NAUFRAGE DU LA PÉROUSE
rable sur la situation économique. Le commerce des tissus devient de plus en plus actif, et les exportations de caoutchouc et de cire sont depuis quelques mois eh augmentation marquée.
Le 3 1 juillet une einc^ursioin est organisée au jardin de Nampoa, créé en 1890, aux environs de Fort-Dauphin,, par un colon mauricien d'origine française. Des essais fort intéressants y ont été pratiqués pour la culture et l'acclimatement d'un grand nombre de plantes tropicales, ou des climats tempérés. Les caféiers et les arbres à caoutchouc se distinguent par la vigueur de leur végétation.
Pendant que nous rentrons à Fort-Dauphin, le temps s'assombrit, la mer s'agite. Bientôt, la pluie tombe à torrents, et le vent souffle en^tempête ; dans la baie, le La Pérotise roule bord sur bord. Tout à coup, vers sept heures dû soir, la chaîne de l'ancre casse net à bâbord dans la partie imïnergée. L'officier de quart fait aussitôt mouiller l'ancre deTtrîbord. Les feux sont allumés et poussés activement; mais, avant que la machine soit en état de tourner, un bruit sec se fait entendre : la chaîne de la deuxième ancre vient de se rompre ; le La PérousCy jouet des flots, est emporté à la dérive à la côte.
Le croiseur est perdu; le canon d'alarme retentit; heureusement, le naufrage ne fait aucime victime.
Cette catastrophe ajoume notre départ et nous met dans la nécessité d'attendre un navire. Dans la journée du 8, apparaît le Tafnaj sur lequel nous nous embarquons le 10, à destination de Farafangana. De là, notre voyage se continuera par la voie de terre jusqu'à Tamatave. Je tiens, en eflfet, à m'arrêter dans plusieurs ports de la côte est, où l'impraticabilité des barres m'avait empêché de faire escale en 1897.
Le II, le Tafna mouille en vue de Farafangana, grosse agglomération indigène, formée de plusieurs villages, qui ne compte pas moins de quatre à cinq mille habitants.
Depuis un an, M. Cardeneau, chef de la province, a poursuivi très activement l'œuvre de pénétration et d'organisation
qu'il avait commencée en 1897. Le pays est tranquille, et on peut passer presque partout sans escorte. Toutefois, la variété des éléments ethniques, Pesprit turbulent des diverses peuplades et les rivalités qui les divisent rendent la tâche de l'Administration fort délicate.
Le 14 août, nous nous mettons en route pour continuer le voyage par terre sur Mananjary.
De Farafangana à Tamatave, le trajet doit durer quinze jours, en comprenant les arrêts prévus dans les principaux centres du pays betsimisaraka. La piste, suivie très souvent sous bois et en terrain gazonné, se déroule sur la dime comprise entre la mer et les lagunes intérieures.
Sur toute la côte est, notamment à Mananjary, Mahanoro, Vatomandry, les entreprises de colonisation sont assez nombreuses, et représentent déjà une grande sonune d'initiative, des efforts sérieux, et des capitaux engagés.
A Mananjary, la colonie européenne et les indigènes nous font une réception des plus chaleureuses.
Le lendemain de l'arrivée, j'examine en séance de la Chambre consultative diverses questions intéressant le développement de la région, notamment celle de la prolongation vers le sud du canal des pangalanes. Les ressources de la colonie à cette époque ne permettent pas de commencer ce travail, qui exigera une grosse dépense; mais il n'est pas douteux qu'il y a intérêt à l'entreprendre à bref délai, et que l'essor économique, européen et indigène, de la côte Est se trouve intimement lié à son exécution.
Après avoir fait étape à Ambohitsara, Ambanivolo, Ambodiharana, nous atteignons le Mangoro, le plus important des fleuves du versant Est. Une traversée d'une demi-heure en pirogues couplées nous conduit sur la rive gauche, où, sur le sommet d'une colline,. et dominant tous les alentours^ apparaît une grande construction couverte en chaume. C'est le rova de Mahanoro, qu'habita pendant plusieurs années Rainisolofo, l'un des pro-