‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 11 sur 170 · LA ROUTE DES DUNES · texte numérisé non relu

LA ROUTE DES DUNES

mière fois à Madagascar, je m'installe à ma table de campagne. Cuisiniers et auxiliaires ont rivalisé de zèle, et, comme la brise a ouvert les appétits, chacun fait honneur au déjeimer. Vers midi, on se remet en route, La piste est tracée siur une dime sablonneuse très boisée, comprise entre la mer d'un côté et, de Tautre, tm long chapelet de lagunes intérieures; elle me rappelle la route de Dakar à Rufisque, avec cette différence que la végétation malgache est beaucoup plus abondante et variée. Le parcours, si souvent décrit, de Tamatave à Andévorante, laisse le voyageur sous Penchantement continuel des arbres aux frondaisons toufiues, des lianes aux enlacements gracieux et bizarres, des orchidées aux formes délicates et imprévues.

A partir d'Ambodisiny, on s'enfonce sous cette voûte de feuillage, pour n'en sortir qu'aux environs d' Andévorante. De temps à autre, on débouche dans quelque clairière, où s'étalent de magnifiques pelouses vertes qu'encadrent de grands arbres, et au fond desquelles l'œil cherche en vain quelque élégante villa poiu- compléter le décor. Quelquefois, le rideau de verdure s'éclaircit et s'entr'ouvre, le chemin s'infléchit et descend sur la plage, où la mer vient briser ses volutes, et baigner de son éciune les pieds nus des porteurs. Au village d'Ankarefo, situé à l6 kilomètres d'Ambodisiny, nous rencontrons une compagnie partie la veille de Tamatave. Ce sont nos légionnaires qui vont faire la route à pied jusqu'à Tananarive et n'ont pour cela rien perdu de leur bonne humeur et de leur entrain. Vers quatre heures, nous atteignons Tampina, où des cases betsimisarakas ont été aménagées pour nous recevoir. Des nattes propres sont disposées sur le sol et donnent à ces intérieurs indigènes, d'ordinaire si mal tenus, im aspect momentané de propreté qui nous permet de nous y installer sans répugnance.

Le lendemain, lo septembre, notre itinéraire se continue au milieu d'im paysage aussi riant que la veille. Après avoir dépassé le gros village d'Andranônkoditra, nous rencontrons im détachement de Chinois engagés en Indo-Chine pour les tra-

vaux de la route. Quelquès-ims de Monkay, se rappellent m^avoir vu dans leur pays et me témoignent leur satisfaction de me retrouver à Madagascar. Vers dix heures et demie, le déjeuner a lieu à Vavony, village indigène d'une cinquantaine de cases, d'où nous repartons à midi, et au delà duquel la végétation plus épaisse ne donne plus que rarement des vues sur la mer ou la lagune intérieure qui longe le littoral. Bientôt, la piste débouche siu- un beau pont en bois, de 280 mètres de long, construit par le capitaine du génie Gambier; puis nous traversons le village d'Andavakinimenarana, où doit cesser la navigation projetée sur les lagimes. Poiw continuer la route fluviale, on devra percer un seuil d'environ 1 300 mètres, dit pangalane^ et rejoindre ainsi ime rivière assez profonde, mais très étroite et encombrée de végétation aquatique, le Ranomainty, qu'il faudra élargir et canaliser. Un peu avant trois heures, noxis arrivons à Andévorante, où le capitaine MtlUer, commandant d'armes, a pourvu d'avance à notre installation.

Les quelques heures dont je dispose avant la tombée de la nuit me laissent le loisir de parcourir la ville, de m 'entretenir avec quelques colons et de m'enquérir de l'état d'esprit de la population indigène. Les Betsimisarakas, race vigoureuse, parfaitement acclimatée au pays, étaient, dès longtemps avant la campagne de 1895, les vassaux de la Cour d'Em3rme, qui les avait exploités, asservis, et qui pis est, déprimés moralement en encourageant chez eux la tendance à l'ivrognerie. C'est une population douce, maniable, dont Flacourt disait déjà : « Les Habitanz sont bons et point adonnés aux meurtres et voUeries... ils sont fort hospitaliers et assistent un chacim. -^ Cependant les abus ayant fini par combler la mesure, ils résolurent de s'afiranchir de la t3rrannie ho va, dont la conquête française, contrairement à leur attente, ne les avait pas délivrés. A la fin de 1895, levus tribus se soulevèrent à Fénérive, à Foulpointe, et, principalement, dans la région d'Andévorante-Vatomandry-Mahanoro, où les Vorimos, l'une des peuplades qui avaient souffert le plus,

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