LES VILLAGES MILITAIRES
Je profite de mon passage à Ambohimanga pour visiter Tancienne demeure royale. C'est une construction bizarre et sans caractère architectural, élevée au sommet du fova^ Quelques sculptures et enjolivements en bois d'essences précieuses en constituent les principaux ornements. Derrière Thabitation, se trouvent les cases sacrées où reposaient les restes des rois, et la pierre sainte {vato masinçi) sur laquelle le souverain régnant pouvait seul mettre le pied.
En quittant Ambohimanga, trois heures de filanzane me ramènent à Tananarive.
Le rapide voyage que je viens d'accomplit me laissé cette impression que, jusqu'aux frontières nord et nord-est de l'Emyme, l'insurrection est définitivement éteinte. Désormais, les postes de surveillance qui couvrent encore le pays, auront pour mission beaucoup moins d'assurer l'ordre qui n'est plus sérieusement menacé, que de gagner la confiance des indigènes, et de poursuivre pacifiquement l'organisation politique et administrative de ces contrées.
Après m'être rendu compte de la situation d'ensemble des régions centrales, il me tardait de recueillir des renseignements analogues sur les provinces côtières et d'y mesurer le chemin parcouru depuis un an. Le 2 juin, je reprends la route de l'ouest pour descendre à Majunga.
Je ne reviendrai pas sur l'itinéraire décrit plus haut, de Tananarive à Ankazobé; à 20 kilomètres au nord de cette dernière ville, nous atteignons Manankazo, village militaire, construit récenmient au bord d'une rivière de même nom, dont l'utilité est surtout d'oôrir un gîte au voyageur dans un pays sans habitants.
Au delà, apparaît au nord-ouest le massif des Ambohimenas, de près de 1 500 mètres d'altitude, qui barre l'ancienne route de Majunga à Tananarive et où l'armée hova, mieux conduite et
z. Le rova ett une sorte d'enceinte fortifiée, établie sur nn point don^nant, qui, soiu l'ancien goayemement mal^fache, renfermait d'ordinaire let services de l'administration et la garnison.
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mieux commandée, eût pu faire, en 1895, une formidable défense.
Après avoir passé la nuit à Manerinerina, second village militaire, nous en traversons deux autres, Ankarabé et Mahatsînjo, que le lieutenant-colonel Lyautey a fait construire pour rendre praticable aux Européens la traversée de la région désertique qui s'étend entre Ankazobé et Andriba.
A quinze kilomètres de Mahatsînjo, la route débouche dans la vaste plaine d' Andriba; bientôt, nous arrivons au poste qui, presque abandonné à la suite de Pexpédîtîon de 1895, a été depuis peu remis en état. Les habitants nous font un chaleureux accueil; aux environs, les cultures sont reprises, les troupeaux ont reparu; à Andriba même, le commerce est en bonne voie de relèvement.
Au nord d* Andriba, la route traverse les emplacements les plus connus où les troupes françaises bivouaquèrent pendant la campagne de 1895.
On retrouve un'peu partout, sur la route ou dans les ravins qui la bordent, du matériel, du harnachement, des outils et surtout un grand nombre de voitures Lefebvre dont quelquesunes ont encore des squelettes de mulets dans les brancards. Des ordres sont donnés pour tout rassembler dans des parcs provisoires, en vue d'évacuations sur Tanaharive ou Majimga dès que les moyens de communication s'y prêteront.
Si l'on excepté la plaine d' Andriba qui paraît assez fertile et offrir de réelles ressources pour la culture et l'élevage, tout le pays que nous venons de traverser depuis Ankazobé est, à part quelques coins, désert et aride. La végétation consiste en une brousse maigre, roussie au soleil, qui ne devient un peu verte que pendant la saison des pluies. De distance en distance on aperçoit des tertres épars, tombes improvisées, où reposent loin du pays les restes de nos soldats. En faisant pour la première fois cette longue route, je ne puis me défendre d'un pénible souvenir et ne pas songer aux rudes étapes qui s'y