‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 10 sur 170 · DÉMOLI DEPUIS · texte numérisé non relu

DÉMOLI DEPUIS

NOUS DECOUVRONS TANANARIVE DONT LA HAUTE SILHOUETTE DOMINE UNE PLAINE IMMENSE. (CL. DE M. PRUDHOMME.)

DE .MARSEILLE A MADAGASCAR. UN VIEUX PLAN DE TAMATAVE. ITINÉRAIRE DE TAMATAVE A TANANARIVE EN IH96.

MMUffMCMr.

IM. 3, rage IS.

NOS BOURJANES

lement assuré, surtout en légumes frais qui sont hors de prix à Tamatave, etc.

Dans Taprès-midi, j'entrepris du côté de la Pointe Tanio une promenade que Ton considérait presque alors comme une excursion lointaine, tant la vie était restée concentrée, casanière et étroite, sur le promontoire qu'occupaient les établissements de conunerce. Je pus ainsi constater que tout se prêtait à l'extension de la ville vers le nord, en bordure de la mer, et face à la partie la mieux abritée de la rade. Puis, je me rendis au village indigène de Tanambao, qui n'était alors qu^une pauvre et minuscule agglomération, dont les habitants vivaient fiévreux et misérables, au milieu des marécages. Il était facile de tirer un autre parti du vaste terrain qu'ils occupaient, et, en assurant l'écoulement des eaux, d'en faire une véritable cité indigène spacieuse, propre et suffisanunent salubre.

Le lendemain, 9 septembre, je me mets en route pour Tananarive. Le départ des bagages était fixé à six heures, mais bien auparavant les premiers bourjanes se rassemblent devant le Comptoir d'Escompte et se mettent à héler leurs congénères moins diligents. Le lieutenant Martin est très occupé avec tout ce monde, dont il ignore le langage; il répartit les porteurs, préside à l'arrimage des charges, et témoigne une sollicitude particulière à nos caisses de popote. Je le retrouve tel que je l'ai connu pendant nos routes au Tonkin : prévoyant, actif, et sachant qu'en pays de fièvre il faut garder sa bonne humeur et ne jamais voyager le ventre creux.

Pendant que les porteurs de bagages se mettent en route, arrivent successivement le commandant Gérard, les autres officiers et M. Grosclaude, épanoui et flambant neuf sous son costume d'explorateur. L'heure s'avançant, je prends congé de M. d'Épinay et des officiers, fonctionnaires et colons qui ont eu l'amabilité de venir me saluer. Bientôt, les bourjanes traversent une petite rivière malpropre, sinueuse et presque sans écoulement, bien qu'elle soit à quelques centaines de mètres seule-

ment de son embouchure. C'est le Manangareza, dont les eaux tiennent en suspension toutes les immondices de la région environnante.

Dès les premiers kilomètres, je constate que la locomotion en filanzane, assurément pratique pour jouir du paysage, manque de confortable. Dans leur course désordonnée, nos porteurs nous le font bien voir. Chacun de nous en possède douze, qui se relaient quatre par quatre. C'est au moment de ce changement d'équipe, exécuté en pleine vitesse, que les chocs se font sentir et que les chutes sont à craindre. D'ailleurs, on se fait à tout, et la jovialité de nos Malgaches contribue à nous aguerrir. Par leur belle humeur, qui s'exerce sans doute à nos dépens, par leurs éclats de rire qu'un rien sufl&t à provoquer, ils oublient et font oublier les fatigues et les petits désagréments de la route. Leur costume n'encourt pas le reproche d'entraver la liberté des mouvements. Une chemise de coton ou de flanelle pour vêtement de dessous; par-dessus, une sorte de blouse ample et imperméable en tissu de rafia, garnie dans le dos d'une large poche pour les provisions de route; un chapeau de paille finement tressé, provenant du marché de Tananarive et dont le modèle caractéristique en demi-haute-forme constitue une sorte d'emblème professionnel; autour des reins, roulé en ceinture, le lantba^ large pièce d'étoffe de coton, dont le bourjane se drape dès l'arrivée à l'étape.

Vers huit heures, nous atteignons le village d'Ivondro, situé sur la rive gauche de la rivière du même nom, et siège d'un petit poste militaire. Au tintamarre qui s'y fait et aux éclats de voix je reconnais nos Sénégalais, grands enfants, quelquefois tapageiu-s en garnison, mais auxquels on pardoime beaucoup pour leur fidélité à leurs chefs, leur admirable dévouement et leur légendaire intrépidité.

Après avoir traversé l'Ivondro en pirogue, nous nous arrêtons sur la rive droite, au village d'Ambodisiny, pour le repas du matin. Les charges sont déballées rapidement, et, pour la pre-

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