LE PAYS BE& JROSE
d'Antanifotsy, a,u centre d'une région fertile^ que la population^ après s'être fourvoyée pendant quelques mois dans l'insurrec^ tion, a reconmiencé à mettre en valeur.
Après avoir fait étape le lendemain par i 700 mètres d'altitude et sous ime bise glaciale au petit poste de Ranomaihty, nous traversons le 17, vers 8 heures du matin, Ambodifiakarana, beau village bâti dans im site des plus pittoresques, au centre d'un cirque où s'^tagent en gradins de magnifiques rizières^ puis, Alarobia-Sandrandahy, gros bourg très commerçant, où des réjouissances sont organisées par la population. ^ C'est lé progranmie habituel des fêtes de ce genre, auquel s'ajoute la danse des sagaies^ numéro de chrorégraphie tanala encore inédit pour nous.
Au delà, nous continuons sur Ambositra. Le pays est monotone et de maigre végétation, sauf dans les fonds où l'on côtoie çàet là des rizières et quelques champs de manioc.
La campagne est parsemée de pierres levées, dont quelquesunes sculptées, rappellent des événements de l'histoire du pays. Bientôt on distingue au loin un bouquet de bois, d'où émergent im clocher et des toits rouges : c'est Ambositra, petite ville coquette et salubre, construite sur une émine^ce, dont les cases à étage disparaissent au milieu des arbres. Ambositra est le pays des roses; elles fleurissent à profusion les haies, les jardins et, lorsque nous approchons, cette décoration naturelle nous apparaît agréablement mariée avec les guirlandes de verdure qui pavoisent les rues, les drapeaux et oriflammes tricolores qui flottent sur toutes les demeures.
Vers dix heures, nous sommes à l'entrée de la ville où sont rassemblés près de 30000 indigènes, accourus de toute la région environnante.
Un kabary à la population, la visite des écoles, la réception des colons, et, dans la soirée, des illuminations et des réjouissances publiques forment le programme de la journée.
Le lendemain, 19, nous partons à la pointe du jour; comme
en suivant une plaine légèrement ondulée, que tapissent les rizières et les grandes prairies aperçues, la veille, du haut du Mandalahy. Nous traversons la Matsiatra, belle rivière, large d'une quarantaine de mètres, sur laquelle un pont vient d'être construit;
Bientôt nous atteignons Fianarantsoa, ville d'environ I2 000 habitants, construite sur un mamelon rocheux et rappelant assez exactement par sa topographie, Taspect d'ensemble de Tananarive.
A l'entrée, la colonie européenne et la Chambre consultative m'oflfrent des souhaits de bienvenue. Un ()ortique décoré avec t>rigînalité^ donne accès à la rue principale. Au sommet, dans \m joli cadre dé verdure et de fleurs, trois jeunes filles indigènes, vêtues aux couleurs nationales, forment un gracieux décor vivant. Dans une tribune, les dames de la ville assistent au défilé d^un cortège, formé dès le matin, qui comprend près de 50000 indigènes .en costumes et accoutrements divers, arborant le drapeau français, et emplissant l'air de l'éclat bruyant de leurs musiques et de leurs chants.
Le soir, au Cercle français, je reçois la colonie européenne. En même temps, des réjouissances indigènes s'organisent; des centaÎQes de feux s'allument dans les vadlées et sur les hauteurs environnantes, et la brise nous apporté, affaiblies par la distance, les harmonies douces des concerts et des orchestres lointains. Puis, un feu d'artifice lance ses fiisées dans la nuit, et se continue par ime retraite aux flambeaux qui parcourt au milieu de l'entrain général les divers quartiers de la ville.
Dans la matinée du 22 , f assiste à un vin d'honneur que m'offre la colonie européenne; puis, là Chambré consultative se réunit pour m'exposer la situation du commerce local, et m'exprimer différents vœux sur les moyens de faciliter l'initiative et les entreprises des colons.
Le lendemain, dès la première heure, la population se rassemble pour un grand kabary, annoncé depuis plusieurs jours
et
KABARY AUX BETSILÉOS
dans toute la région, que j'ai prescrit de réunir pour faire connaître aux Betsiléos la situation créée par l'annexion de Madagascar à la France, et mettre un terme aux désaccords qui subsistaient entre les groupes indigènes adhérents des différentes missions religieuses.
Je ne puis mieux fadre que de transcrire ici quelques paroles que je prononçai à cette occasion.
4: U y a un an, vous fournissiez de nombreux esclaves à tous lès peuples de Tîle. Ces esclaves ont été délivrés et rendus à leurs familles qui les croyaient perdus à tout jamais. En outre, j'ai fait cesser l'hégémonie hova, dont le joug pesait durement sur votre pays. Vous avez choisi vous-mêmes vos chefs, et des impôts modérés ont remplacé les tributs vexatoires auxquels vous étiez soumis. Enfin, les tompomenakely, dont vous subissiez les exigences, ont été supprimés. }^
J'abordai aussi la délicate question des dissensions religieuses, en insistant sur l'absolue neutralité que le Gouvernement de la Colonie entendant conserver vis-à-vis des différents cultes :
« J'ai constaté avec regret la division qui semble régner encore entre lés habitants de vos villages. Dans la plupart des localités que j'ai traversées, on m^a montré, d'un côté les catholiques, de l'autre les protestants. Il faut que ces distinctions cessent, car je n'ai pas à connaître quelle est votre religion, et aujourd'hui, sous le régime français, il ne peut y avoir de différence de droits et de traitement entre les catholiques et les protestants. »
Ayant insisté ensuite sur la reconnaissance que les Betsiléos devaient à la France, j'ajoutai :
« Vous devez donc apprendre la langue française et aussi vous habiller avec des étoffes et des draps français, renommés dans le monde entier pour leur bonne qualité ; vous devez enfin devenir les auxiliaires dévoués des colons français qui sont venus parmi vous, apporter la richesse et la civilisation. }^
Puis, je parlai des écoles officielles nouvellement créées :
« Tous, vous pourrez vous asseoir sur les mêmes bancs, protestants, catholiques, et ceux même qui ne connaissent que le culte des morts et des ancêtres. Vos mcutres vous apprendront à vous aimer entre vous, à aimer votre beau pays du Betsiléo, à aimer surtout la France, votre nouvelle patrie, et aussi à devenir d'habiles ouvriers et de bons cultivateurs. »
« Je vous le répète encore une fois, Betsiléos, et j'insiste sur ce point, car je ne veux pas qu'il y ait désormais d'équivoque dans vos esprits. Vous êtes libres, si vous le jugez bon, de conserver les mœurs et les croyances religieuses de vos ancêtres et de pratiquer toutes vos danses nationales. Vous êtes libres d'embrasser tel ou tel culte chrétien; enfin, vous êtes libres de changer de religion si vous en éprouvez le désir. Personne ne doit vous demander de compte à ce sujet et je sévirais immédiatement contre toute autorité ou tout gouverneur qui enfreindrait mes prescriptions siir ce point. La tolérance religieuse et le respect de vos mœurs sont des principes absolus, auxquels le Gouvernement de la République, dont j'entends fidèlement exécuter les volontés, ne souffrira jamais qu'il soit porté atteinte. »
Ces paroles produisent une profonde impression, et dissipent enfin les malentendus et les équivoques que les rivalités confessionnelles entretiennent depuis longtemps dans, l'esprit des populations de la contrée.
Les jours suivants, je règle certaines questions relatives à la situation politique et à la pénétration des régions qui confinent à la province du Betsiléo. La veille de mon départ, je reçois la visite de deux princes tanalas, fils du roi d'Ikongo, que leur père, vieillard presque centenaire, a envoyés à Fianarantsoa pour m'apporter le témoignage de sa fidélité. Cette démarche n'est pas pour me déplaire; cependant, en dépit des sentiments qui me sont exprimés, le pays tanala se remue au sud-est du Betsiléo; j'ai appris que plusieurs groupes dissidents sont venus s'établir en force sur lé rocher d'Ikongo, citadelle naturelle, très diflScile d'accès, qui domine cette contrée et qui, suivant une
MONUMENT COMMÉMORATIF BETSILÉO.