celle du Fils unique de Dieu, du Verbe éternel.

En Orient, on ne procéda pas si simplement ni si uniformément. L'esprit grec, toujours curieux, toujours préoccupé de mettre le dogme au niveau de la raison, trouvait une difficulté spéciale à concilier dans le Christ l’unité de la personne avec la dualité des natures. L'une des natures, en effet, était la nature humaine complète, en tout semblable à la nôtre, hormis le péché. Comment concevoir que cette nature individuelle du Christ ne füt pas une véritable personne humaine ? Mais cela admis, que devenait l'unité de la personne réclamée par la foi On sait comment Apolli-

naire de Laodicée résolut le problème. Il supprima à la nature humaine du Christ ce sans quoi il ne saurait y avoir de véritable personnalité : l'intelligence et la liberté. Certains docteurs de l’école d'Antioche, comme Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, partant comme Apollinaire du principe qu'une nature humaine individuelle et, complète est nécessairement une personne, aflirmèrent hardiment qu il y avait en Jésus-Christ deux natures-personnes, et pour se maintenir dans l’orthodoxie traditionnelle, qui réclamait l'unité personnelle de l'Homme-Dieu, ils imaginèrent une sorte de personnalité supérieure, résultat de la compénétration amoureuse des deux natures-personnes, que Nestorius, leur fidèle disciple, appelle, nous l'avons vu, le prosôpon d'union.

Il est clair que pour les Apollinaristes aussi bien que pour les Nestoriens, les termes de φύσις et de ὑπόστατις en christologie sont synonymes. La synonymie s'étend aussi en partie au mot πρόσωπον, en tant que ce terme désigne la personnalité naturelle, par opposition au prosôpon de l'union, tel que l’expliquent Théodore et Nestorius. La terminologie de l'Incarnation ne cadre plus dès lors avec celle de la théologie, du moins si l’on veut s'exprimer d'une manière orthodoxe sur l'union des deux natures.

Cependant Apollinaire, Diodore, Théodore et Nestorius ne réprésentaient pas tout l'Orient. Ceux qu'on désigna au concile d’'Ephèse sous le nom d'Orientaux, la plupart d’entre eux du moins, étaient d'accord avec l'Occident non seulement sur le fond de la doctrine, mais même sur les formules. Ils disaient comme les Occidentaux : « deux natures », δύο φύσεις, et « une seule personne », ἕν πρόσωπον. Quant au terme « ὑπόστασις » les uns, comme André de Samosate, en font un synonyme de πρόσωπον et rejettent expressément la formule « δύο ὑποστάσεις »

τ, Voir plus bas, p. 274 et la note. L'identité de terminologie entre Apollinaristes et Antiochiens est reconnue par ἃ. Voisin, op. cit., p. 278 : « Sans doute, écrit cet auteur, les Antiochiens affirmaient avec l'Eglise l'unité de personne (le prosôpon d'union de Nestorius et de Théodore) ; mais en fait leur doctrine était en contradiction flagrante avec cette affirmation, et c’est à bon droit que l'évêque de Laodicée leur reprochait d'enseigner qu'il y a deux fils de Dieu, que le Christ est un homme saint en qui le Verbe habite ».

Le

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