VINGT-UNIÈME OBSERVATION
Gastro-entérite chronique; anti-spasmodiques, stimulants, révulsifs. — Recrudescence, symptômes nerveux, deux charbons. — Mort.
Je fus appelé, dans le mois de septembre 1825, pour consulter avec un autre médecin sur l’état de la femme d’un négociant arménien. Le médecin raia qui lui donnait des soins nous informa que nous avions affaire à une gastralgie rebelle que depuis plusieurs mois il avait vainement attaquée par les émétiques, l’oxide de bismuth, les antispasmodiques, les potions éthérées, l’arnica et autres médicaments recommandés de tout temps par les meilleurs praticiens; que la malade, femme très irritable et très difficile à traiter, n'avait pris les remèdes indiqués que très irrégulièrement; que depuis plusieurs jours la gastralgie s'était compliquée d’une fièvre ataxique, et qu’il nous avait appelés pour s’éclairer de nos conseils.
Un examen approfondi des symptômes convainquit l’autre consultant et moi que cette maladie n’étaitautre qu'une gastro-entérite chronique exaspérée par un mauvais traitement. Nous prescrivimes les applications de sangsues sur lépigastre, sur l’abdomen et le trajet des jugulaires; les boissons gommées, acidulées, froides, etc., la diète la plus sévère, en laissant au médecin de la famille la faculté de modifier ce traitement suivant les circonstances.
Dix jours après nous fümes appelés de nouveau. Le médecin avait préféré son opinion à la nôtre; la malade était à la dernière extrémité. Cependant le médecin nous Informa qu'elle allait mieux , qu'il y avait eu deux selles dans la matinée. Puis il nous fit observer que les pupilles de la malade, au lieu d’être rondes, étaient irrégulières, presque triangulaires; que ce symptôme éminemment nerveux le confirmait dans son opinion que la maladie avait été et n'était encore que purement ataxique. Pour diminuer l'effet de la lumière sur des yeux aussi sensibles, il les tenait couverts de compresses trempées dans une eau antispasmodique.
Nous persistämes dans notre opinion. L'autre consultant s'étant en allé, je restai seul avec le médecin curant. Je ne lui cachai pas lextrème danger de la malade, sa fin très prochaine; il n’en voulait rien croire. Il me dit que les sinapismes avaient produit l'effet qu'il en attendait. Pour m'en assurer, j'examine les pieds de la malade. H y avait
de la rougeur; mais ce qui me surprit beaucoup, ce fut de trouver à la deuxième phalange du petit orteil droit un charbon de la forme et de la grandeur d'un petit haricot; la peau, soulevée par un fluide blanchâtre, laissait apercevoir un fond noir. Mon étonnement redoubla lorsque, ayant soulevé le bras droit pour m'’assurer de l’état du pouls, je trouvai à la seconde phalange du petit doigt un charbon de même forme et de même grandeur.
La main ni le pied gauche n’offraient rien de sem-
blable.
La malade expira trois heures apres.