‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 62 sur 92 · DÉBUT · texte numérisé non relu

DÉBUT

Il serait curieux de savoir au juste combien, dans un espace de temps donné, supposons un siècle , un demi-siècle même, il se trouve d’années sans peste aucune, combien à peste bénigne, combien à peste maligne, combien enfin à peste cruelle comme celle de 1812. Les chancelleries franques, à même de se procurer facilement les renseignements les plus exacts sur un sujet si intéressant, devraient à l'avenir s’en° occuper sérieusement et publier tous les dix ans le résultat de leurs recherches,

Sur les neuf années de mon séjour à Constanünople, deux se sont passées sans que l’on entendit presque parler de peste ; pendant cinq années la maladie fut bénigne; en 1019 et en 1826 seulement elle fut maligne.

Symptômes.

Les yeux étincelants, le regard fixe, féroce; comme hydrophobique, laltération pr'ompte et inusitée des traits du visage, sont les symptômes les plus caractéristiques de la peste.

Il parait cependant nécessaire que le miasme soit très délétère, ou qu'il se manifeste dans une personne fortement prédisposée, ou qu’il ait circulé long-temps dans l’économie pour qu'il les produise; car, dans ces influences pestilentielles si communes que J'ai cru devoir signaler sous les dénominations d’aura pestilentialis minor et d'aura pestilentialis major, les yeux, le regard, le visage,

n'ont paru n’éprouver aucun changement apprécable dans le premier cas, et presque aucun dans le second.

Ces phénomènes ne se montrent point non plus à la même époque, ni dans toutes les formes de la peste. Chez le jeune Turc (obs. n° 1), les yeux étincelants et le regard fixe ont décidé le diagnostic de la maladie qui, sans eux, eût été prise pour une fièvre ihflammatoire avec phénomènes cérébraux dans un sujet sanguin. Ces deux symptômes sont remarquables surtout chez les individus avec prédominance du système nerveux. Jé me rappellerai toujours les yeux grandement ouverts et phosphorescents du courtier grec (obs. n° 3), l'expression de son profond désespoir, et celle qui lui succéda un instant quand je luieus donné quelques espérances.

Dans la gastro-entérite ou gastro-duodénite des individus à tempérament hépatique, il s’y joint dès le commencement l’altération prompte et inusitée des traits du visage, et bientôt après ce voile de tristesse profonde, espèce de refrognement permanent qui ne disparaît que quand la convalescence est déjà très avancée:

Bubons.

Les bubons, que l’on retrouve aussi dans plusieurs autres maladies, sont si communs dans la peste qu’ils en sont considérés avec raison à peu près comme pathognomoniques. Il faut avouer que le siége, le nombre, la forme et la couleur de

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