‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 114 sur 170 · DÉCRETS MINIERS · texte numérisé non relu

DÉCRETS MINIERS

aux Malgaches, en 1904 et pendant le premier trimestre de 1905, mie somme de plus de 6 millions de francs.

Peu après ma rentrée en France, un nouveau décret (23 novembre 1905) réglementa derechef Pindustrie minière à Madagascar, en établissant des impôts à la surface et en frappant de taxes plus élevées l'exploitation des gisements filoniens. C'était aller vite en besogne, car on ne possédait que des données encore assez imprécises sur cette dernière source éventuelle de richesse. Suivant moi, le décret de 1902, étudié sur place de concert avec les principaux exploitants d'or de la colonie, était bien approprié à toutes les conditions locales; il venait de donner un remarquable essor à la production aurifère et aurait pu pendant quelque temps encore suffire à tous les besoins'.

Enfin la recherche des pierres précieuses et des métaux ou substances minérales autres que l'or : fer, cuivre, mercure, plomb, étain, nickel, mica, sel, lignite, bitume, pétrole, etc., a donné lieu aussi à des prospections intéressantes, dont le nombre s'est élevé très sensiblement en 1904 et 1905.

Vers la fin de juin, j'entrepris ma dernière inspection côtière en commençant par Diégo-Suarez où j'achevai, avec le concours des assemblées locales, le règlement des diverses questions pendantes : administratives, maritimes et commerciales. Je revis les concessions des environs, la route de la montagne d'Ambre, les ouvrages de défense définitivement armés. Une manœuvre d'ensemble, qui eut pour thème l'attaque et la défense d'un des secteurs de la place, me permit d'apprécier que les troupes avaient été efiîcacement exercées au service de guerre.

Je visitai aussi, dans le voisinage de Diego — en vue de travaux d'irrigation à y exécuter — le village et la plaine

I. La mise en pratique da décret du as novembre 1905 n*a pas donné les résultats qu*on en attendait. Au moment de mettre sous presse (10 mai 1907), on annonçait la signature d*un nouveau décret minier qui reviendra sur certaines des mesures prises et donnera satisfaction aux desiderata exprimés depuis dix-huit mois par les prospecteurs.

d'Anamakia, centre de cultures maraîchères, où une laborieuse colonie créole de la Réunion s'est établie au lendemain de la campagne de 1885.

A Majunga, où j'arrivai le 23 juillet, je constatai aussi, avec ime vive satisfaction, le développement sans cesse en progrès de la ville et de la contrée. Depuis un an, de très nombreuses constructions se sont élevées dans les divers quartiers et soulignent l'essor que prend la ville grâce à l'initiative des commerçants, des industriels et des colons. Les Indiens, comme toujours, ont participé à ce mouvement; nombreux sont ceux de ces Asiatiques qui, établis à demeure à Majunga, placent leiirs capitaux en bien-fonds et fournissent ainsi au commerce local des garanties qu'il ne possédait pas autrefois.

Dans la banlieue, surtout à l'est et au nord-est de la ville, quelques concessions sont en bonne voie de développement et de réussite. Plusieurs colons — et entre autres, M. Billaud à Marohogo — mettant à profit les études et les conseils du Service de l'Agriculture, ont commencé à porter leurs eflForts sur la culture du coton. D'aillexu-s, àun point de vue plus général, l'Administration s'associait activement depuis un an aux eflForts de l'Association cotonnière coloniale, fondée en France en 1903, sous la présidence de M. Esnault-Pelterie, en vue de l'extension de la culture du coton dans nos diverses colonies.

Une grande partie de l'île, comprenant tout le versant occidental, le nord-ouest, le nord jusqu'à Antalaha sur la côte est, les hauts plateaux (Emyme et Betsiléo) et le sud, jouit d'un régime climatique qui convient à la culture du cotonnier. Toutefois, les essais antérieurs désignaient la région du nordouest comme oflFrant à cet égard les meilleures chances de réussite. C'est dans ces conditions qu'au début de 1904 j'avais décidé la création d'une station cotonnière d'essais dans la plaine de Marovoay , arrosée par la Betsiboka, et déjà citée plus haut pour sa fertilité et l'importance de sa production.

En juillet 1904, la station de Marovoay n'était pas encore

A NOSSLBÉ

sortie de la période d^nstallation, maïs elle a rapidement progressé depuis; ses produits, expertisés en France à diverses reprises, ont donné lieu aux appréciations les plus favorables; si les prévisions se réalisent, on peut espérer voir avant peu les cotons du nord-ouest de l'île concurrencer avec avantage la plupart des belles espèces dont notre industrie nationale s'approvisionne encore à l'étranger.

A Analalava, puis à Nossi-Bé où je fais escale pendant mon voyage de retour sur Tamatave, je trouve la situation générale en progrès notable sur les années précédentes. Les statistiques douanières d'Hell- Ville font ressortir que le mouvement du port est passé de 2 millions en 1902 à 2600000 francs en 1903.

Au cours des trois dernières années, les colons européens de la petite île ont redoublé d'activité pour remédier aux effets de la crise sucrière en substituant la culture de la vanille, du café et du cocotier à celle de la canne. Ces efforts se traduisent déjà par des résultats significatifs. Plus de quatre cents hectares sont plantés en vanille et de nouveaux et vastes terrains sont en voie de défrichement et d'aménagement poiu* l'extension de cette culture.

Le cocotier se comporte aussi très bien dans différentes parties de l'île de Nossi-Bé, principalement sur le littoral, où l'on remarque quelques plantations toutes récentes, conduites en vue d'une exploitation régulière et intensive.

Dans le district de la Grande-Terre, qui fait face à Nossi-Bé, la population sakalave, autrefois si turbulente, est complètement rentrée dans l'ordre et se montre docile aux conseils de l'autorité française. La politique des races, utilisant l'influence des chefs indigènes sincèrement ralliés, a produit les meilleurs résultats et facilité beaucoup la mise en valeur du pays.

En 1901 et 1902, toute cette région se nourrissait exclusivement de riz importé de Saïgon. L'extension des cultures indigènes a mis fin à ces importations ; en outre, depuis le

commencement de 1904, Texcédent de8 récoltes du pays a permis de fournir 800 tonnes de riz aux services militaires de Diégo-Suarez; on a amorcé ainsi le développement du commerce d'exportation et les relations entre le point d'appui de la flotte et les régions de l'intérieur.

L'élevage est aussi très en progrès dans les diverses régions de la Grande-Terre dont les plaines, bien arrosées, offrent aux troupeaux de vastes et excellents pâturages. De même qu'à Nossi-Bé, les indigènes ont donné un développement très marqué aux plantations de cocotiers, grâce à des distributions gratuites de noix des meilleures espèces des Seychelles et de Ceylan. Enfin, comme à Majunga, des essais, isolés mais fort intéressants, de culture de coton ont été entrepris par quelques colons et indigènes.

L'ensemble de ces constatations, lors de ma dernière visite officielle à Nossi-Bé, m'a laissé l'impression que la petite Dépendance est heureusement sortie de la crise qu'elle traversait quand je m'y étais arrêté pour la première fois en 1896.

A Tamatave, où j'arrivai le 6 août, un séjour de deux mois et demi me mit à même de compléter l'œuvre que je poursuivais depuis plusieurs années, pour l'organisation administrative européenne et indigène, l'augmentation du trafic, la constitution de l'outillage public, et enfin le développement agricole des régions dont le grand port de la côte est constitue le principal débouché.

Les assemblées locales me prêtèrent, comme les années précédentes, le concours de leur expérience, surtout en m'éclaîrant sur certains détails de la situation commerciale, que les statistiques et enquêtes officielles permettent difficilement de mettre en lumière. Je pus ainsi pressentir que la crise traversée l'année précédente par le commerce local allait prendre fin, et que les premiers mois de l'année 1905 seraient très probablement marqués par une reprise générale des affiaires. L'événement a justifié depuis ces prévisions, surtout après l'élimî-

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