‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 26 sur 92 · II. II · texte numérisé non relu

II. II

ptyalisme avait cessé; j’espérais qu’il en serait de même des évacuations alvines, quand, au moment où je mettais le pied dans le bateau, je fus pris d’une colique si violente que j’eus à peine le temps d'arriver à la mosquée voisine! Les évacuations se succédèrent si rapidement , furent si copieuses que j'en perdis presque connaissance. Ma vue s’obscurcit; il me fallut plusieurs minutes pour me relever, et je vis le moment où mes efforts seraient inutiles. Mon drogman, que j'avais prévenu du danger et de l'extrême rapidité de cette maladie, inquiet de ne pas me revoir, vint me chercher. J'en avais grand besoin; mes genoux pouvaient à peine me soutenir. Nous nous rendons au café où nous nous étions déjà arrêtés ; Je me lave et me gargarise de nouveau. En me regardant au miroir je fus effrayé de me voir, tant J'étais pâle et abattu , tant j'avais les yeux tristes, les lèvres décolorées, la peau sèche et tout le corps glacé, Mon pouls, petit et fréquent, était déjà remonté jusqu'au milieu de lavant-bras; je prévoyais avec terreur qu'une ou deux autres évacuations semblables pouvaient diminuer tellement la quantité des fluides qu’une mort immédiate devrait en être le résultat. Et j'étais à une grande lieue de chez moi! Je m’embarque sur-le-champ et me fais diriger sur Dolma-Baghtchè. La longue et rapide colline que je dus monter ranima la circulation. J'arrive enfin; je me mets au lit, me

(1) Voir Note VI à la fin du volume.

charge de plusieurs couvertures, bois cinq ou six erands bols de thé léger aromatisé de rhum. Peu après une douce transpiration se déclare; je m’endors profondément, et le jour suivant, à lexception de la maigreur et de la päleur , j'étais parfaitement remis de ce grave accident.

S1, à la suite de nouvelles évacuations, la circulation se füt arrêtée, il n’y aurait eu à Péra qu'un bruit au sujet de ma mort; on aurait rapproché les circonstances du décès de la sœur du chanoine, de la visite que je lui avais faite, de la chambre où j'avais passé la nuit, de la promptitude d’explosion, des nausées, etc., pour en former une attaque de peste exquise. Don Courban ; envoyé probablement pour vérifier cet accident, ne trouvant sur mon cadavre ni bubon, ni charbon, ni pétéchies , n’eût pas manqué de dire que, quand'la maladie tue aussi rapidement, le bubon n'a pas le temps de se montrer au dehors, mais qu'il paraîtra certainement sous terre. Ma mort enfin eût été citée par les Francs comme une preuve de plus, et bien indubitable, de la propriété éminemment contagieuse du miasme pestilentiel.

Page 1