MAJUNGA, NOSSI-BÉ, DIEGO
pays, et font main basse sur tous les courriers qui, venant du nord ou du sud, cherchent à dépasser Andriba.
Majunga, où les souvenirs de la campagne sont encore vivants, oflEre un aspect misérable et désolé. Je visite le Rova, ancien fort malgache qui domine la ville, et où deux compagnies de Haoussas sont cantonnées. Cette petite troupe n'a pas de rôle militaire assigné, et ses cadres européens se morfondent dans la vie inactive de garnison. Dans les magasins de la place, s'empilent des approvisionnements énormes qui n'ont aucun écoulement et se détériorent rapidement, faute de personnel pour les entretenir. A l'hôpital, les malades sont nombreux et mal installés dans les bâtiments de fortune construits au moment de l'expédition.
Au sortir de Majxmga, le Yang- Tsé remonte la côte ouest et atteint Nossi-Bé après une navigation d'environ deux cents milles. La petite île et sa voisine, Nossi-Comba, couvertes d'une merveilleuse végétation, comptent déjà plus d'un demisiècle d'existence française.
A mon retour de la Réunion, en 1875, j'avais fait escale à Hell- Ville, chef-lieu et port principal de l'île, et je me souviens qu'à cette époque, aux séductions diverses que le pays oflRrait, s'ajoutait une réelle prospérité. Malheiweusement, la fabrication du sucre de canne, qui est restée longtemps la principale source de richesse des colons de Nossi-Bé, a commencé à subir, il y a une quinzaine d'années, une crise grave, par suite du développement considérable de l'industrie des sucres de betterave en France et en Allemagne.
Le lendemain de l'escale de Nossi-Bé, à l'aube naissante, on double le cap d'Ambre — fascheux à passer ^ disent les anciennes relations, — et on atteint aux environs de huit heures du matin Diégo-Suarez, dont la rade profonde se découpe sur la côte est, à l'extrême pointe de l'île. Les reconnaissances faites au cours des deux derniers siècles par la marine de guerre ou de commerce avaient montré l'importance de ce magnifique port naturel et le
fatigante promenade qu'on faisait à cette époque dans le sable aride et nu.
Aucun point de la partie centrale de la côte est ne pouvait être mieux choisi que Tamatave comme emplacement d'un port de commerce. La ville est établie sur un promontoire de sable qui se détache dans la direction ouest-est, et oflEre une longueur d'environ 2 kilomètres sur une largeur moyenne d'à peu près 600 mètres. Au nord et au sud, les rivages s'incurvent en formant deux grandes baies : celle du nord, la baie de Tanio, qui constitue la rade, et celle du sud, dénommée baie d'Ivondro.
Tamatave, vu du large, oflRre un aspect riant dû à sa belle végétation tropicale et aux grands cocotiers qui, émergeant des jardins, balancent dans le ciel leurs panaches de verdure. Cependant, l'intérieur de la ville n'était en 1896 qu'une agglomération informe, mal percée, donnant l'impression d'un campement où dominaient les maisons à la mode indigène, construites en paillottes ou en débris de caisses à farine et jetées au hasard, sans tracé et sans alignement, sur la dune de sable.
La ville était dépourvue d'eau potable et la masse de la population en était réduite à s'alimenter d'une eau saumâtre, fournie par des puits primitifs, creusés à i mètre ou i m. 50 au plus de profondeur, dans un sol que contaminaient toutes sortes de détritus. Au nord-ouest, s'étendait une immense superficie marécageuse, à laquelle on n'avait donné aucun écoulement et dont les exhalaisons meurtrières s'ajoutaient aux autres causes d'insalubrité de la région environnante.
La matinée de ma seconde journée à Tamatave fut employée à l'inspection de la garnison, alors très médiocrement installée dans les locaux qui lui avaient été assignés. Une partie occupait im ancien temple hova, qui a reçu depuis les affectations les plus diverses et que la ville utilise aujourd'hui comme théâtre municipal. Le reste des troupes était casemé dans le fort hova, démoli depuis. Au cours de cette visite, je pus encore constater bien des lacunes : insalubrité des locaux, ordinaire insuffisant et diffici-
A TAMATAVE, UNE PARTIE DES TROUPES EST CASERNÉE DANS LE VIEUX FORT HOVA,