‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 127 sur 170 · CONDITIONS DE RÉUSSITE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE RÉUSSITE

Après avoir indiqué les principales ressources de Tîle, il convient de répondre à une question qu'on se pose souvent en France : Quelles sont les chances de succès offertes aux émigrants qui vont coloniser à Madagascar?

Tout d'abord, les conditions sont aujourd'hui entièrement différentes de ce qu'elles étaient en 1896 et 1897.

Au début, alors que tout était à créer, les Malgaches, habitués à vivre dans l'oisiveté et ignorants de toutes les professions manuelles, étaient incapables de contribuer utilement à la satisfaction des besoins généraux, à la création de l'outillage public et à la mise en valeur du pays.

A Tananarive, et à plus forte raison dans les localités moins importantes, on ne pouvait que très difficilement se procurer des ouvriers d'art, des contremaîtres, des surveillants de travaux. Un large champ se trouva ainsi ouvert à l'activité et aux initiatives des Européens. Les ouvriers de profession venus de France, même sans ressources, s'employèrent aisément et obtinrent des salaires très rémunérateurs. Avec de l'ordre et de l'économie, ils purent presque tous amasser rapidement un petit pécule qui leur permit de s'établir. Entre temps, l'étude de la langue du pays les mit à même d'entrer en relations suivies avec les indigènes, d'étendre leurs moyens d'action et de profiter de toutes les circonstances favorables à la réussite de leurs entreprises. Un certain nombre de ces petits colons sont parvenus en quelques années à se créer une belle aisance et tels d'entre eux, partis de rien, sont rentrés en France pour y vivre de leurs revenus. D'autres se sont définitivement fixés à Madagascar et les biens qu'ils ont au soleil, terrains de culture et immeubles de rapport, leur procurent la vie large et facile.

Les conditions de réussite ont été plus favorables encore pour les quelques Européens qui, disposant de capitaux au moment de l'occupation, ont commencé à faire fructifier ceux-ci dès que les progrès de la pacification leur ont permis de parcourir le pays et de s'occuper d'affaires. Certains de ces premiers pion-

nîers de la colonisation ont aussi réalisé depuis leur avoir, et quitté l'île après fortune faite.

Cependant, l'élément indigène, négligeable au début comme auxiliaire de l'industrie et du commerce, fit peu à peu son apparition sur ce terrain où les Européens se mouvaient seuls jusqu'alors, et ne tarda pas à y jouer un rôle des plus importants et des plus actifs.

La France avait eu l'impérieux devoir de fournir aux Malgaches, par l'organisation de l'enseignement et des services d'assistance, les moyens d'améliorer leur sort et de s'élever à la civilisation.

Cette semence du progrès était tombée en bon terrain. Bientôt les écoles professionnelles créées un peu partout fournirent aux services publics et aux particuliers des ouvriers indigènes n'ayant pas assurément la pratique et le tour de main des Européens, mais très suffisants cependant pour exécuter les travaux les plus urgents. D'autre part, les Malgaches ont encore peu de besoins ; la vie familiale que mènent la plupart d'entre eux met en commun les cases, les terrains de culture, et leur procure dans des conditions exceptionelles de bon marché l'existence qui convient à leurs traditions et à leurs goûts.

Il advint ainsi que les salaires des ouvriers indigènes des professions courantes, maçons, charpentiers, menuisiers, serruriers, etc...., s'établirent et se maintinrent à des taux extrêmement modiques (i fr. à 2 fr. 50 au plus par jour), absolument inacceptables pour les Européens. Ceux-ci durent donc, en tant que simples artisans, renoncer à soutenir la concurrence et chercher un autre emploi de leur intelligence et de leur activité.

Cette poussée des ouvriers indigènes ne fut pas d'ailleurs préjudiciable aux Européens supplantés. La plupart de ceux-ci purent en effet, grâce aux ressources qu'ils s'étaient créées, devenir chefs d'entreprise, employer à leur compte les nouveaux initiés aux professions manuelles et compléter utilement leur instruction pratique. Toutefois, il se dégage de cette trans-

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