‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 23 sur 92 · QUINZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME OBSERVATION

Indigestion. — Gastro-entérite consécutive exaspérée.

Pendant la saison morbide, les médecins, trouvant chez un malade de la céphalalgie, des nausées, des vomissements et d’autres symptômes communs à la fièvre dite bilieuse et à la peste, se conforment encore à l’aphorisme si célèbre d’Hippocrate: vornitus vomitu curatur, et prescrivent l’'émétique, le tartre stibié surtout; leur intention en agissant ainsi est d'enlever la fièvre bilieuse si elle est simple , et de démasquer la peste si elle la complique. Ce traitement m'a toujours paru exaspérer la maladie, surtout chez les enfants, les femmes et les vieillards.

Le 13 avril 1826, je me rendis chez une femme arménienne pour donner des soins à sa fille âgée de sept à huit ans. La mére m'informa que lenfant, à peine guérie d’un violent catarrhe, avait mangé , le 9 avril, d’un poisson préparé à l’arménienne. La nuit suivante elle avait éprouvé de grandes souffrances, des nausées et des vomissements violents. Un médecin franc, après avoir examiné la malade, s'étant informé s'il n’y avait pas quelques accidents de peste dans le quartier, avait paru croire que lenfant en était atteinte et avait laissé la prescription suivante qu’elle me montra : trois grains de tartre stibié dans une ocque d’eau distillée, a prendre en totalité, à petites doses

fréquemment répétées. Elleajouta qu’à mesure que sa fille avait pris de ce médicament, les douleurs et les vomissements avaient été en augmentant. Elle s'était refusée à en prendre davantage et son visage avait jauni depuis ce temps; la femme arménienne ne donnait rien à sa fille et attendait d’en-haut sa guérison.

En l’examinant, je lui trouvai une teinte ictérique; sa langue était rouge-cramoisi, pointue, rétractée ; la région épigastrique très douloureuse à la pression; l’hypogastre brülant; le pouls, petit et fréquent, donnait 135 pulsations. l'agitation, l'anxiété se peignaient dans ses traits; ses yeux étaient hagards. Elle avait du délire; les soubresauts des tendons étaient fréquents et violents; la peau chaude et sèche et les urines supprimées. Je craignis un instant un accident de peste sporadique. ( Huit sangsues à la région épigastrique , autant sur l’hypogastre; après leur chute, tranches d'éponge sur les piqûres. Laisser couler pendant trois heures. Epiploon sur l'abdomen. Boissons mucilagineuses froides à petite dose fréquemment répétée; diète absolue. )

Je connaissais beaucoup le médecin qui m'avait précédé et ses opinions sur la peste. Il regardait le tartre stibié comme le médicament le plus efficace qu’on pût lui opposer. Il s’en louait beaucoup et affirmait que si la peste était cachée il la faisait sortir, et que, de cette manière, il avait évité nombre de fois d'être compromis.

Vers quatre heures de l'après-midi je vais voir

MALADIES SIMULANT LA PESTE. 145 ia petite malade; les piqûres ont fourni beaucoup de sang, deux en donnent encore abondamment.

Je dis à la mère d'appliquer dessus les astringents usités dans le pays et employés par les femmes.

Mon inquiétude sur le sort de cette enfant me ramena près d’elle vers huit heures du soir. Sa mère me dit que tous les moyens/dont elle s'était servie n'avaient point encore pu arrêter l’hémorrhagie. Je fais enlever les poudres employées. L’écoulement continuait aussi violent qu’à ma visité précédente. L'enfant était pâle, ses yeux vitrés, son regard éteint, ses lèvres décolorées, sa peau froide, ses extrémités glacées, son pouls filiforme. Je recourus à l'emploi du nitrate d'argent. Ce fut avec beaucoup de peine, et seulement après plusieurs minutes , que je parvins à maîtriser le flot de ces piqüres. a fis appliquer les sinapismes aux poignets et aux coudes-pieds, et donner quelques cuillerées d’une potion cordiale.

Le jour suivant je me rendis de bonne heure chez la malade ; elle avait reposé toute la nuit. Ses yeux avaient repris un PEU de leur expression accoutumée; la circulation s’était rétablie; la peau et les extrémités étaient chaudes, le pouls accéléré, la région épigastrique très peu sensible à la pression et l’hypogastre refroidi. Elle sourit en me voyant. (Crème de riz; eau d’orge acidulée froide.) Trois Jours après elle était en nd et le douzième dans l’état de santé le plus et Se 1.

(1) J’attribue cetté prompte et parfaite guérison d’une maladie

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