EN JUIN
l'un des postes de la ligne de communication des Hovas avec la côte ouest.
Dans le cercle d'Ambatomanga, dont le chef-lieu fut transféré bientôt à Tsiafahy, la situation ne tarda pas non plus à s'éclaircir. Les principaux objectifs assignés au commandant de ce cercle étaient de rétablir la sécurité sur la route de Test, de nettoyer la frontière sud-est de TEmyrne, de poursuivrre jusqu'à dispersion complète les bandes de Rainibetsimisaraka, et de chercher à s'emparer de ce chef rebelle, ou à obtenir sa soumission.
Le résultat fut vite atteint, et l'enlèvement du village fortifié de Nosi-Bé, dont nos troupes s'emparèrent le 6 février 1897, après im assaut meurtrier, porta un coup décisif à la rébellion dans cette contrée. Toutefois, ce ne fut que quelques mois plus tard, le 2 juin, que Rainibetsimisaraka, pourchassé sans relâche et abandonné de tous ses partisans, se rendit à discrétion à un chef de poste du cercle de Betafo. Comme Rabezavana, il vint faire sa soumission solennelle à Tananarive.
En résumé, le but que j'avais assigné en octobre 1896 aux commandants des cercles militaires était complètement atteint en mai 1897.
Nos troupes occupaient par des postes solides les frontières de l'Emyme et étaient en mesure de repousser les incursions des Sakalaves de l'ouest. A l'intérieur de la région conquise sur les rebelles, un réseau serré de postes et de villages armés surveillait le pays et y assurait l'ordre. La carte (PI. 12) fait ressortir comparativement l'étendue des régions soumises au mois de septembre 1896 et à la fin de juin 1897 ; on peut se rendre compte ainsi de l'importance des progrès réalisés dans cette courte période de moins de dix mois'.
I. Un ouvrage spécial : la Pacification de Madagoêcar (R. Chapelot et C*«, éditeurs 1900), xtdâgt diaprés les arohlTes de PEtat-mi^ du corps d'occupation par le capitaine du j^énie Hellot, a relaté en détail les opérations militaires de la période'comprlse entre octobre 1896 et mars 1899, en mentionnant les instructiona d'ensemble, les ordres d'exécution et les services signalés rendus par nos officiers et nos soldats.
Je dois à la vérité, d'ajouter que les opérations de répression de l'insurrection ho va furent extrêmement pénibles. Nos soldats européens et sénégalais, seuls éléments sur lesquels on pouvait compter à cette époque, fournirent des niarches longues et pénibles, de jour et de nuit, tantôt sous le soleil brûlant, tantôt sous des pluies torrentielles. Que de fois, après avoir livré un combat ou enlevé un repaire, gravi des montagnes et franchi des ravins, ils durent le soir venu, bivouaquer sur la dure, et se contenter de l'insuffisante ration que les difficultés du ravitaillement et des transports obligeaient de leur imposer. Heureux, lorsque dans un camp fahavalo dont ils avaient chassé les défenseurs, ils trouvaient quelques provisions de riz, parfois des volailles et plus rarement des bœufs, pour refaire les ressources de leur convoi! Les rebelles se rendaient d^ailleurs un compte exact des entraves que la question de subsistance pouvait apporter aux opérations. Dès que nos détachements étaient signalés, le premier soin des chefs insurgés était d'évacuer les approvisionnements et les troupeaux; ils incendiaient le reste avant de lâcher pied définitivement.
Pendant cette période d'octobre 1896 à mai 1897, les fatigues de la campagne, jointes aux rigueurs de la saison éprouvèrent donc assez rudement nos troupes', mais sans faire fléchir un instant leur bravoure, sans diminuer leur entrain et leur confiance dans le succès final. D'ailleurs, les rebelles étaient loin de s'attendre à cette poursuite des opérations pendant la saison des pluies; elle bouleversa leurs plans, dérouta leurs combinaisons, afiaiblit leur résistance et permit ainsi d'obtenir beaucoup plus rapidement le résultat qu'on se proposait d'atteindre. L'admirable
I. Les pertes du corps d'occupation pendant les opérations de la pacification de TErayme, d'octobre 1879 à juin 1897 se totalisent ainsi qu'il suit :
Tués à Vennemit blessés mortellement, noyés. — a officiers et 60 hommes de troupe, dont «4 Européens et 36 Sénégalais ou Malgaches.
Blessés. — 5 officiers et içt hommes de troupe, dont 79 Européens et lia Sénégalais ou Malgaches.
Morts de maladie, ^ 7 officiers et 307 hommes de troupe, dont xa6 Européens et 181 Sénégalais ou Malgaches.
HORS DE L'EMYRNE
dévouement et re8prit de saCTÎfice de nos soldats et de leurs vaillants frères d'armes sénégalais ne se dépensèrent donc pas en vain; ils relevèrent aux yeux des Malgaches le prestige de nos armes, et profitèrent aussi au pays où la France venait de planter son drapeau.
L'autorité militaire ;s 'était en effet préoccupée de poursuivre constamment ce double dessein : pacifier et administrer.
L'administration indigène commençait à fonctionner sous le contrôle de nos officiers, les cultures étaient reprises, les marchés étaient rétablis, les impôts fournissaient déjà des rentrées régulières; enfin, l'instruction était donnée dans de nombreuses écoles, dirigées par nos sous-officiers et nos soldats. Le pays, en pleine anarchie six mois auparavant, renaissait à la vie normale.
La pacification et l'occupation solide du territoire, par la méthode de la tache d'huile, en progressant constamment du centre vers la périphérie, étaient en somme un fait accompli dans la région centrale. Et ce résultat avait été obtenu par l'application constante de ce principe dont j'ai déjà indiqué l'efficacité : combiner l'action politique et militaire pour prendre possession du pays ; en même temps, entrer en contact intime avec les populations, chercher à connaître leurs tendances, leur état d'esprit, et s'efforcer de satisfaire à leurs besoins pour les attacher par la persuasion aux institutions nouvelles.
Pendant que s'accomplissait la pacification de l'Emyme, les Résidents de l'intérieur et des régions côtières avaient aussi tiré le meilleur parti des moyens très limités dont ils disposaient pour tenir en respect les populations insoumises, et entrer en relations avec elles en vue de la pénétration ultérieure.
Dans la province de Maroantsetra, le Résident Pradon entreprit avec quelques miliciens une marche très hardie dans les régions de l'intérieur. Parti de Maroantsetra le 7 décembre, il vint occuper Mandritsara, garnison hova importante, où l'on signalait depuis longtemps l'existence d'un dépôt d'armes et de munitions, ravitaillant les rebelles.
De très utiles explorations étaient poursuivies sur les côtes par les bâtiments de la Division navale. Le commandant Le Do, tenant la promesse qu*il m'avait faite, lorsque je Tavab rencontré à Mayotte, avait donné à ses commandants de navire des instructions très nettes pour l'application du système politique et militaire dont je lui avais indiqué les grandes lignes.
Ainsi furent enlevés, dans Iç nord-ouest, le 3 et le 11 février, les postes hovas d'Andranosamonta et de Maivarano, centres de contrebande et de résistance à l'autorité française.
Le 12 mars, le Résident Alby, de Majunga, se rend auprès de la reine de Marambitsy , Bareravony , jusqu'alors restée hostile à notre influence. Il obtient d'elle qu'elle amène son pavillon et le remplace par le drapeau français.
Je termine en mentionnant le brillant raid de la compagnie Clavel, qui, partie de Maroantsetra à la fin de février, parvint, après une marche des plus pénibles et en bousculant les rebelles dans une série de combats, à atteindre, le 14 mars, Andranosamonta sur la côte ouest, ayant traversé l'île dans toute sa largeur, sur un parcours de plus de 350 kilomètres.
C'est ainsi que, dans xme vision commune du but proposé à leurs efforts, nos ofl&cîers avec les troupes régulières, la Division navale avec ses marins, et nos Résidents avec leurs milices, poursuivirent la rébellion partout où ils purent l'atteindre, et agrandirent chaque jour le domaine où l'autorité de la France était d'abord imposée, en attendant qu'elle fût définitivement assise et sincèrement acceptée par les populations.