‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 35 sur 170 · SUR LA COTE EST · texte numérisé non relu

SUR LA COTE EST

qui remplît les fonctions de Résident, monte à bord et me fait mi compte rendu rassurant de la situation de sa province. Arrivé depuis deux mois à peine, il a parcouru tout le territoire placé sous son autorité, créé des postes et pris des mesiu-es énergiques pour assiu'er Tordre et la tranquillité. Les régions de l'intérieur sont, m'assure-t-il, très peuplées et riches en denrées et produits de toute nature, susceptibles de fournir un gros aliment au commerce local.

Le petit port de Farafangana, dont le conmierce était tombé à rien quelques mois auparavant, tend à reprendre son activité ; la population flottante augmente chaque jour, et la population fixe compte déjà près de 8000 habitants, dont une dizaine d'Européens ou créoles.

A Mananjary, où nous débarquons le lendemain, M. le Résident Compérat, également nouveau venu sur la côte est, a su gagner déjà la confiance générale par son empressement à faciliter les entreprises des colons, sa grande bienveillance envers les indigènes, et l'activité qu'il a montrée en visitant rapidement sa province et en y établissant une première organisation administrative appropriée aux besoins les plus urgents des populations.

Le chef-lieu, Mananjary, qui est déjà le second port de la côte est, se développe chaque jour davantage et prendra encore plus d'extension lorsqu'une bonne route •— que je projette dès cette époque •— l'aura mis en relations suivies avec le pays betsiléo, dont il est le débouché naturel.

En remontant vers le nord, l'état des barres nous oblige à supprimer les escales de Mahanoro et de Vatomandry, et le 27 juin nous rentrons à Tamatave, quarante jours exactement après notre départ.

Je quitte à regret le commandant Le Do, qui, pendant ce voyage, — sans parler de son hospitalité accueillante, — m'a aidé de sa profonde conndssance des régions côtières. Enfin, je puis dire que, pendant mon long séjour à Madagascar, j'ai

par des scènes inouïes de cruauté et de sauvagerie; des femmes et des enfants enlevés en Emyme y ont été égorgés pour satisfaire aux rites du plus grossier fétichisme.

« Depuis notre arrivée, des prisonniers, captifs depuis de longues années, viennent chaque jour se présenter au poste, hâves et décharnés; on les rapatrie par fournées vers le Betsiléo et le Vakinankaratra.

« Le kabary s'ouvre par une sorte de prologue, « le baisepied }^, exécuté par les sept premiers chefs. Le Sakalave est, depuis quelques jours, très adonné à cet exercice traditionnel, en pareil cas, chez les tribus de Touest ; à tout instant il arrive qu'un chef, au milieu de la conversation, s'écroule brusquement, et ne se relève qu'après avoir laissé l'empreinte de ses lèvres aux pieds de son interlocuteur.

« Voici maintenant le tour des femmes qui, chacune une orange à la main, s'approchent successivement du commandant, et lui présentent le fruit avec une génuflexion assez gracieuse.

^ Puis les discours commencent, suivis du serment de fidélité.

« Celui-ci, prêté conformément aux us et coutumes sakalaves, ne manque pas d'originalité. De tout temps, bien avant que le Betsiriry fût réputé pour ses gisements aurifères, les Sakalaves ont eu le respect superstitieux de l'or; les serments solennels sont tous prononcés sur un lingot ou une monnaie du précieux métal. Au kabary d'Anosimena, la pièce d'or indispensable est im louis de 40 francs, que possède par hasard le médecin du détachement. On la dépose au fond d'im bassin rempli d'eau; puis, on choisit la plus belle des sagaies rendues quelques instants auparavant; Namela, chef du village de Benjilo, la place droite, la pointe basse, portant au centre de la pièce d'or. Les sept principaux chefs et Namela lui-même se groupent alors autour de la sagaie, dont chacun saisit la hampe de la main droite, dans une attitude de quadrille. Puis, le plus éloquent prête, au nom de tous, le serment suivant : « Nous jurons par l'or, par l'eau, par la terre, par Dieu, d'être fidèles à Namela,

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