‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 125 sur 170 · LE CAOUTCHOUC · texte numérisé non relu

LE CAOUTCHOUC

Ménabé, de Reiabo dans la vallée de la Menavava. Elles fournissent les caoutchoucs les plus estimés de l'île : le Madagascar rosé ou Pinkyy très recherché pour sa pureté et le Madagascar noir ou Majunga^ du nom du port principal d'exportation de cette variété.

On extrait aussi le caoutchouc de certains arbres de haute venue, parmi lesquels des Ficus, et d'arbres plus petits, souvent en futaie, dont les principaux sont : le Gidroa^ le Barahanja^ et le Herotra des Sakalaves. Les produits sont de qualités variables suivant les espèces.

Enfin, j'ai déjà mentionné la précieuse euphorbe, dénommée Intisy^ le Herokazo des Antandroy et des Antanosy, abondante autrefois dans la brousse aride qui s'étend à l'extrême sud de l'île, entre Tuléar et Fort-Dauphin. Ce caoutchouc a été découvert en juin 1891 dans des circonstances assez originales pour être relatées. Au cours de voyages dans l'intérieur, quelques Européens avaient remarqué des enfants indigènes occupés à répandre et à faire sécher sur le ventre ou sur le dos d'un camarade, un latex tiré d'ime plante grasse du pays. Ils obtenaient ainsi une sorte de membrane élastique qu'ils tendaient ensuite sur des cerceaux de bois poiu- en faire des tambourins. La valeur de ce produit fut vite reconnue et l'exploitation en devint si intensive qu'un commerçant français de Fort-Dauphin, presque rumé à cette époque, refit une grosse fortune en quelques mois.

Malheureusement, on voulut demander au pays beaucoup plus qu'il ne pouvait raisonnablement fournir et, à peine découvertes, les richesses nouvelles se trouvèrent sérieusement compromises. Les indigènes en vinrent bientôt à un mode barbare de récolte, qui fit disparaître peu à peu la plante productrice. En 1896, au moment de mon arrivée dans l'île, l'intisy était devenu extrêmement rare. Dès que l'hinterland de Fort-Dauphin fut déblayé des bandes rebelles qui y interdisaient tout trafic, des mesures furent prises pour la reconstitution et l'exploitation méthodique des massifs. La production en ressentit vite les

effets ; en quelques années , elle s'éleva par bonds de plus en plus marqués aux chiffres qu'elle atteint aujourd'hui. D'autre part, les moyens de recueillir et de traiter le latex se 'perfectionnèrent. M. Thiry, inspecteur des forêts, que j'avais envoyé en mission dans le sud de l'île, eut l'idée de soumettre au pilonnage les écorces de l'intisy et put, à l'aide de ce procédé, extraire de la plante à peu près trois fois autant de caoutchouc, qu'en fournissait jusqu'alors la méthode de la saignée. Les exportations se sont ainsi considérablement relevées.

Une question, maintenant, se pose. Quel est l'avenir du caoutchouc à Madagascar ?

Je n'hésite pas à le croire plein de promesses, et à penser que ce produit est susceptible de fournir à la colonie un de ses principaux éléments de richesse. Cette conclusion résulte non pas seulement des recherches faites par l'Administration, mais aussi des études entreprises en dehors d'elle, notamment par M. Jumelle, le savant professeur à la Faculté des sciences de Marseille et par deux missions de la maison Michelin qui ont visité les principales régions caoutchoutifères de l'île. Enfin, tout le monde est d'accord sur ce point, qu'il est indispensable de continuer les expériences commencées, de s'attacher à développer les peuplements, et de les constituer avec les plantes les plus productives.

M. Gerber, l'ingénieur distingué de la maison Michelin, qui a fait procéder à d'innombrables analyses de caoutchoucs de Madagascar m'écrivait à ce sujet : « C'est probablement parmi les espèces indigènes qu'on trouvera l'arbre le plus susceptible d'augmenter dans une large proportion la production de Madagascar. Il faut pour cela des recherches, des jardins d'essais et des laboratoires, où l'on ne doit pas hésiter à faire toutes les dépenses d'expérimentation ; enfin, il faut aussi des colons désireux d'aboutir et secondant, dans leur intérêt même, les efforts de l'Administration. }>

D'autre part, un spécialiste des plus connus en matière de

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