‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 33 sur 92 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

Peste sous forme inflammatoire; guérison.

Le meunier de Galataï, reconnaissant des nombreux services que je lui avais rendus, était à la piste des malades de sa connaissance pour me les recommander. Il m'appelle un jour en toute hâte pour me conduire chez un de ses amis. C'était un Turc qui gagnait sa vie à vendre du pain dans les rues. Comme il s’approvisionnait dans une boulangerie à laquelle le meunier était intéressé et qu'il était arriéré de quelques centaines de piastres, ce dernier, en me conduisant chez lui, me recommanda d’en avoir le plus grand soin, car si le malade venait à mourir il perdrait sa créance.

Je vis un jeune homme de dix-huit à vingt ans, d’une forte constitution, d’un tempérament sanguin. Indisposé depuis vingt-quatre heures, il était étendu tout habillé sur un mauvais canapé ; il avait la face vultueuse, les yeux brillants, la langue blanchâtre. Il n’avait éprouvé ni nausées, ni vomissements; ilse plaignait d’une forte céphalalgie sus-orbitaire. Il ne ressentait aucune douleur aux régions inguinales ouaxillaires. Après m'être enduit le bout des doigts d’un peu d'huile, je lui tâtai le pouls et le trouvai plein, dur et fréquent. La peau était chaude

(r) Voy. Observation n° 23 du chap. IV, Maladies simudant la peste. &

et moite. À cet âge et avec ce tempérament, j’aurais Cru avoir affaire à une fièvre inflammatoire ordinaire, si quelque chose d’insolite dans le regard ne m'eût fait soupconner la peste. (Forte saignée du bras sur-le-champ; uneautre avant le coucher du soleil; trois ocques de limonade citrique légère, froide; repos; diète absolue; obscurité.)

Le meunier se chargea de faire exécuter cette prescription et mit quelqu'un auprès de Jui. Le Jour suivant nous passâmes chez le malade, On ne lui avait fait qu’une saignée; il avait bu de la limonade et de l’eau pure en très grande abondance. La nuit avait été agitée; il avait eu du délire. (Saignée du bras sur-le-champ, une autre le soir. Id., id., id.) Le jour suivant, douleur à l’aine droite; un petit bubon se manifeste. (Vingt sangsues sur le lieu douloureux ; cataplasme émollient. Laisser couler trois heures. Limonade, diète, obscurité.)

Le meunier, qui s'était chargé de payer les visites, croyant le malade sauvé par l'apparition facile du bubon et son état satisfaisant, ne me conduisit plus chez lui; peut-être craignait-il aussi de perdre et cet argent et celui qui lui était dû précédemment. 1] se contenta de me tenir au courant de la maladie du jeune homme, qui guérit parfaitement. |

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