‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 22 sur 170 · PREMIÈRE ORGANISATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ORGANISATION

La genèse du développement de la Colonie. || Nécessité du relèvement

PHYSIQUE ET INTELLECTUEL DES MALGACHES. || L'ÉcOLE DE MÉDECINE ET L'HÔPITAL

INDIGÈNES. H L'enseignement du français et des métiers manuels. || L'École

PROFESSIONNELLE. || L'ÉcOLE Le-MyRE-DE-ViLERS. || ORGANISATION DE LA JUSTICE ET DU SYSTÈME FISCAL. || SUPPRESSION DES « TOMPOMENAKELY ». || LeS TRAVAUX publics; premier projet d'un chemin de fer. Il L'ÉCLAIRAGE DES CÔTES. ||

Le service de l'agriculture; création d'un Jardin d'essais a Nanisana; la

QUESTION CHEVALINE. || MESURES PRISES EN FAVEUR DE LA COLONISATION. || Le RÉGIME DES PRESTATIONS. || LeS ChaMBRES CONSULTATIVES. || EsSAI DE COLONISATION OFFICIELLE A MaNANJARY. || Le RÉGIME FONCIER ET LE RÉGIME MINIER. || LeS TRA- VAUX GÉOGRAPHIQUES DE L'ÉTAT-MAJOR ; LES EXPLORATIONS. Il Le Cercle FRANÇAIS. 0

Un cablogrammb du ministre des Colonies.

PACIFIER n'était pas le seul but à atteindre. J'avais aussi la mission de poursuivre, suivant le vœu de la France, l'œuvre de la civilisation sous les formes principales que celle-ci devait revêtir à Madagascar : développement physique et intellectuel de la race conquise, amélioration de l'état social, mise en valeur du pays par le travail indigène, l'outillage public et la colonisation.

Le problème le plus urgent à résoudre et dont tous les autres n'étaient que des corollaires, était d'enrayer la dépopulation due à ime dégénérescence physiologique qui se généralisait et s'accentuait de jour en jour dans toutes les parties de l'île.

Décimés par les persécutions des derniers règnes et ruinés

par un 8ystème d'impôts et de corvées arbitraires, les Malgaches de rEmjrme avaient perdu toute énergie, et étaient tombés dans cet état de misère résignée et ces habitudes de paresse et d'insouciance qui sont le triste apanage des peuples opprimés par la tyrannie. Ils avaient oflFert ainsi un terrain particulièrement propice à Péclosion de toutes les maladies : variole, lèpre, tuberculose, syphilis, paludisme, etc. Ces fléaux avaient fait d'afireux ravages ; la population de certaines régions avait presque disparu, et c'est ainsi qu'en 1896 on comptait à Madagascar à peine 3 millions d'habitants, alors que la fécondité naturelle de la race et les ressources du pays auraient pu décupler ce chiflfre si l'évolution démographique naturelle n'avait été très souvent interrompue par des calamités de toute nature.

L'un des premiers devoirs de l'autorité française était de remédier à ce lamentable état de choses. D'ailleurs, à Madagascar comme dans d'autres colonies où j'avais servi auparavant, la principale entrave à la mise en valeur du pays et au développement de la colonisation européenne était la très faible densité de la population indigène par rapport aux immenses superficies susceptibles d'être exploitées.

Deux mois après mon arrivée, dans la première quinzaine de décembre 1896, je créai successivement à Tananariveune École de médecine destinée à former des médecins malgaches, et un hôpital indigène servant de clinique à cette école. Les deux établissements furent inaugurés le 6 février 1897, en présence des notabilités européennes et d'une nombreuse assistance indigène. *

Je me préoccupai aussi de nos malades du corps d'occupation, qu'on avait dû, faute de mieux, installer dans des locaux délabrés et tout-à-fait insufiSsants. Une mission anglaise, la London Missionary Society possédait à Soavînandriana, à deux kilomètres au nord-est de Tananarive, un hôpital confortable. Cet établissement fut réquisitionné dans les formes légales et, peu après, cédé à l'amiable à la Colonie, moyennant le remboursement de la valeur du matériel et des médicaments.

€ LES MPISIKIDIY >

Des ordres furent donnés à la Direction du service de santé et aux autorités territoriales, pour organiser un service gratuit de consultations et de distribution de médicaments aux indigènes ; en même temps, les médecins militaires furent chargés d'inspections d'hygiène et de toumées de vaccine; enfin, ils se préoccupèrent de grouper, pour leur donner des soins en commun, les lépreux qui circulaient en liberté et donnaient à tout venant l'attristant spectacle de leurs misères et de leurs plaies.

Au bout de quelques mois, j'eus la satisfaction de constater que ces diverses mesures avaient porté leurs fruits; les Malgaches conunençaient à échapper à l'influence des 4c mpisikidiy > ou sorciers, auxquels ils avaient presque exclusivement recouru jusqu'alors en cas de maladie; l'hôpital indigène de Tananarive dut être agrandi, et les consultations données par les médecins de nos postes militaires devinrent de plus en plus nombreuses.

Le développement de l'instruction et la création d'un service d'enseignement public devaient aussi fournir un moyen d'action très puissant sur les populations indigènes.

En cette matière il y avait des précédents, et je dois dire qu'ils n'étaient pas pour me faciliter la tâche, car je recueillais l'héritage de compétitions, souvent acrimonieuses, entre ceux qui depuis un demi-siècle avaient cherché à se faire une sorte de monopole de l'enseignement de la jeunesse malgache.

Depuis l'arrivée des Européens à Madagascar, au conmiencement du xix® siècle, jusqu'à la conquête française, les questions d'enseignement avaient toujours été étroitement liées à celles de politique et de religion.

Les écoles appartenaient aux Missions religieuses — françaises, anglaises, norvégiennes, américaines, — et certaines de ces associations, soutenues et largement subventionnées par les Gouvernements de leur nation, avaient, en dehors de leur mission spirituelle et scolaire, une sorte de rôle ofiiciel qui les mêlait d'une façon active aux luttes d'influence engagées alors dans la grande île. Chaque élève représentait l'adhésion politique de sa famille et

de ses proches et Tessentiel était de grossir sans cesse cette clientèle. La question pédagogique restait ainsi en arrière-plan, sauf pour quelques sujets qu'on préparait spécialement aux fonctions les plus élevées du Gouvernement d'alors. Dans l'ensemble, les résultats pratiques étaient et ne pouvaient être qu'assez médiocres.

En résumé, avant l'annexion française les écoles de Madagascar étaient presque exclusivement groupées dans les régions salubres du plateau central, en Em)rme et au Betsiléo. Elles étaient toutes confessionnelles et appartenaient aux Missions catholiques françaises dans la proportion d'xm tiers, et aux Missions protestantes étrangères, anglaises, norvégiennes, américaines, pour les deux autres tiers.

Le français n'était enseigné que dans les écoles catholiques.

Sous ce régime, le pouvoir de diriger l'enseignement de la jeunesse, qui, après une conquête, est un des attributs et des devoirs les plus essentiels de la puissance souveraine, échappait encore à l'autorité française.

Après l'annexion, il importait que cette situation frit complètement modifiée ; la France avait le droit de parler désormais en maîtresse et d'avoir la haute main, par l'intermédiaire du Gouvernement local, sur un service qui, dans un pays neuf, touche de si près à l'action politique sur les populations.

Dès mon arrivée, je traçai la ligne de conduite à suivre à cet égard à tous ceux qui détenaient une part quelconque d'autorité. « La langue française — disais-je dans une de mes premières circulaires — doit devenir la base de l'enseignement dans toutes les écoles de l'île. Les programmes seront remaniés et établis d'une manière simple, en revêtant surtout im caractère professionnel, de façon que les écoles fournissent aussitôt que possible des auxiliaires aux entreprises agricoles et industrielles de nos colons. }^

Je spécifiai aussi les avantages qui seraient réservés aux indigènes possédant notre langue :

Page 1