LE SYSTÈME DES MASSES
raison de la sédition locale de la fin de 1904, dont j'indiquerai plus loin les causes et les principaux événements.
J'ai dît ailleurs le rôle décisif qu^avaient joué les postes militaires dans l'œuvre de pénétration progressive et de première organisation du pays. Il convient aussi d'indiquer comment avait été résolue la difficulté matérielle d'abriter et de faire vivre ces petits détachements, disséminés sur un pays aussi étendu, aussi accidenté et aussi privé de communications que Madagascar. Dès le début, on reconnut qu'il était impraticable d'appliquer les règlements usuels, imposant à certains services centraux la tâche de fournir à ces innombrables unités et sousunités les vivres, les effets, et les abris ; il eût fallu augmenter démesurément le personnel de ces services et, en outre, disposer de moyens de transport qu'on ne possédait pas et qu'il était matériellement impossible d'improviser. Comme les besoins étaient impérieux, je mis en vigueur une méthode d'entretien des troupes à la fois très simple et extrêmement souple, le « système des masses », dont j'avais déjà fait une expérience avantageuse au Soudan et au Tonkin. Son application repose sur deux principes :
i^ Tirer le plus possible du pays occupé tout ce qui est nécessaire à la subsistance des troupes ;
2^ Substituer à l'action lointaine des services centraux, l'action sur place du chef qui a le contact immédiat de la troupe et donner à celui-ci toute initiative et aussi toute responsabilité, pour pourvoir à l'ensemble des besoins si multiples de ses subordonnés.
En pratique, le chef de détachement perçoit pour chacun de ses hommes et pour chaque journée de présence, des indemnités représentatives distinctes, de vivres, de baraquement et d'habillement.
Ces indemnités, totalisées pour chacun des trois services à assurer, constituent la masse collective du service, qui pourvoit à tous les achats et est gérée suivant les règles comptables
ordinaires par le chef d'unité, avec justification rigoureuse des recettes et des dépenses.
Le détachement ainsi administré devient une véritable coopérative entre frères d'armes, vivant de la même vie, ayant les mêmes besoins, cour^uit les mêmes dangers.
On conçoit aisément les avantages qu'ofifre cette organisation; l'un des plus évidents est que la masse étant le bien commun de la collectivité, chacun a souci de sa prospérité et s'ingénie à lui créer des ressources; enfin, dans un pays neuf, le principe des achats faits sur place favorise le développement de la petite colonisation et des cultures indigènes. Le poste militaire joue un rôle dans la mise en valeur de la contrée ; il devient un centre de rapprochement et, par suite, un instrument de paix et de progrès.
L'application du système des masses a permis d'améliorer considérablement les conditions d'existence de nos soldats à Madagascar.
En outre, elle a procuré au Trésor des économies considérables. Les unités devant en eflFet se suffire avec leurs allocations et assurer, à leurs risques et périls, la conservation de leurs approvisionnements, l'Etat est libéré une fois pour toutes par le paiement des indemnités représentatives sensiblement équivalentes à la dépense initiale qu'il faisait autrefois pour ses achats ; il n'a donc plus à supporter les frais généraux, et, dans l'espèce, les déchets énormes provenant des avaries et des pertes en magasin ou pendant les transports. D'ailleurs, dans les postes, la sollicitude des intéressés pour ce qui est véritablement leur patrimoine a réduit partout ces déchets à des proportions absolument insignifiantes.
Tel a été, dans ses grandes lignes le fonctionnement du système des masses pour nos troupes du corps d'occupation.
Sans prétendre que la méthode employée à Madagascar peut être généralisée immédiatement, je pense cependant que certaines applications seraient très utilement faites à l'armée
MORAMANGA, STATION PRINCIPALE DU CHEMIN DE FER ENTRE LA COTE ET TANANARIVE.
LE RÉGIME DU PROTECTORAT INTÉRIEUR FUT APPLIQUÉ CHEZ LES S \KALAVES DE L'OUEST.