PREMIÈRE OBSERVATION
Rupture d’une poche anévrismale.
Un Arménien se rend chezun barbier de Péra; pendant qu’on lui lave la tête, il tombe et meurt quelques instants après.
L'individu a probablement succombé à la rupture d’un anévrisme du cœur ou de quelque gros vaisseau. Les hypertrophies et les dilatations des ventricules du cœur sont des maladies assez fréquentes chez les vieux Arméniens généralement replets. La cause occasionnelle de la mort me paraît devoir être attribuée à la manière orientale de s’asseoir, jointe à la position de la tête penchée en avant, nécessaire pour se faire laver, savonner et raser les cheveux. La peste régnait alors à Péra; on mit sur son compte cette mort subite, et pendant deux ou trois jours ce fut parmi les Francs l’unique objet de conversation.
Je venais un jour de voir un malade chez un banquier de Hass-Keuï. J'avais laissé chez lui un de ses amis en grande gaîté, assis sur une caisse et se balancant en avant et en arrière. Depuis, j'avais fait dans le village deux ou trois visites. En me
rendant à échelle pour retourner à Péra, je fus rencontré par le domestique du banquier qui, effaré, cherchait de tous côtés un médecin. Il me dit que j'étais à peine sorti de chez son maître quand le mucafir s'était laissé tomber en avant. On avait cru d’abord qu'il avait fait exprès pour amuser la société; mais enfin, en le voyant rester immobile, on s'était empressé de le relever et on l'avait trouvé mort de peste; le barbier appelé pour le saigner n’avait pas voulu le faire sans l’ordre d’un médecin.Je me rendis de suite chez le banquier; l'individu était mort, et, suivant toute apparence, de la rupture d’un anévrisme. Le bruit n’en courut pas moins parmi les Arméniens que c'était de la peste.