‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 38 sur 92 · SIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME OBSERVATION

Peste sous forme bilieuse; mort le vingtième jour.

Le cavaliere C., Napolitain, d’une famille opulente et considérée, craignant les réactions politiques, s'était éloigné de sa patrie et dirigé vers le Levant. Arrivé à Smyrne, il y trouva des fugitifs de tous les pays, la plupart dans la misere ; plusieurs s’attachèrent à lui et le suivirent à Constantinople, où il arriva vers la fin de l’année 1816.

Pour utiliser ses capitaux et donner à ses compagnons d’infortune une occupation lucrative, il recourut à une spéculation très commune à Naples, celle d'élever une maison de Jeu. L'établissement prospérait, lorsque le cavaliere tomba malade. Tous les médecins italiens qui s’étaient empressés de faire sa connaissance vinrent lui donner des soins. Le bruit se répandit qu'il était atteint d’une fièvre bilieuse. Au bout de peu de jours, son état avait tellement empiré que ses médecins crurent devoir en appeler d’autres en con-

sultation ; le malade alla de mal en pis. On assurait dans Péra qu’il était attaqué de peste; le vingtième jour il mourut.

Peu de temps après, je sus d’une des personnes qui n'avaient pas quitté le cavaliere pendant sa maladie que la peste s’était déclarée tout d’abord, que la veille du jour où il s’était trouvé indisposé il avait été à Constantinople, et que, s'étant assis dans le trajet sur le tapis du kaïk, il avait attribué sa maladie à cette imprudence. Le bubon s’était montré le quatrième ou cinquième jour; mais, dans la crainte d’être tous envoyés à l'hôpital des pestiférés , il avait été convenu entre eux de n’en rien dire; lui et toutes les personnes attachées au cavaliere lui avaient prodigué tousles soins imaginables, dormant dans sa chambre, veillant alternativement auprès de lui, lui soutenant la tête. Une abondante transpiration exigea pendant plusieurs Jours qu’on le changeñt souvent de chemise. Nombre de personnes étaient venues le voir pendant sa maladie. Des médecins appelés et de tous les domestiques employés à son service, personne ne fut atteint de peste. La crainte decompromettre tout Péra aurait dû engagerles personnes ainsi compromises à aller passer une quinzaine dans les villages voisins. Personne ne le fit, sauf un médecin qui, pour l’acquit de sa conscience, partit pour les Iles-des-Princes et y resta trois jours.

SÉPTIÈME OBSERVATION.

Peste sous forme bilieuse. — Symptômes Fat mort le quatrième jour.

Depuis quelque temps un cavalier piémontais, la signora S....…., Napolitaine, et le sieur T., habitaient à Péra une maison très malsaine ; en été la chaleur y était étouffante. Un jour que Je venais de leur faire une visite et de les avertir de l’insalubrité de leur maison, je rencontre dans l’antichambre en sortant un domestique dont la figure rébarbative, l'air triste et souffrant attirent mon attention. Deux ou trois jours apres, pendant l'été de 1826, j'apprends que le sieur T. est indisposé, le BÉTAAr qu'il a la peste, le surlendemain qu'elle est de la plus grande malignité, le quatrième jour qu’il est mort après avoir horriblement souffert.

Le cavalier piémontais, que j’eus souvent occasion de voir depuis, me raconta ce qui suit : «Nous avions pris depuis quelques jours un domestique du pays ; bientôt il tombe malade, continue cependant à faire son service, et puis disparait. Peu après T. tombe aussi malade; il éprouve un violent mal de tête, des nausées, des vomissements. Son visage est enflammé, ses traits sinistres. Sans être grand médecin, je reconnais la peste. Je n’en ai pas peur. Je reste dans la maison et donne des soins à mon camarade de voyage. La

signora, peureuse, me fut de peu d’utilité. Je donnais à boire au malade; je le tournais et retournais dans son lit, je passais les jours et une partie des nuits auprès de lui; mais j'avais recours à ce que je regarde comme le meilleur spécifique contre la peste : un petit verre de rhum. Je mangeais bien et buvais du bon vin. T. mourut dans les plus violentes convulsions. Je lui fis rendre les derniers devoirs. Plusieurs personnes me conseillerent d’aller faire quarantaine dans quelque village des environs. Sûr de mon spécifique, je n'en ai rien fait. Je suis resté chez moi, dans la chambre où est mort T.; j'ai continué mon régime. Je me suis promené chaque jour et n’ai pas ressenti le moindre mal de tête. La signora, qui se portait aussi bien que moi, crut devoir aller à Kiabat- Khana passer quelque temps pour éviter la contagion; elle y est restée trente jours et en est revenue mieux portante que Jamais.»

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