‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 5 sur 92 · II · texte numérisé non relu

II

année, surtout quand l'affection guérie a été légere, où en être attaqué une seconde fois après un laps de temps quelconque.

« La convalescence était le plus souvent extrémement longue. Beaucoup de personnes , parfaitement guéries, ne se ressentaient aucunement de leur maladie; d’autres, au contraire, restaient plus ou moins long-temps dans un état d’hébétement qui attestait combien les organes intellectuels avaient été troublés; d’autres, après une année, offraient des membres affaiblis, des engorgements glanduleux devenus squirrheux, un affaiblissement de perception ou de mémoire, ou les langueurs du marasme.

« Les cadavres de ceux qui succombent sont la plupart d’une mollesse et d’une flaccidité remarquables.

«Enfin, vers le mois de juin, les chaleurs augmentent; les vents se fixententre le nord et l’ouest; les accidents deviennent chaque j jour moins nombreux, leur développement moins brusque, la terminason plus heureuse, et l'épidémie s'éteint. D’autres fois elle cesse subitement.

«On ne peut fixer aucun pronostic invariable, ni du temps de l'apparition des bubôns, ni du siége qu'ils occupent. Leur affaissement brusque est promptement mortel, et leur dégénération en tumeur froide indique une longue maladie. Dans la peste inflammatoire, l’éruption des bubons est salutaire ; elle annonce constamment ou la solution complète de la maladie, ou un soulagement

OPINIONS DES MODERNES, 99 notable. Une hémorrhagie, des sueurs soutenues ou des urines critiques achèvent la guérison. La peste putride est plus dangereuse que l’inflammatoire, mais beaucoup moins que la nerveuse, qui offre rarement au médecin un instant favorable pour placer des médicaments salutaires. Quant à la peste interne, celle qui ne montre aucune espèce d’éruption, il est rare que la nature lui résiste et même qu’elle se soutienne jusqu’au troisième jour. »

Le traitement médical et chirurgical étant le même que celui du docteur Larrey, Je n’en ferai pas mention.

«Les préservatifs particuliers les plus utiles sont l'isolement qui épargne scrupuleusement les personnes qui le pratiquent, l'habitude du miasme quand on n’a pas de disposition marquée à gagner la contagion, une très grande propreté, un bon régime, le calme de l’ame. Les cautères, les plaies suppurantes, la gale, etc., ne sont d’aucune utilité. Les frictions huileuses si vantées, le mercure, les. fomentations avec le vinaigre , les scarifications, n'étaient utiles que quand, par sa bénignité, la maladie eût guéri d’elle-même.

« Les corps inanimés sont d’autant plus aptes à retenir les miasmes contagieux que leur substance est moins compacte et leur tissu plus lâche.

« Les cordons sanitaires , les quarantaines, les lazarets, les désinfections, avec tous leurs réglements et leur pénalité, sont indispensables. De plus, à l'approche de la saison pestilentielle, i]

est urgent de faire fermer les cafés, les bains et autres lieux publics, d'interdire l’usage des montures communes, et d'inviter tous les individus à communiquer entre eux avec le moins de contact possible. »

Suivant le docteur Assalini !, les Egyptiens attribuent la peste à une vapeur inconnue apportée presque chaque année, chez eux, des pays lointains; mais après avoir observé cette maladie à Alexandrie, au Caire et en Syrie, il pense que le sol aride et brülant de la Basse-Egypte, la chaleur des jours et la fraicheur des nuits, la suppression de la transpiration , les exhalaisons malsaines du lac Maréotis, la prédominance des vents du sudouest, l’importunité des cousins, des moustiques, et la douleur cuisante de leurs piqüres, l'usage des viandes salées et d’une eau trouble et désaoréable, ont été les causes évidentes de l'épidémie qui attaqua l’armée française à Alexandrie et au Caire. Ces mêmes causes, exaspérées par les fatigues excessives essuyées en traversant le désert , donnèrent la peste à l’armée de Kléber partie d'Egypte pour aller en Syrie. A l'appui de cette Opinion, ce médecin rapporte qu’à Jaffa, les jours où les vents du sud et du sud-sud-ouestrendaient l'atmosphère brumeuse , le nombre des malades

(1) Observations sur la maladie appelée peste, le flux dyssentérique, l’ophtalmie d'Egypte, et les moyens de s’en préserver, in-8°, Paris , an IX.

OPINIONS DES MODERNES. 37 augmentait beaucoup ainsi que celui des Orts ; qu'au contraire il diminuait si le ciel était serein et les vents au nord. Il observa de plus que deux mille blessés, qui avaient des communications libres avec des pestiférés, ne furent pas atteints. Les Arabes Bédouins, errants dans les déseris, quoiqu'ils cominuniquassent avec les villes infectées, même en temps de peste, n'en étaient jamais attaqués, quelque forte qu’elle fût. La garnison de la citadelle du Caire, qui domine la ville et l'air humide et vicié du Caire inférieur, resta saine malgré ses rapprochements intimes et journaliers avec les habitants malades. Dans les diverses épidémies beaucoup d'enfants périssaient , trés peu de femmes et quelques hommes, presque tous étrangers. Les personnes replètes, les enfants à peau fine et à cheveux blonds, les adolescents sanguins et irritables, étaient le plus exposés, tandis que les vieillards secs , à tempérament bilieux, l’étaient moins. Le danger variait suivant la constitution, le tempérament, le sexe, l'âge, la profession, le moral des individus, les années, les saisons , les vents, les localités, etc. Enfin il remarqua que l'isolement des Francs ne les préserve pas toujours de la maladie ; et par toutes ces considérations le docteur Assalini ne craint pas d'affirmer que la peste n’est qu’une simple épidémie, qu'elle n'est pas contagieuse par elle-même, et qu'elle ne le devient que par la réunion de beaucoup d'individus malades dans un mème local ou dans des hôpitaux mal aérés.

Il recommande la saignée dans les symptômes inflammatoires et l’émétique en lavage dans les symptômes bilieux; quelques laxatifs, puis des calmants du système nerveux. Le quinquina, l’opium , les antiseptiques, les corroborants, les excitants , lui paraissent aussi très utiles.

Lorsqu’en 1812 la peste se déclara à Malte, le gouvernement anglais recourut promptement aux mesures sanitaires les plus sévères. Un conseil de santé fut organisé et un médecin en chef nommé pour obtenir sur cette maladie les renseignements les plus précis.

Le docteur Mac Lean s’étant arrêté à Malte, en 181), lors de son voyage à Constantinople, pour y observer la peste, et désirant connaître l'opinion qu'on s’en était faite pendant la dernière épidémie qui y avait causé tant de ravages, soumit au médecin en chefsusmentionné une série de questions yrelatives. Voici les réponses qu'il en obtint :

« Les premiers symptômes sont la plupart de nature inflammatoire; ils sont accompagnés de vomissements d’atrabile, de céphalalgie intense et de délire.

« Après le troisième, le cinquième, le septième et même le onzième jour de la maladie, quelques malades eurent des tumeurs inflammatoires aux parotides, d’autres dans le tissu cellulaire et d’autres aux glandes inguinales.

« Quelques-uns eurent des taches plus ou moins grandes, rouges d’abord, puis livides; d'autres

des charbons de mauvaise apparence; d’autres enfin ont eu tous ces exanthèmes.

«Quand la peste est à son maximum d’intensité, sa durée est plus courte.

«Les premierssymptômesinflammatoiresétaient suivis d’une grande prostration des forces et le délire devenait excessif.

«Il y eut des malades qui moururent subitement, sans aucun symplôme précurseur; mais après leur mort on trouva sur eux des taches, des tumeurs et des marques livides en différents endroits de leur corps, surtout vers les régions inguinales, et leurs cadavres se putréfièrent promptement.

«Quelquefois une mort subite n'était* suivie d'aucune tache extérieure, surtout chez les personnes âgées; mais quelques Jours après, quand le reste de la famille avait été mis en quarantaine, la peste, avec ses symptômes évidents, attaquait plusieurs individus, et plusieurs en mouraient.

«Vers son déclin elle durait plus long-temps; les symptômes en étaient plus modérés, la guérison plus facile, et elle se déclarait plus promptement après l'infection.

«Les organes les plus attaqués étaient la tête, les parotides, les glandes inguinales et sous-cellulaires, et la peau; mais ces dernières l’étaient plus fréquemment et plus fortement.

«Le traitement consistait en un émétique donné des le commencement de la maladie, une saignée et des sudorifiques; après quoi l’on administrait

re CHAPITRE 1.

le quinquina à forte dose, le camphre, les acides minéraux et végétaux, etautres médicaments semblables. |

«Pendant la première période de la peste il mourut quatre-vingt-dix personnes sur cent, et soixante pour cent pendant la seconde.

«On n’a pas de preuve qu’elle se communiquât par Pair.

«Plusieurs femmes, pendant les premiers jours de la maladie de leurs maris, demeurèrent, mangcrent et dormirent avec eux impunément. Des enfants tétèrent leurs mères pestiférées jusqu’au moment de leur mort, et n’en souffrirent point.

«La peste se déclarait à des jours différents, ordinatrement du troisième au sixième et même jusqu’au quatorzième Jour.

«Les basses classes furent le plus sujettes à l’infection. Plusieurs personnes furent si légèrement atteintes qu’elles vaquèrent à leurs affaires comme en état de santé.

«Toutes les femmes enceintes, excepté deux, avortèrent. Après l'avortement elles parurent soulagées; mais peu d'heures après elles moururent. |

«Plusieurs personnes, après avoir été attaquées de la peste, en restent chroniquement affectées et ne la communiquent pas pendant cet état de chronicité. |

«On remarqua que, pendant sa durée, toutes les autres maladies cessérent. Les personnes atteintes d’affections chroniques se portèrent mieux.

«Les choses sont susceptibles de trois degrés d'infection en proportion de leur porosité.

«Tout ce qui est en contact avec un pestiféré est infecté.

«Aucune personne n'a eu la peste plus d’une fois. Tous les infirmiers en contact avec les malades en furent atteints; quelques-uns seulement guérirent; ceux qui l'avaient eue auparavant continuérent à se bien porter. »

L'opinion de Fra Luigi di Pavia, qui pendant nombre d'années fut employé à l'hôpital des pestiférés francs à Smyrne, mérite d’être connue. Ainsi que tous les prêtres qui dans le Levant se consacrent à ce service, il n’a aucune instruction médicale. La cause de la peste est pour lui, conime pour ceux dont nous aurons l’occasion de parler ci-après, l’ira di Dio (la colère de Dieu ), et les premiers soins à donner aux malades, la confession et la communion. Du traitement qu’il employait il ne dit rien; mais sa description des symptômes, les bases de son diagnostic et de son pronostic annonçant un bon observateur, je crois utile de les consigner 1c1:

« La peste varie suivant la constitution des sujets. Dans les hommes forts et robustes, les symptomes se prononcent clairement, dans d’autres beaucoup moins; enfin chez des personnes faibles il se manifeste des éruptions variées qui, pendant quelque temps, laissent lobservateur dans lincertitude.

«En général elle commence par un accès de froid suivi de chaleur comme dans une fièvre intermittente. Quelquefois elle s’annonce par des mouvements convulsifs et des mouvements involontaires, avec quelque autre complication.

«Chez les personnes fortes comme chez les personnes faibles, les symptômes les plus certains sont les yeux troubles, étincelants, hagards ; une langue d’une couleur blanchâtre tendant au Jaune à sa surface, rouge à la pointe, avec des stries nombreuses très enflammées; un violent mal de tête et des vomissements fréquents avec de grands efforts de l’estomac. Le malade se mord souvent les lèvres et tombe enfin dans une prostration si grande que, quelque courageux qu’il puisse être, il ne peut s'empêcher d'exprimer le plus grand dégoût pour tout ce qui lui est offert et de s’abandonner à la plus profonde mélancolie. Ces symptômes ne se montrent pas ordinairement tous à la fois, ni sur le mémeindividu, mais quelques-uns seulement. Cependant la faiblesse et la langueur dans toutes les parties du corps sont toujours la suite d’une attaque violente où des modifications de causes inconnues.

« Quelquefois une hémorrhagie nasale survient chez un pestiféré; abondante, continuelle, elle est fatale; légère et de peu de durée, elle donne l’espérance de guérison.

«Au commencement d’une éruption, l'œil, du côté opposé où elle doit paraître, devient très promptement plus petit que l’autre. Cette diffé-

rence est si évidente que tout spectateur peut l’apprécier.

« Quand éruption a eu lieu, sile malade éprouve des spasmes dans l’abdomen, c’est le signe certain d’une mort prochaine. Ces douleurs spasmodiques ne peuvent que rarement être enlevées, car elles sont les indices de la mortification des intestins.

« À mesure que les yeux deviennent plus clairs et la vision plus nette, les chances de guérison sont plus grandes.

«L’anxiété, la langueur, la mélancolie sont les indices de convulsions internes et d’une mort imminente.

«Les bubons qui sont longs, durs et fermement attachés, sont des symptômes favorables; ceux au contraire qui sont ronds, mollets, superficiels, annoncent la mort.

«La fièvre qui accompagne la peste est ordinairement légere; si elle est très forteelle se termine par la mort.

«Apres neuf ou onze jours de maladie il y a de grandes espérances de guérison, si le malade n’est pas attaqué d’un thanatolliton (qui détruit comme la mort) ou d'un mavrotiganon (noir comme la poêle à frire ).

«Si le délire auquel les pestiférés sont sujets est de courte durée et suivi d’une éruption nouvelle, il est d’un bon augure; mais s’ilest long et violent, une prompte mort en est la conséquence.

«Une diarrhée fréquente, que l’on parvient rarement à arrêter, est mortelle.

«La vraie peste fait son éruption sous le bras, aux aines où près des oreilles; on l'appelle la mére-peste. Toutes les autres tumeurs qui paraissent sur le corps des malades sont des charbons. Il y en a de cinq espèces. L’anthrax est un bubon noir qui s'étend, et dont les bords sont rouges , urant sur le pourpre; c’est le plus mauvais de tous; il annonce certainement la mort. L’evlogiton (béni, heureux) est une tumeur dure et ronde: elle est toujours à désirer. Le thanatolliton a une petite racine trés dure; il ressemble à un pois pour la forme. S'il ne vient pas en suppuration par l’éruption de quelque nouvelle tumeur de bonne qualité, c'est-à-dire par la présence d’un evlogiton ou d’un armpelocladhi (branche de vigne, forme de la tumeur ), il s'étend, devient noir, et la mort s'ensuit. Le mavrotiganon est sec, rude et noir; il s'étend et devient très grand. Don Luigi di Pavia ne l'a vu guérir que deux fois en trente ans; la cause de la guérison fut une nouvelle éruption d’une des bonnes tumeurs. L’ampelocladhi est d'une bonne forme, régulière, et donne lassurance de la vie du malade; il continue pendant plusieurs jours et produit un grand nombre de vers qui dévorent toute la chair dont il se compose, ce qui lui donne l'apparence d’une éponge mal préparée. Le meilleur moyen de détruire cette vermine est d'appliquer dessus, trois ou quatre fois par Jour, un onguent fait avec des feuilles de persil bien séchées, battues dans un mortier et arrosées d'esprit-de-vin. »

Enfin Fra Luigi termine ainsi:c<Je n'ai Jamais vu de guérison résultant d’un traitement conduit d’apres les régles de l’art médical L »

Le docteur Vitangelo Morea, envoyé par son gouvernement pour observer et traiter la maladie pestilentielle qui sévit sur Noja, petite ville des états napolitains, depuis le 23 novembre 1815 Jusqu'au 7 juin 1816, nousa laissé des renseignements très précieux sur la statistique de cette épidémie ?.

Sectateur de Brown, il donne un tableau très détaillé et une explication physiologique très curieuse des symptômes qui caractérisent la peste sthénique et la peste asthénique. Cette maladie fut généralement attribuée à une diathèse morbide asthénique.

Les moyens employés furent fresh et le vinaigre, ou le sucre de limon, sur les anthrax jusqu'à la chute de l’escarrhe ; ensuite le pansement accoutumé des plaies ordinaires, les frictions d'huile sur les bubons, les affusions froides sur la tête des délirants, la décoction rapprochée de quinquina à l’intérieur à la suite de quelques eccoprotiques, et les boissons acidulées, Les vomits, les purgatifs, les nervins, les antimoniaux, les

(1) Extr. des Recherches du docteur Mac Lean sur la peste du Levant.

(2) Storia della peste di Noja di Vitangelo Morea. Napoli,

acides minéraux, les opiacés, le feu, les épispastiques et le mercure furent inutiles ou nuisibles.

Les articulations des cadavres des pestiférés devenaient très promptement flexibles, et les membres étaient souples.

Deux autopsies furent faites, l’une sur un homme âgé de vingt ans, l’autre sur une enfant âgée de cinq ans, qui avaient éprouvé tous les symptômes de la peste. On observa les trois cavités avec soin et minutieusement, et il ne sy trouva aucune altération morbide ; tout était dans l’état naturel.

Après avoir passé plusieurs années dans les Antilles pour y observer la fièvre jaune, le docteur Mac Lean! fut le premier qui en proclama la non contagion. Voulant s'assurer s’il n’en serait pas de même de la peste du Levant, il résolut d'aller l’observer aussi sur les lieux mêmes. A cet effet il se rendit d’abord à Malte, où cette maladie venait de fare de cruels ravages; il prit auprès de la commission de santé tous les renseignements ? qu’il put se procurer, et arriva à Constantinople dans les premiers jours du mois d'août 1815.

Lorsque le but deson voyage fut connu à Péra, le ministre d'Angleterre , les médecins et les né-

(1) Mac Lean ( Charles), Results of an investigation respecing epidemic and pestilential diseases, including researches in the Levant concerning the plague, 2 vol. in-8°, 1817, 1818.

(2) Voyez ci-dessus la réponse du médecin en chef des hôpitaux pour les pestiférés de la ville de Malte.

gociants de celte nation, tous imbus de la doctrine de la contagion, cherchèrent à le dissuader d’une entreprise si dangereuse. Le docteur tint bon. Il fitdemander à la Porte la permission d’entrer dans un des hôpitaux consacrés aux raïa; elle lui fut accordée, et le 15 août il s’enferma avecun drogman grec qu’il avait pris à son service dans l'établissement des pestiférés grecs, situé pres des Sept-Tours.

Du 15 au 20, il visita, examina,toucha, pansa six fois par jour les pestiférés qui se trouvaient dans cethôpital. Le 20 il tomba malade; le 25, aprèsun seul vomissement et quelque difficulté dans la marche, il aperçut un bubon à la partie supérieure interne de chaque cuisse. Le 22 il resta au lit, le 23 il se leva et visita les pestiférés. Du 2/, au 28 1l éprouva un léger délire; le 20 1l fut effrayé pendant la nuit. Trois jours après il entra en convalescence. Browniste exalté, le docteur Mac Lean, regardant sa maladie comme éminemment asthénique, s’était traité par le calomel et l’opium à haute dose. Sorti de l'hôpital, il fit quarantaine, reparut dans les sociétés de Péra, puis retourna en Angleterre. L'année suivante, il publia les résultats de ses recherches sur la peste du Levant. Voilà, certes , des titres pour émettre son opinion sur cette maladie, celle du moins qui sévit à Constantinople.

Le docteur Mac Lean s’étant montré un des plus zélés adversaires de la doctrine de la contagion , son ouvrage est peu connu en France où règne

te CHAPITRE 1.

une opinion contraire. Je doute même qu'il ait été traduit en français. Je crois donc utile de mettre sous les yeux du lecteur les principaux arguments que l’auteur a rassemblés à l'appui de son système; les voici :

« Les auteurs anciens n’ont jamais séparé la peste des fièvres dites pestilentielles , et la doctrine de la contagion, telle qu’on l’entend aujourd’hui , ne fut reconnue, promulguée, que vers le milieu du seizième siècle.

« La peste, ainsi que la fièvre jaune , est causée par les qualités délétères de l'atmosphère.

«Toute maladie épidémique qui peut attaquer le même individu plus d’une fois n’est jamais le résultat d’une contagion; autrement elle ne cesserait, dans les pays où comme en Turquie lon ne prend aucune précaution, qu'après l'entière destruction des habitants.

«Les maladies épidémiques commencent et finissent à certaines époques qui correspondent avec certains changements de saison. Dans l’Asie- Mineure, en Egypte, en Syrie, à Smyrne, la peste règne depuis le mois d'avril jusqu'en juillet; en Egypte elle cesse vers le commencement de l'été, à Constantinople au commencement de l’hiver.

« Les phénomènes de ces maladies sont variables et dissemblables; les symptômes ne se manifestent ni ne se succèdent pas régulièrement; la durée en est indéterminée.

« Quoique une maladie dépendant de la contasion , la petite-vérole par exemple, puisse différer

infiniment d'intensité, il n’y a cependant ni variété ni dissimilarité dans la réunion et le concours des symptômes, ni incertitude dans la période de l'apparence des pustules ou leur durée. Les maladies épidémiques, au contraire, diffèrent essentiellementles unes des autres ; il s’y rencontre unesi grande diversité de phénomènes que la même affection pestilentielle à ressemblé souvent à plusieurs autres’affections, ce qui leur a fait donner le nom de protéiformes. ;

« La peste peut, suivant la prédisposition des individus , se former pendant des semaines, des mois entiers, où faire explosion en un jour, en une heure, en un instant. Si elle était vraiment contagieuse, il n’existerait pas unetelle perplexité. La période entre lapplication du virus de la petite-vérole et l'apparition de cette maladie est déterminée et leur connexion évidente.

« La peste commence et cesse à des époques extrémement régulières ; elle s’arrête le plus souvent tout-à-coup, après s'être le plus répandue et avoir causé la plus grande mortalité; signe évident de l'influence d’un agent général comme les qualités de Patmosphère.

«Les maladies épidémiques observent dans leur invasion, leurs progrès, leur fluctuation, une marche incompatible avec la contagion , mais fàcile à expliquer par les changements dans les propriétés de air atmosphérique.

« Ce n’est pas une preuve de contagion que des

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