A LA RÉUNION
nation des stocks qui avaient — de la façon la plus inopportune — créé une véritable pléthore sur le marché.
Comme à Majunga et à Diego, je trouvai la ville embellie et assainie, avec des squares et avenues plantés d^arbres, de nombreuses constructions nouvelles, des installations complètes et confortables pour les divers services civils et militaires, des rues empierrées et bordées de trottoirs, un système d'égouts assurant Pécoulement rapide des eaux stagnantes. En me reportant à huit années en arrière et comparant la coquette cité tropicale d'aujourd^hui à l'agglomération informe et madsaine qu'était Tamatave en 1896, je pouvais me /endre compte du chemin parcouru et avoir conscience des progrès réalisés.
Mon séjour me permit de visiter une fois encore le jardin d'essais de l'Ivoloina relié à Tamatave par une belle route empierrée, la cocoterie de Vohidrotra et plusieurs concessions européennes. L'une des plus agréables de ces excursions fut celle que je fis chez M. Mon, président de la Chambre consultative de Tamatave, qui possédait, sur les hauteurs de Farafate, à 7 kilomètres de la ville, un domaine parfaitement entretenu, comprenant une carrière et une exploitation agricole. Grâce à ses persévérants efforts et aussi à sa bienveillance envers les indigènes, M. Mori avait mené à bien, vers la fin de 1904, cette entreprise à laquelle il se consacrait depuis longtemps. Ce n'est pas sans émotion que j'évoque ce souvenir, car, peu après ma rentrée en France, j'appris que notre hôte de Farafate venait d'être enlevé en quelques jours à l'estime et à l'affection de tous ceux qui l'avaient connu et apprécié.
Je ne puis enfin passer sous silence un voyage d'une dizaine de jours que je fis à la Réunion, où j'avais à régler au point de vue militaire, diverses questions touchant à l'organisation des troupes.
Dans cette petite colonie, ainée de Madagascar et si riche en glorieux souvenirs, je reçus de nos compatriotes créoles et de leur excellent et si justement populaire gouverneur, M. Sa-
mary, le plus cordial et touchant accueil. En 1875, j^avais tenu garnison à la Réunion, et depuis cette époque, le souvenir de ce pays enchanteur m'était souvent revenu dans d'autres contrées, où je vivais au milieu de populations hostiles, sous des climats rudes et débilitants. Aussi, pris-je un réel plaisir à voir de nouveau se dérouler sous mes yeux bien des sites que j'avais admirés, et à recommencer, par les routes vertes et fleuries, les jolies exciu'sions d'autrefois.
Enfin, au nombre des satisfactions que m'occasionna mon court séjour chez les Français de l'île voisine, j'eus celle d'emporter la promesse que plusieurs d'entre eux, leur gouverneur en tête, feraient, quelques semaines plus tard, le voyage en sens inverse pour venir assister à l'inauguration des 100 premiers kilomètres du chemin de fer de Madagascar.