UN GUET-APENS
« Evitez avant tout de mettre les gens dans une position désespérée, qui les forcerait à de suprêmes efforts et entraînerait des pertes inutiles des deux côtés. Rappelez*vous qu41 s'agit d'une opération de pacification et non d'une guerre. Donc, pas de rigueurs ni de destructions inutiles.
« En un mot, le passage dans les régions insurgées des troupes placées sous votre commandement doit rester dans la mémoire des habitants, non comme un sujet de rancune cachée, mais comme le souvenir d'une force juste et indulgente à laquelle il y a tout intérêt à se soumettre. »
Je dois à la vérité de dire que notre générosité n'était pas payée de retour. Un exemple entre bien d'autres montrera ce qu'était la perfidie des instigateurs de la révolte.
Dans la matinée du 14 décembre 1904, les rebelles ayant été cernés dans un village par un de nos détachements, leur chef arbora le drapeau blanc pour demander à négocier. Le commandant des troupes fit arrêter l'attaque ; mais, au moment où nos émissaires s'approchaient sans défiance, un feu violent éclata sur nos troupes au repos. La riposte ne se fit pas attendre, mais ce guet-apens nous coûta plusieurs tués ou blessés.
Malgré la difficulté des opérations pendant la saison des pluies et dans un pays boisé extrêmement accidenté, une cam* pagne de quelques mois vint à bout de toutes les résistances ; l'ordre était rétabli lorsque je quittai l'île au mois de mai 1905. M. le Gouverneur Lépreux, visitant ces régions quelques semaines plus tard, reçut les témoignages de regret des populations, et aussi la soumission de quelques chefs qui, par crainte de la justice plutôt que par désir de prolonger une lutte sans issue, ne s'étaient pas rendus en même temps que la masse de leurs partisans.
La nécessité où je me trouvai de recourir à la force des armes pour repousser ce dernier et brutal assaut de la barbarie contre la civilisation, fournit du moins à nos troupes de Madagascar une nouvelle occasion de montrer leurs qualités de bravoure.
Entre beaucoup d'autres, un brillant fait d'armes en témoignera.
Des coureurs venant du nord ayant apporté à Fort-Dauphin la nouvelle encore vague des événements de Farafangana, quelques tirailleurs sénégalais, commandés par le sergent Casalonga de l'infanterie coloniale, partirent aussitôt vers la région troublée. Mais le mouvement séditieux s'était propagé avec ime rapidité déconcertante. Au premier village où il s'arrêta, le petit détachement, assailli et cerné à l'improviste par 4 à 500 rebelles, se réfugia dans l'église avec ses munitions et approvisionnements et s'y mit en état de défense. Dix jours durant, il soutint les assauts répétés des insurgés et par son feu leur causa des pertes sérieuses. Cependant la lutte était trop inégale, et l'assaillant finit par pénétrer dans le réduit. Mais il n'y trouva que des morts. Les défenseurs s'étaient fait tuer jusqu'au dernier, après avoir successivement détruit les munitions et brisé les armes de ceux qui tombaient. Ces braves gens n'avaient rien voulu laisser que leurs corps entre les mains de l'ennemi!
Le mouvement insurrectionnel de 1904, fomenté dans le plus grand secret comme la plupart des soulèvements d'indigènes, a éclaté sous l'influence de deux causes principales : l'une purement ethnique, corrélative du tempérament belliqueux et pillard de populations soumises par la force, mais non encore assouplies à la discipline sociale et administrative ; l'autre accidentelle, se rattachant aux événements de la guerre russo-japonaise, qui avaient eu un grand retentissement à Madagacar, et que les ombiasy (sorciers du pays), aidés de certains anciens chefs restés irréconciliables, avaient eu beau jeu de commenter et d'exploiter contre nous.
Au contraire, rien ne justifie l'hjrpothèse que la révolte amrait été la conséquence de la refonte du système fiscal opérée pour l'ensemble de la colonie au cours de cette même année 1904. Il convient, à ce propos, de rappeler la situation d'alors et les mesures auxquelles elle a donné lieu.
En France, le Parlement avait, à diverses reprises, mani-