HÔPITAUX MILITAIRES
métropolitaine, dans le sens de la décentralisation et de Pélargîssement de T initiative donnée aux commandants d^unité et de détachement, pour tout ce qui concerne la subsistance, le logement et l'habillement de leurs hommes.
Je terminerai par quelques indications sur le fonctionnement du service médical du corps d'occupation et les mesures prises pour procurer à nos soldats malades ou fatigués tous les soins et le réconfort nécessaires.
Les formations sanitaires militaires de Madagascar se subdivisent : en grands hôpitaux militaires coloniaux^ parfaitement aménagés, et établis au nombre de quatre, à Tananarive, Tamatave, Diego et Majunga ; infirmeries-ambulances j qui sont en réalité de petits hôpitaux, moins complets que les précédents, mais où les maladies les plus courantes peuvent être soignées ; infirmeries de garnison^ analogues aux infirmeries régimentaires de France, à cette dififérence près qu'elles fonctionnent pour l'ensemble d'une garnison au lieu d'être réservées à un seul corps de troupes ; enfin, il a été établi des postes médicaux mobiles dans les régions où la densité des troupes est insuffisante pour comporter l'installation d'une infirmerie-ambulance. Un médecin mobile est chargé de la visite d'un certain nombre de postes militaires, avec résidence dans celui qui lui permet les déplacements les plus faciles et les plus rapides. Les quatre grands hôpitaux et les infirmeries-ambulances sont mixtes; outre le personnel militaire, ces formations reçoivent les fonctionnaires civils, les colons et les indigènes ; pour ces trois dernières catégories de malades, les hospitalisations sont à charge de remboursement au profit du budget de TEtat.
Enfin, on ne s'est pas borné à assurer à nos soldats le bienêtre matériel, et à les préserver le mieux possible des atteintes du climat. Rien n'a été négligé non plus pour leur donner une assistance morale, capable de dissiper et de prévenir le découragement et l'ennui. Aidés par les œuvres admirables des Femmes de France et de la Société de secours aux blessés^ dont
Taction généreuse et bienfaisante s'étend à toutes nos colonies, les chefs de corps et les officiers de toutes les garnisons se sont ingéniés à procurer à leurs hommes des distractions saines, qui sont à leur moral ce que le confortable matériel est à leur santé. Les casernes possèdent des bibliothèques et des salles de lecture ; on y organise fréquemment des jeux divers, des conférences, concerts, fêtes de gymnastique, représentations théâtrales, etc., qui permettent à nos soldats de passer agréablement les heures de loisir que leur laisse le service.
Après cette digression nécessaire, je reviens aux questions indigènes. Dans les régions du plateau central, des instructions de juin 1904 complétèrent et accentuèrent les mesures libérales antérieures, qui avaient largement associé à Pœuvre française les populations malgaches des régions déjà civilisées de TEmyme et du Vakinankaratra. D'ailleurs, nos fonctionnaires indigènes, en Emyrne surtout, formaient à cette époque \m corps instruit, expérimenté, fidèle au nouvel état de choses et soucieux de l'accomplissement de ses devoirs.
Les mêmes principes furent appliqués dans les autres parties de l'île • J'ai déjà parlé du régime des « protectorats intérieurs :^, dont le regretté lieutenant-colonel Lucciardi avait fait le premier essai avec Impoinimerina, chef des Baras-Imamonos de la province de Tuléar. Grâce à la méthode sage et bienveillante apportée par nos officiers à l'administration des Sakalaves, ce système put aussi, en 1904, être appliqué à ces peuplades. On réalisa ainsi, sur les frais d'administration générale, des économies dont j'avais indiqué dans ces termes la nécessité :
« Le maintien du nombreux personnel et des efifectifs importants qu'il a fallu employer au début pour réduire les résistances dans ces vastes territoires imposerait de lourdes charges, bien que, par leur fertilité et leurs ressources, certaines de ces contrées puissent légitimer de sérieuses espérances.
^ U nous faut donc entrer résolument dans la voie de la réduction du personnel militaire, dont la présence n'est plus imposée
L'INVESTITURE DE KAMAMY
par des motifs de sécurité, et qui depuis quelque temps est employé presque exclusivement à l'administration proprement dite du pays. L'ordre étant rétabli, le rôle de nos troupes se modifie; dans les régions pacifiées, elles doivent commencer à céder la place aux forces de police et rejoindre les garnisons normales, où elles seront exercées désormais aux services et aux travaux qui leur incombent pour la préparation de la défense de la colonie. »
Le commandant du cercle de Morondava ayant bien préparé le terrain en vue de restituer, sous le contrôle de la France, leur autorité aux chefs traditionnels de la contrée, le jeune Kamamy, dernier descendant des anciens rois du pays, fut, au mois d'août 1904, de nouveau solennellement investi dans ses fonctions héréditaires, en présence de tous les chefs du pays sakalave de l'ouest.
Dans les régions du sud-est, des causes que j'ai déjà en partie indiquées, et que des incidents fâcheux allaient mettre en évidence, imposaient une ligne politique difiérente. C'est surtout dans cette partie de l'île qu'on pouvait constater la difficulté de prendre à Madagascar des mesures administratives d'ensemble et d'adopter un système imique d'exercice de notre souveraineté vis-à-vis de populations essentiellement diflférentes par leurs traditions, leur caractère et leurs aptitudes à la civilisation.
A l'inverse du pays sakalave où notre action pouvait s'appuyer sur l'autorité de chefs traditionnels, nous nous trouvions là en présence de peuplades à l'état d'extrême division, frustes, indisciplinées et ne se mettant d'accord que pour résister au progrès.
C'est ainsi qu'à la fin de 1904, et après une apparence prolongée de soumission, éclata chez les Antaisakas et Antaifasy de la province de Farafangana, un mouvement insurrectionnel qui se propagea en quelques jours vers le sud et gagna les districts du nord du cercle de Fort-Dauphin.
Sous l'ancien gouvernement hova, ces peuplades avaient à diverses reprises infligé de sévères échecs aux troupes de la
reine, et l'orgueil du succès les avait persuadées de leur supériorité militaire, sur les autres races de Tîle. D'ailleurs, en 1901 et 1902, lorsque nous avions voulu faire reconnaître notre autorité par les populations insoumises Iiabitant les régions montagneuses entre le plateau central et la côte, les Antaisakas et Antaifasy nous avaient fourni d'excellentes troupes indigènes, qui s'étaient distinguées à côté de nos soldats d'infanterie coloniale et de nos Sénégalais. Malgré leur turbulence invétérée, la bienveillance des autorités françaises les avait récompensés des services rendus au cours des opérations; mais nous n'avions pu aller jusqu'à absoudre tous leurs méfaits et les laisser revenir impunément à leurs anciennes habitudes de pillage.
Les sorciers, nombreux dans le pays, exploitant notre intransigeance sur ce point, poussèrent secrètement à la révolte. Ils y avaient eux-mêmes un intérêt direct, car la difiusion dans le pays de l'enseignement et de l'assistance médicale indigènes avait porté un coup fatal à leur influence et était sur le point de tarir leur principale source de revenus. Leur propagande fut révélée par les habitants eux-mêmes, dont beaucoup avaient été terrorisés, et aussi par ce fait qu'on trouva sur les prisonniers des amulettes fabriquées avec les dépouilles des Européens assassinés au début du mouvement.
De même qu'en 1898, lors de l'insurrection du nord-ouest, des renforts, venus de toutes les directions, convergèrent immédiatement vers les régions troublées et reçurent la mission de rétablir l'ordre.
Les opérations furent conduites avec la plus grande modération et j'indiquai en ces termes aux chefs de détachement l'attitude qu'ils devaient observer :
« Tenez toujours la porte ouverte aux soumissions et usez de bons traitements envers ceux qui viendront se rendre. Interdisez de tîrer sur les fuyards, car ils peuvent être aussi bien épouvantés qu'hostiles.