‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 71 sur 92 · RELIQUATS · texte numérisé non relu

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bubon volumineux à l’épine antérieure et supérieure de l'os des iles du côté gauche. Ce bubon n'avait pas suppuré; il en restait encore une petite tumeur dure et allongée. Après m'en être assuré par le toucher, je lui demandai si, depuis cette époque, elle y avait ressenti des élancements. «Non, me dit-elle, excepté depuis un mois.» La peste, en effet, régnait depuis peu de temps.

M. R..., Franc, grand contagioniste, premier commis chez un riche négociant arménien, me dit que son patron avait eu la peste plusieurs années auparavant; que si, en se rendant à Constantinople, il lui arrivait d’être compromis, il ressentait des élancements dans l’endroit où le bubon s'était manifesté; que cette susceptibilité lui était restée pendant vingt ans; qu'alors il avait la précaution de s’abstenir de nourriture animale, et surtout d’aubergines, qu’il croyait favoriser grandement la peste. Il faisait usage de beaucoup de réfrigérants.

Une femme grecque de trente à trente-deux ans me dit avoir eu la peste à douze ou treize ans, avec un bubon à l’aisselle et un charbon; depuis ce temps-là, chaque fois qu’il y a la peste à Constantinople, elle ressent des élancements dans la cicatrice du bubon et il se gonfle légèrement; en sorte que, quand on ne parle point encore de peste dans le pays, s’il s’en trouve un accident dans le voisinage elle en est promptement avertie. Je pourrais citer beaucoup d’autres faits semblables qui n'ont été rapportés.

La plupart des lecteurs ne manqueront pas de révoquer en doute une susceptibilité aussi exagérée; le professeur Foderé pense que, dans l’état actuel de nos connaissances, ce signe, rapporté dans le Mémoire sur la peste , du docteur Paris, comme indicatif de l'existence de cette maladie , est au-dessous de la critique, surtout lorsqu'il s’agit de contrées où elle n’est pas endémique.

Craignant d’être la dupe de cet amour du merveilleux si commun dans l'Orient, je suspendis mon jugement jusqu’à preuves plus convaincantes. Arriva la saison morbidede l’année 1010;mes doutes furent entièrement levés. Non-seulement les personnes qui portaient des cicatrices d’exanthèmes pestilentiels renouvelèrent leurs assertions, mais beaucoup d'individus qui n'avaient Jamais eu la peste éprouvèrent dans les régions inguinales des élancements qui les inquiétèrent beaucoup ; je fus du nombre.

C'est à cette nuance de la peste que j'ai cru devoir imposer le nom d’aura Pestilentialis minor; cette dénomination me semble justifiée par plusieurs auteurs recommandables. Pugnet fait mention d’une peste si bénigne qu'ellenes’accompagne presque d’aucun mouvement fébrile, et que l’individu qui en est atteint ne s’en apercevrait pas s’il n’éprouvait un léger malaise, si un faible sentiment de douleur aux aines ou aux aisselles ne l’avertissait qu’un engorgement s’y forme. Elle se

(1) Voy. Dict. des Sciences médic., t. XLI, p. go.

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