‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 113 sur 170 · LE COMITÉ DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE MADAGASCAR

et les membres de son bureau ont donné l'aide la plus efficace, et quelquefois la plus généreuse et la plus discrète, à bon nombre de nos compatriotes établis ou se proposant de s'établir à Madagascar.

Enfin, je connais peu d'œuvres consacrées à nos colonies, qui représentent une aussi grande somme d'efiorts, de recherches patientes, et autant de véritable érudition que le magnifique ouvrage sur Thistoire ancienne de Madagascar dont le Comité a commencé il y a quatre ans la publication. Ainsi vont se trouver rapprochés et condensés, après avoir été extraits des bibliothèques de tous les coins de l'Europe, les récits ou les résultats des travaux des précurseurs qui, à diverses époques, ont visité la grande île malgache et décrit son sol, son climat et ses habitants.

A la fin d'avril, je quittai Tananarive pour me rendre dans la région de Miarinarivo et du lac Itasy. J'avais déjà visité ce pays en 1897, au moment où l'insurrection venait d'y prendre fin, et, à cette époque, il m'était apparu comme une des contrées du plateau central offrant les conditions les plus favorables à la culture, à l'élevage et aux entreprises de colonisation.

Mon voyage devait me permettre aussi d'apprécier, dans une des provinces les plus excentriques de l'Emyme, l'effet des ordres récemment donnés pour l'émancipation des populations malgaches, l'extension des attributions des fonctionnaires indigènes et la réduction des frais d'administration européenne.

La nouvelle organisation n'avait maintenu que dans les chefslieux de province des groupements de fonctionnaires européens pour assurer la direction des divers services : finances, travaux publics, enseignement, assistance médicale, etc.. Dans les subdivisions de région dont le type était le district, le personnel métropolitain était réduit désormais à un seul fonctionnaire. Celui-ci, responsable vis-à-vis du chef de province, devait assurer l'administration de détail de sa circonscription à l'aide

d'agents indigènes/ utilisés suivant leurs aptitudes dans les différentes branches du service.

Je voulais me rendre compte aussi de l' efficacité de certaines mesures prises en vue du développement économique du pays : encouragements à la sériciculture, création de mûraies, attribution de terrains de parcours pour les troupeaux, etc. Ces constatations avaient leur importance dans une des régions de l'Emyme où les conditions du sol et du climat semblent assurer à l'industrie de la soie un sérieux avenir et où, d'autre part, un important cheptel et d'immenses pâturages ouvrent un large champ à l'initiative et à l'activité des colons européens.

Enfin, l'un des buts de mon voyage, et non le moins importaijt, était l'inspection de TAssistance médicale qui, étendue depuis deux ans à cette province, y avait été dotée récemment d'installations définitives : hôpitaux, léproseries, etc.

Le lac Itasy — au centre de la région que je visitai tout d'abord — est une belle et vaste nappe d'eau, très poissonneuse, dont les rivages sont couverts d'une riante végétation jusqu'au pied des montagnes qui en épousent les contours. Il est situé à 80 kilomètres à vol d'oiseau à l'ouest de Tananarive; d*une forme assez îrrégulière, il mesure environ 10 kilomètres suivant chacune de ses deux grandes diagonales.

Selon les géologues, les coulées de lave des anciens volcans du voisinage ont créé peu à peu, dans la vallée de (la Varana, rivière qui arrose cette région, un barrage qui, en élevant le niveau des eaux, leur a permis de s'étaler sur une grande superficie, devenue le lac actueL

La Varana, au cours pittoresque, accidenté par de nombreuses chutes, se jette dans le Sakay qui, avec le Kitsamby, forme la Tsiribîhina, le plus grand fleuve de la côte ouest de Madagascar. Sur la rive ouest du lac se dresse une chaîne d'anciens volcans, alignés dans la direction nord-sud sur une longueur de 35 kilomètres et offrant de frappantes analogies avec la chaîne des monts Dôme de l'Auvergne. Au nord

CHANTIERS AURIFERES

du lac, on distingue l'Ambohimiangara dont le sommet (i 695 mètres) — sur lequel est établi un poste de télégraphie optique — forme le point culminant de la région.

De même que les monts Dôme, les sommets de Tltasy se rattachent à plusieurs catégories de formations. Les plus nombreux sont des cônes de scories, dont le t3^e le plus caractéristique est le Kasige, qui offre un cratère d'environ 80 mètres de profondeur. Quelques-uns présentent, comme le Puy-de-Dôme, l'aspect d'énormes cloches que la poussée intérieure a simplement gonflées ; d'autres ont bavé une lave visqueuse dont l'écoulement n'a pas modifié la forme arrondie du sommet.

Mîarinarivo, chef-lieu de la province de l'Itasy, est un grand bourg construit tout en longueur sur une ligne de crête; on y compte déjà une vingtaine de colons.

Après avoir visité les rives ouest du lac^ mon itinéraire me conduit à Soavinandriana, joli village bâti au sommet d'un mamelon, qui s'est coquettement transformé depuis mon premier passage dans cette région en 1897.

Au delà, la route remonte vers le nord et rejoint la rive est. Je garde un agréable souvenir de cette partie du trajet, et surtout d'une halte pour le déjeuner à Ambohiniazy, joli et gai village construit au milieu d'un bosquet verdoyant sur un petit îlot du lac. Ambohiniazy, qui ne compte qu'une cinquantaine de cases a été beaucoup plus important autrefois. C'était la capitale d'un royaume; au centre du village, le tombeau délabré d'un des derniers chefs, surmontant un gros rocher de granit, perpétue seul la mémoire des événements passés.

Avant de rentrer à Tananarive, je visitai à une douzaine de kilomètres au sud-ouest d'Arivonimamo les chantiers aurifères de Vohinambo, ouverts quelques mois auparavant pour l'exploitation de roches filoniennes, présumées existantes dans le soussol de cette région.

On a contesté souvent, sinon l'existence de filons aurifères à Madagascar, du moins la possibilité d'exploiter ces gisements

d'une façon pratique et rémunératrice. Le système de la négation est trop absolu. Il est certain que For d'alluvion, sur lequel la presque totalité des recherches est encore aujourdTiui concentrée, ne s'est pas trouvé de tout temps dans ses gîtes actuels, et y a été amené par les cours d'eau. Or, Pexpérience des placers des autres parties du monde donne à croire que cet or provient de filons ou de poches distribués plus ou moins régulièrement dans les massifs montagneux où les rivières prennent naissance. Dans cette hjrpothèse, le lavage prolongé qui s'opère dans les profondeurs du sol désagrège à la longue les roches aurifères, et les eaux, en s'écoulant par les fissures, entraînent avec elles, pour les déposer ensuite, les particules du métal précieux.

Quoi qu'il en soit, c'était encore l'or d'alluvion qui, en 1904, constituait la partie de beaucoup la plus importante du rendement aurifère de la Grande Ile. D'ailleurs, quelque primitif que fût le procédé d'exploitation — par la bâtée — employé par les indigènes pour le lavage des sables, la production n'avait cessé de croître au cours des précédentes années. L'énumération ci-après est, à cet égard, significative :

En 1896.. 112207 francs. En 1900.. 3009160 francs.

En 1897.. 213612 francs. En 1901.. 2821200 francs.

En 1898.. 336502 francs. En 1902.. 4132622 francs.

En 1899.. 1043253 francs. En 1903.. 5856778 francs.

En 1904 7692942 francs.

Les résultats du premier trimestre 1905, que je fis relever avant mon départ, furent tout aussi éloquents. Comparativement à la période correspondante du premier trismestre 1904, les demandes de permis de recherches s'élevèrent de 350 à 434, les demandes de permis d'exploitation de 22 à 57 et la production déclarée de 537 à 648 kilos. Il n'est pas superflu enfin de remarquer que la réglementation de l'impôt n'avait pas en pure perte stimulé les indigènes au travail. C'est ainsi qu'au prix moyen de 2 francs le gramme, les chantiers aurifères de l'île distribuèrent

GapS**M9r»€

Krhrllr 1 ff (HH) npo hL»lom«trfK

Page 1