‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 17 sur 170 · CONCENTRATION DES POUVOIRS · texte numérisé non relu

CONCENTRATION DES POUVOIRS

Le mot d^ordre est d'inœndier le pays; 'et chaque soir, de Tananarive, on aperçoit les feux détruisant les nombreux et beaux villages de la partie la plus riche et la plus peuplée du plateau central.

Les renseignements font défaut pour tout le reste de l'île, à l'exception de quelques ports où nous avons des garnisons ou des résidents. Les nouvelles sont d'ailleurs peu rassurantes. Les chefs indigènes les plus influents qui se tiennent avec leurs guerriers dans les hinterlands, conservent ime attitude nettement hostile, et non contents de s'opposer à notre pénétration, menacent très sérieusement nos établissements de la côte.

Cette esquisse rapide de la situation en septembre 1896 montre que le mal était grand, que sa marche était envahissante, et qu'on était dans la nécessité d'y couper court par des mesures rapides et énergiques.

Avant mon départ de France, le Parlement avait voté la loi du 6 août 1896, qui déclarait Madagascar colonie française; d'autre part, les instructions de M. le Ministre des Colonies me permettaient d'appliquer momentanément aux régions centrales im régime d'administration militaire dont la gravité des circonstances faisait à mes yeux ime impérieuse nécessité. En outre, un câblogramme du 16 septembre, qui ne parvint dans la Colonie que le 28 du même mois, me prescrivit de prendre, en même temps que les fonctions de conmiàndant en chef du corps d'occupation, celles de Résident général, et de réunir ainsi entre mes mains tous les pouvoirs civils et militaires.

Les textes relatifs au nouvel état de choses furent publiés par les soins de mon [prédécesseur au Journal Officiel de là colonie portant la date du 27 septembre 1896.

n convient d'en rappeler brièvement les origines, et les principales dispositions.

Les troubles survenus dans le courant de 1896, et aussi les difficultés que nous créait vis-à-vis de l'étranger le régime mal défini du protectorat, avaient ému l'opinion en France

et amené le Ministère Méline à déposer au Parlement, le 30 mai 1896, le projet d^annexion, qui, voté par la Chambre le 20 juin et par le^ Sénat le 11 juillet, fut promulgué le 6 août.

M. Hanotaux, alors ministre des Affaires étrangères, avait résumé dans un remarquable exposé de motifs, les inconvénients de la situation d'alors et les conséquences de la loi dont le Gouvernement demandait le vote. Il signalait que « le traité du i^ oc- « tobre 1895 et la déclaration de prise de possession n'avaient « pas entraîné, à proprement parler, de cession ou d'adjonction « de territoire, mais seulement un démembrement de la souve- « raineté, qui laissait à la Reine une partie de ses pouvoirs }^.

D'autre part, vis-à-vis des puissances autres que la France, le régime qui avait succédé à la conquête n'avait pu, notamment pour les questions commerciales, annuler les traités antérieurs conclus par le Gouvernement malgache. Or, ces engagements qui continuaient à nous lier étaient une entrave presque absolue au développement du trafic de la France avec la grande île.

L'annexion remit toutes choses au point.

C'est ainsi qn^ an Journal Officiel de'Madagascar, du 27 septembre 1896, l'arrêté promulguant la loi du 6 août est immédiatement suivi d'ime note intitulée : « Régime douanier de Madagascar :^, dont le texte expose ^n quelques lignes le régime de faveur qui sera appliqué dorénavant aux produits français.

Une des autres conséquences immédiates du nouvel ordre de choses fut l'abolition de l'esclavage, régime qui ne pouvait, sous aucun prétexte, être maintenu dans un pays rattaché définitivement à la France. Cependant, si tout le monde s'était trouvé d'accord sur le principe, le mode et le délai d'application avaient été très discutés devant le Parlement. Enfin, le président du Conseil avait présenté et fait adopter la motion suivante : « L'esclavage étant aboli à Madagascar par le fait de la déclaration de colonie française, le Gouvernement prendra des mesures pour l'émancipation immédiate .}^ C'est ainsi que le 27 septembre 1896, la veille de ma prise de commandement, l'arrêté relatif à l'aboli-

JE SUPPRIMAI LES PENALITES BARBAKES QUE L'ANCIENNE JUSTICE MALGACHE APPLIQUAIT AUX MOINDRES DÉLITS.

MadAgstioar.

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