NOS OFFICIERS COLONIAUX
ministérielles qui avaient été la conséquence de ce régime mal défini de protectorat présentaient d'autres inconvénients.
Le corps d'occupation, dont les eflfectifs avaient été très notablement réduits après la prise de Tananarive, restait confiné dans un rôle exclusivement militaire. En dehors des colonnes qu'il était appelé de temps à autre à fournir pour opérer dans les régions insurgées, ses chefs ne disposaient d'aucune initiative, d'aucun moyen d'action ou d'influence sur les populations indigènes; aux yeux de tous, nos officiers et nos soldats représentaient une force réduite à l'expectative et sans emploi pour transformer au point de vue politique et social l'état de choses qui avait fait naître l'insurrection.
La situation respective du Résident général et du général commandant supérieur des troupes était réglée par un décret du 1 1 décembre 1895, qui admettait la dualité des pouvoirs et laissait indépendantes l'une de l'autre les deux principales autorités qui représentaient la France à Madagascar,
La loi d'annexion du 6 août 1896 dont il sera question plus loin et, d'autre part, les pouvoirs qui me furent confiés me permirent de modifier profondément ce régime.
Tout d'abord, je jugeai que pour assurer l'administration du pays il fallait au début faire appel à toutes les ressources, y compris celles dont le corps d'occupation pouvait disposer. Des forces vives restaient sans emploi à un moment critique, alors que nombre d'officiers et de cadres ayant fait leurs preuves ailleurs, auraient pu, tout en continuant à remplir leur rôle militaire, être associés à l'action politique et administrative et y rendre les meilleurs services. A la suite d'une conquête, il y a tout avantage à tirer parti des aptitudes administratives que nombre de nos officiers possèdent aujourd'hui et qu'ils doivent à leur expérience, à leur instruction générale et à la nouvelle orientation de l'enseignement dans les écoles où ils sont formés. D'autre j)art les règlements, singulièrement élargis depuis une vingtaine d'années, font appel de plus en plus à l'esprit d'initiative
et au jugement, c'est-à-dire aux qualités les plus indispensables non seulement pour occuper un pays par la force, mais aussi pour en assurer l'administration et y développer l'activité économique et sociale. Les officiers qui comprennent ainsi leur mission, et ils sont nombreux aujourd'hui dans notre armée coloniale, sont naturellement désignés pour concourir à l'organisation première de nos possessions nouvelles, jusqu'au jour où celles-ci, pacifiées et soumises, peuvent être remises à l'administration civile.
Au commencement de 1896, des ferments de révolte avaient commencé à se développer dans toutes les provinces de l'Emyrue. Les hauts fonctionnaires malgaches n'avaient pu voir sans dépit proclamer que la France s'installait définitivement à Madagascar. C'était pour eux la fin des exactions dont ils avaient vécu jusqu'alors, la suppression de l'esclavage, l'interdiction des impôts arbitraires; ils comprenaient que leur autorité, si elle s'exerçait encore, serait soumise désormais au contrôle permanent d'un gouvernement ennemi de la concussion, soucieux d'assurer à tous la justice et la liberté.
Tous ces personnages se gardèrent de nous résister ouvertement; bien au contraire, ils conservèrent vis-à-vis des autorités françaises des dehors de courtoisie et d'obséquieuse déférence. Cependant, à leur instigation, la propagande d'excitation à la révolte se poursuivit, occulte et persévérante, exploitant l'ignorance de la population, son esprit superstitieux et ses habitudes d'aveugle soumission aux fantaisies du Pouvoir.
Puis l'insurrection éclata; hésitante au début, on la vit bientôt s'enhardir et se généraliser.
Les bandes s'aguerrirent peu à peu, en livrant à nos troupes de nombreux engagements et en les harcelant constanmient. Nos efforts étaient stériles, parce que cet ennemi, extrêmement mobile, se dérobait à nos coups, évitant les chocs décisifs, revenant après le passage des colonnes occuper les positions d'où il avait été chassé, et continuant à menacer les voyageurs isolés ou les convois insuffisamment escortés.
l'artillerie ex filanzane, seul mode de transport possible
DANS BIEN des RÉGIONS DE MADAGASCAR.