‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 72 sur 92 · RELIQUATS · texte numérisé non relu

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dissipe par le seul régime. Aïlleurs il reconnait une contagion imparfaite : « Les cas, dit-il, en étaient presque innombrables. » Le docteur Pariset parle aussi des vifs et courts élancements dans les aines et sous les aisselles qu’il a ressentis lorsqu’il était en Égypte. Le professeur Larrey cite une observation qui les résume toutes : « Le chirurgien Leclerc avait éprouvé la peste en Syrie; depuis cette campagne il ressentait tous les aus de légers retours pendant la saison où règne cette maladie ; les bubons qui, chez lui, s'étaient terminés par la résolution, se tuméfiaient prodigieusement, surtout celui du côté gauche, lequel gènait alors les mouvements de la cuisse, qui, ainsi que la jambe, était dans un état de maigreur et de faiblesse. La première année, étant à Gyseh, il lui survint à la face une éruption Jépreuse qui, après avoir résisté à tous les moyens, cessa à l’époque où la saison de la peste finissait. De retour à Paris, les bubons se tuméfièrent de nouveau.» Don Courban se sert aussi quelquefois du mot ruzghiar (vent), pour désigner une peste légère, mais déjà accompagnée de symptômes qui ne permettent plus de douter de la maladie.

Cette susceptibilité, très singulière il est vrai, mais mise hors de doute, ne se remarque pas chez toutes les personnes qui ont eu la peste. Les hommes y sont moins sujets que les femmes; celles douées d’un tempérament lymphatique avec prédominance nerveuse m'ont paru y être beaucoup plus sujettes que les autres; chez plusieurs elle ne

dure que trois ou quatre années, chez d’autres beaucoup plus long-temps. Cela tient, suivant moi, à une susceptibilité plus ou moins grande du système lymphatique, susceptibilité dont nous avons des exemples dans d’autres systèmes ou appareils : pour le système nerveux, chez ces personnes que l'électricité d’un nuage qui passe sur leur tête affecte douloureusement; pour Pappareil olfactif, chez ces dames romaines que l’odeur d’une rose fait tomber en syncope, tandis que celle de la rhue léur est agréable; pour d’autres systèmes, chez ces personnes affectées de rhumatismes chroniques ou de cors aux pieds, qui, vrais hygromètres, annoncent l'approche d’un temps pluvieux ; susceptibilités, idiosyncrasies dont se moquent et que regardent comme des simagrées les personnes qui n'ont pas cette organisation particulière.

Guérison spontanée.

Tant qu'on a regardé la peste comme une maladie extraordinaire contre laquelle il fallait se dépêcher d'employer le traitement le plus actif, parce que la nature ne pouvait se suffire à elle-

(x) Je connais une personne qui, chaque fois qu’elle doit éprouver un violent coryza, sent l’odeur de fumée comme d’un tison enflammé. Elle cherche partout d’où peut provenir cette fumée, et, n’en trouvant pas la cause, elle se souvient qu’elle a déjà été vingt fois la dupe de cette aberration de sensibilité de la mu-

queuse nasale. Peu d'heures après le coryza se déclare.

GUÉRISON. 297 même , on a été très étonné de voir cette même nature faire tous les frais de la guérison.«Avouons, «dit Pugnet, que la nature livrée à elle-même «guérit la peste quelquefois; nous avons con- «naissance de plusieurs cas où elle a indu- «bitablement tout fait, et ces cas appartien- «nent non-seulement à l’espèce bénigne, mais «encore à l'espèce inflammatoire et à lespece «putride.» Il cite à ce sujet l'observation suivante. «Un jeune Turc nous fut présenté au moment où la contagion se développait chez lui; il éprouvait, avec les symptômes ordinaires, cette chaleur fatigante qui succède au froid précurseur. La chaleur se soutint pendant environ cinq heures, après quoi survint une sueur abondante et universelle qui amena un sommeil fort paisible et la cessation absolue de tous les accidents. Nous fûmes tres surpris, en revoyant le malade, de ne pas même retrouver son bubon, qui avait précédemment au moins le volume d’un œuf de colombe; nous avions déjà observé un fait semblable sur le Mont- Carmel. »

Le professeur Desgenettes rapporte les deux faits suivants : 1° celui d’un sapeur attaqué de Ia peste pendant l’expédition de Syrie. Dans un violent délire il s’échappa nu du fort de Cathiéh et erra pendant près de trois semaines dans le désert; deux bubons qu'il avait abcédeèrent et se cicatrisérent d'eux-mêmes. Il subsista, quand il sentit le besoin des aliments, avec une espèce de petite oseille. 2° Celui d'un artilleur qui avait deux

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bubons et un charbon , et qui, aussi dans un délire, s'échappa des baraques du lazaret de Boulak et se précipita dans le Nil; il fut retiré au bout d’une demi-heure au-dessous d’Embabeh par des habitants de ce village, et il guérit parfaitement.

Savaresi, un des médecins employés à l’expédition d'Egypte, assure qu’un capitaine de vaisseau, ayant contracté la peste en soignant ses matelots, ressentit une excessive chaleur, comme si son sang eût bouilli dans ses veines; il lui sembla qu'il n'avait plus que quelques instants à vivre. Profitant du peu de raison qui lui restait pour faire un essai, il se coucha tout nu sur le tillac, par un temps fort brumeux; l’humidité le pénétra de toutes parts. Au bout de quelques heures sa respiration devint plus libre, l’agitation de la circulation se calma, de sorte qu'après avoir pris un bain de mer il fut entièrement guéri.

Ces observations et beaucoup d’autres auraient dü faire ouvrir les yeux sur le traitement de la peste, comme les guérisons de fièvres dites putrides, adynamiques, par un épistaxis très abondant au moment où pour le fortifier on administrait au malade le camphre, etc., auraient pu mettre sur la voie d’une médication tout opposée; mais on préférait regarder ces guérisons comme une exception bizarre plutôt que comme une indication rationnelle; les stimulants, les toniques conünuaient à être prodigués au malheureux qui, ne pouvant parler, protestait par ses gémissements, ses souffrances et sa mort, contre l’emploi d’une

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