LE SYSTÈME FISCAL
festé très nettement sa volonté de voir nos colonies arriver à se suffire avec leurs ressources propres et s'accoutumer à se passer du concours financier de la métropole. J'étais entré résolument dans cette voie et, sur ma proposition, Madagascar avait cessé de recevoir du budget de l'État les subventions qui lui avaient été accordées plusieurs années durant.
Mais, en présence des besoins nombreux et urgents à satisfaire dans une colonie naissante, il avait fallu trouver ailleurs les ressources disparues, et pour cela remanier l'assiette de l'impôt malgache. Ce fut l'objet de la réforme de 1904.
Suivant les principes que j'avais toujours fait prévaloir, il fut entendu que les charges fiscales seraient avant tout mises en rapport avec les capacités imposables des populations. Mais, tout en respectant le principe absolu de la liberté du travail, ces capacités imposables furent évaluées en fonction des ressources moyennes qu'xm labeur normal pouvait fournir aux diverses provinces. Or, en matière de travail indigène, des diflFérences considérables existaient d'une région à l'autre. Dans le sud-est et le sud, nombre de peuplades, habitant des contrées fertiles et riches en produits naturels, ne tiraient rien du sol et répugnaient à tout travail et à tout impôt. En Em)rme, au contraire, les Hovas — race de beaucoup la plus laborieuse et la plus intelligente de l'île — étaient devenus d'excellents agriculteurs et avaient, depuis plusieurs années, accepté et acquitté sans la moindre difficulté toutes les charges de l'impôt. Notre souveraineté étant indivisible et ne comportant de régime de faveur pour aucim groupement, il eût été profondément injuste et immoral de continuer à ne demander qu'aux tribus des hauts plateaux les ressources nécessaires à la marche des affaires de la colonie et, sous prétexte de ne pas troubler le « farniente » des populations récemment soumises, de faire peser tout le fardeau sur celles dès longtemps ralliées et respectueuses de notre autorité.
Cette inégalité de traitement eût été d'autant moins justifiée
que les Hovas, et à côté d'eux les Betsîléos — contribuables également exacts et dociles — vivent dans im pays relativement peu fertile lorsqu'on le compare aux régions côtières et aux ressources que celles-ci peuvent fournir à leurs habitants.
Cependant, je tenais, en cela comme en toute chose, à n'accomplir que des réformes progressives, en évitant tout changement brusque dans les habitudes et les conditions d'existence des populations. Aussi, la réglementation appliquée aux régions du sud-est avait-elle porté surtout sur les chefs de taxation, sans entraîner d'aggravation de la fiscalité elle-même ; c'est dire que si on a pu la prendre comme prétexte, elle ne saurait être admise comme cause fondée de l'insurrection; c'est dire aussi que, si l'on doit, par la suite, entrer dans la voie de la réduction de l'impôt indigène, il sera juste d'appliquer les premiers dégrèvements, non aux régions côtières susceptibles de procurer de grosses ressources aux indigènes qui se mettront résolument au travail, mais aux populations hovas et betsiléos, qui sont les plus laborieuses de l'île et qui, avec persévérance et succès, font valoir les régions les moins favorisées au point de vue du rendement agricole et de la fertilité.
J'ajoute que le régime fiscal mis en vigueur en 1904 avait fait l'objet d'une longue et sérieuse étude. A cet efifet, j'avais provoqué l'avis d'une commission oflfremt toutes garanties, présidée par le directeur du Contrôle financier, et comprenant le directeur du Comptoir national d'escompte et plusieurs membres des assemblées consultatives de la colonie. Puis, le projet mis au point avait été soumis à l'approbation du Conseil d'administration.
Dans mes instructions, je résumai ainsi les principes mis en évidence par la discussion :
« A Madagascar, comme dans toute nos colonies nouvelles, l'expérience des premières années d'occupation a démontré que l'impôt est le stimulant indispensable de l'énergie indigène. Il ne fait pas de doute que le Malgache, quelque contrée de l'île