TAMATAVE OU MAJUNGA
C'est dans ces conditions que, pressentant le développement économique auquel pouvaient atteindre les régions centrales, j'avais, dès 1896, considéré conune indispensable la construction d'un chemin de fer entre Tananarive et la côte.
Lorsque les progrès de la pacification avaient permis, au commencement de 1897, de commencer l'étude du projet, la question du tracé général à adopter s'était tout d'abord posée.
A priori^ on pouvait hésiter entre la côte est et la côte ouest, autrement dit entre Tamatave et Majunga, pour le choix du point d'origine du premier chemin de fer vers Tananarive.
Chacune des deux solutions avait ses partisans convaincus et d'excellentes raisons étaient mises en avant de part et d'autre. En faveur de Majunga, on faisait valoir le gain possible d'une journée ou deux pour la traversée de France, la proximité de la côte orientale d'Afrique, qui, déjà à cette époque, apparaissait comme un débouché tout indiqué pour les produits de Madagascar; enfin, on ajoutait que, dans l'hinterland de Majunga comme dans les vallées peu éloignées de la Mahajamba, de la Sofia et du Sambirano, les terrains de la côte ouest offrent des éléments de fertilité supérieurs à ceux qu'on rencontre sur le versant est.
Les partisans de la côte est faisaient ressortir la prépondérance considérable du commerce général dans cette région de l'île et, d'autre part, ce fait que la colonisation, déjà ancienne, y avait pris partout une importante extension, alors qu'à Majunga, elle restait à peu près limitée à la ville elle-même et à sa banlieue. Le chemin de fer, concluait-on, trouvera sur la côte est un lit tout préparé et xme clientèle toute faite qu'il mettrait peut-être longtemps à se constituer à Majunga, si toutefois il y réussissait jamais. D'un côté, celui de l'est, c'était la possibilité, avec un léger effort, de mettre rapidement en valeur une immense région côtière relativement très peuplée; de l'autre, où l'on manquait à la fois de colons et de population indigène, le même résultat ne pourrait être obtenu qu'après xme longue période
d'attente. On invoquait aussi le voisinage de la Réunion, dont la population créole fournissait de longue date son appoint au commerce et à la mise en valeur de la grande île. Ces titres étaient à considérer. Est-il besoin d'ajouter que les représentants élus de l'île voisine, empressés à les faire valoir, avaient pris en main la cause du tracé par l'est et ne négligaient aucune démarche en France pour en favoriser l'adoption.^
Placé entre deux solutions qui ofiraient chacune leurs avantages propres, le Gouvernement de la colonie les avait fait étudier de la manière la plus impartiale, en s'inspirant de cette seule considération : construire avec la moindre dépense possible la ligne qui, à l'époque où elle serait mise en service, fournirait les transports les plus rapides, les plus économiques et se prêterait le mieux à la mise en valeur de la colonie.
Dès que les progrès de la pacification l'avaient permis, des reconnaissances techniques avaient été entreprises dans la direction de Majunga par la vallée de l'Ikopa. Elles avaient mis en évidence des difficultés de terrain comparables à celles qu'on devait rencontrer sur le versant est; en outre, on constata, entre Ankazobé et Mévétanana, l'existence d'une région désertique et infertile — la plaine d'Andriba exceptée — qui s'étend sur près de 2qo kilomètres et où, à moins de découvertes minières qu'il serait imprudent d'escompter comme certaines, un chemin de fer ne pourra, de longtemps, trouver des éléments de trafic.
La question de la longueur du tracé était aussi très importante à considérer. En faisant abstraction de la navigation fluviale, d'une part sur la Betsiboka, de l'autre siu- la Vohitra, le trajet terrestre par l'ouest eût été de 380 à 400 kilomètres au lieu de 270 seulement sur l'autre versant. D'ailleurs le parcours fluvial de Majunga à Marololo (le régime de la Betsiboka eût obligé de prendre cette dernière localité comme terminus de la navigation) représente plus de 200 kilomètres au lieu d'un peu plus de 100 entre Tamatave et Brickaville. A tous points de