L'ESSOR INDUSTRIEL
d'intelligence que d'activité, sut faire un établissement modèle, pouvant exécuter vite et bien tous les genres de travaux.
La plupart de ces entreprises se développeront avec le réseau des voies de communication, surtout au pays hova, lorsque le chemin de fer aura atteint la capitale.
D'autres industries encore peu représentées sont susceptibles de trouver des éléments de réussite dans les ressources particulières à telle ou telle région. Telles sont : la tannerie, la corroierie et la cordonnerie, auxquelles l'accroissement constant des troupeaux semble assurer un certain avenir ; la papeterie, dans quelques provinces renfermant des végétaux déjà expérimentés et reconnus très propres à cette industrie ; la verrerie, à laquelle Jean Laborde avait initié les indigènes dans ses usines de Mantasoa; la teinturerie et la fabrication des vernis, qui peuvent trouver des matières premières dans les nombreux produits tels que l'indigo, l'orseille, les gommes, résines etc... qu'on rencontre sur divers points de l'île ; l'industrie laitière et celles des conserves de viande et des salaisons, dont l'extension est subordonnée aux progrès des diverses branches de l'élevage; les industries du caoutchouc, de la filature de coton et des divers textiles, que le développement des plantations correspondantes pourra un jour approvisionner; la fabrication des huiles alimentaires, pharmaceutiques et industrielles avec les arachides et autres plantes oléagineuses très répandues dans l'île; le traitement industriel du maïs et du manioc pour la préparation des fécules et du tapioca; les applications électriques dans les très nombreuses régions de l'île où se rencontrent des chutes d'eau utilisables.
Une première et très intéressante tentative d'emploi de l'énergie hydraulique a été faite au mois de février 1904 pour actionner une décortiquerie mécanique établie aux environs de Tananarive et appartenant à M. Léon Suberbie. La force transportée par câble, était empruntée aux chutes de Farahantsana, qu'on rencontre sur l'Ikopa à 30 kilomètres au nord-ouest
de la capitale, et dont Pénergie disponible ne descend pas, aux plus basses eaux, au-dessous de sept à huit mille chevaux.
Les installations avaient été faites sous la direction de M. ringénieur Berges, dont le père, créateur des usines de Lancey (Isère) a été en France le vulgarisateur de Tutilisation des hautes chutes ; on lui doit ce mot : la € houille blanche > qui a eu depuis une si heureuse fortune. La mise en marche instantanée de toute cette machinerie : volants, engrenages, courroies de transmission, broyeurs, bluteurs, etc., fut une stupéfaction pour les indigènes et leur parut tenir du sortilège. M. Rasanjy gouverneur principal indigène de TEmyrae qui assistait à rinauguration, traduisit ainsi leurs impressions :
« Les Malgaches voient ici une chose merveilleuse^ dont ils n'avaient aucune idée jusqu'alors : la main de ITiomme enlevant au fleuve sa force aveugle et brutale, dépensée en pure perte depuis des siècles, faisant passer cette force docile et invisible dans un simple fil, la transportant ainsi à une distance considérable et la rendant ensuite à d'autres machines qui peuvent faire tourner des moulins, travailler le fer, illuminer les villes et les villages et fournir à tous les corps de métiers^ en la divisant à l'infini, la force qui leur est nécessaire ! »
A l'énumération qui précède, il faut ajouter l'industrie de la sériciculture, qui donnait lorsque j'ai quitté l'île, les plus sérieuses espérances et ne peut manquer de prendre un rapide essor, dès que les mûraies créées un peu partout seront entrées dans la période de rendement.
En France, l'industrie de la soierie absorbe bon an mal an plus de 4000 tonnes de matières premières, sur lesquelles environ 800 seulement sont produites par le pays. Tout le reste vient presque exclusivement de l'étranger, et, sauf l'Indo-Chine où la sériciculture est en honneur depuis près de 2 000 ans, aucune de nos colonies ne fournit à la métropole des quantités appréciables de soie et de cocons.
LA SÉRICICULTURE
Madagascar pourra bientôt, je Tespère, imiter notre colonie d'Extrême-Orient. C'est en eflfet, un des pays du monde qui oflfrent à la sériciculture les conditions les plus favorables. Ce seul fait permet d'en juger : en France, on ne fait qu'ime éducation par an, alors que, dans le même temps, on en réussit parfois jusqu'à cinq sur les plateaux de l'Em3a'ne.
Lorsque je fis entreprendre l'œuvre d'éducation et de vulgarisation pour Tessor de cette industrie, le mûrier et le ver de Chine (en malgache : landikely) n'existaient guère qu'à l'état de spécimens dans la colonie. Cependant, on les y connaissait de longue date; introduits aune époque qu'on ignore — peut-être par Jean Laborde, — ils avaient eu l'endurance de survivre, malgré l'incurie des Malgaches et l'insouciance qu'ils montraient pour le progrès.
Outre le landikely, on rencontre sur certains points du plateau central et dans quelques régions intermédiaires ou côtières, des vers autochtones appelés landibés, d'une rusticité à toute épreuve, vivant en plein air, sans exiger de soins d'aucune sorte. Ils fournissent une soie de couleur brune, fruste d'aspect, mais extrêmement solide, avec laquelle les Malgaches tissent les lambamènas^ pièces d'étoflFes servant à ensevelir les morts. On en fait aussi des vêtements communément dits de soie betsiléOy qui sont presque inusables et se nettoient facilement. On tirera certainement un très bon parti en Europe de cette soie du landibé lorsque l'industrie la connaîtra mieux, et surtout, lorsque la colonie aura réussi à la produire en quantité plus considérable.
En résumé, les premières données recueillies permettaient d'envisager la possibilité pour Madagascar de devenir un marché de soie assez important. Il était donc du devoir de l'Administration de mettre cette question sérieusement à l'étude et de s'efforcer d'aboutir à une production régulière et marchande.
Après une période de plusieurs années, consacrée surtout
axix essais, des mesures d*un caractère plus définitif furent prises en 1903, 1904 et 1905.
En mai 1904, je fis organiser à Tananarive une exposition où Ton vit réunies, pour la première fois, de belles collections de cocons et de soies grèges provenant des magnaneries des colons et des indigènes. Le président du jury, M. Richard, s'exprimait en ces termes sur Tensemble des résultats obtenus :
€ Lorsqu'on se reporte aux échantillons de cocons recueillis il y a seulement deux ans et qu'on compare ceux-ci aux produits des magnaneries, récemment installées d'après les indications du Service de l'agriculture^ on est très agréablement surpris par le contraste ofiert. >
Les envois de la province de Pltasy (région de Miarinarivo) donnaient lieu aux appréciations suivantes, qui montrent à la fois les progrès réalisés et le caractère pratique et technique qu'on s'était attaché à donner à l'instruction des indigènes :
« C'est l'exposition la mieux comprise, la plus rationnelle et la plus méthodique. Avec ses collections de photographies, ses cartes en couleurs indiquant les mûraies, puis les plantations d'ambrevades, les bois de tsitoavinas et de tapias répandus dans la région, avec ses cahiers donnant la liste des cultivateurs de ces plantations et des sériciculteurs s 'adonnant aux différents modes d'éducation des vers, avec ses séries d'échantillons de cocons classés suivant qu'ils proviennent de vers nourris au mûrier, à l'ambrevade, au tapia ou au tsitoavina, cette exposition de la province de l'Itasy a semblé au jury être le modèle du genre. »
Avec l'exposition, coïncida l'ouverture à la station d'essais de Nanisana, près de Tananarive, d'une École de sériciculture.
C'est une institution d'apprentissage professionnel, dont les élèves sont rompus à la pratique de tous les travaux se rapportant à la culture du mûrier et à l'éducation des vers.
Un Service d'inspections séricicoles fonctionna dans le même but ; des agents du Service de l'agriculture furent chargés de