L^EMPRUNT DE 60 MILLIONS
rapides, de diminuer les rayons des courbes et de permettre ainsi un raccourcissement appréciable sur le parcours total. Mais il ne faut pas oublier que ceci se passait il y a dix ans, en 1897, c^est-à-dire à une époque où l'industrie de la traction électrique, encore dans la période de tâtonnements, était loin de pouvoir résoudre les problèmes dont elle se fait un jeu aujourd'hui. A Madagascar, et pour ime entreprise représentant ime dépense considérable, il eût été critiquable de se lancer dans une expérience dont les résultats étaient en somme aléatoires. Aussi, suivant cette règle qu'en matière de grands travaux publics, rien ne ]doit être fait à l'aventure, on s'en tint, en toute sagesse, au projet élaboré conformément aux données techniques qui alors présentaient seules un caractère de certitude.
Tel était dans ses grandes lignes — au tracé de la Mandraka près — le projet qu'avait établi le commandant Roques et pour l'exécution duquel je venais demander en France les crédits nécessaires. L'ensemble du travail, plans, devis, etc.. ayant reçu la haute approbation du Comité des Travaux publics des Colonies, présidé par M. Bricka, inspecteur général des Ponts et Chaussées, M. Decrais, alors ministre des Colonies, présenta le projet au Parlement peu après mon retour à Paris.
Sur les rapports favorables de M. Argeliès à la Chambre des députés et de M. Saint-Grermain au Sénat, fut votée, puis promulguée le 14 avril 1900, une loi qui mit les moyens financiers à la disposition de la colonie sous forme d'une autorisation d'emprunt de 60 millions; sur ce chiffi-e, 48 millions étaient affectés exclusivement à l'établissement de la voie ferrée; les 12 autres millions devaient couvrir les frais d'autres grands travaux : construction de routes, de gîtes d'étapes, de phares, de lignes télégraphiques, etc.
Appliquée aux 270 kilomètres du parcours, l'allocation de 48 millions eût représenté moins de 180 000 francs par kilomètre, ce qui était notoirement trop peu dans un pays offrant les difficultés de travaux, de moyens d'exécution et de recrutement de
main-d'œuvre qu'on allait rencontrer à Madagascar. On devait donc, dès cette époque, prévoir que ce premier crédit ne permettrait pas de conduire la voie ferrée jusqu'à Tananarive. Toutefois, il était suffisant pour l'amener au pied de l'Angave, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, et terminer ainsi la partie la plus importante et de beaucoup la plus difficile de l'entreprise. Sur le tronçon restant on n'avait à compter que sur une dépense bien inférieure, comme l'expérience des dernières adjudications l'a surabondamment prouvé.
Je profitai aussi de mon séjour en France pour renseigner le Gouvernement sur Diégo-Suarez et m'eÔorcer de faire partager ma conviction, que ce port, situé au nord de Madagascar, peut et doit commander les routes de mer vers nos possessions indochinoises et qu'il faut, par suite, lui donner une organisation défensive solide.
Mes propositions reçurent l'accueil le plus favorable de M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil. Au milieu de ses graves et nombreuses préoccupations, le chef du Gouvernement me reçut, chaque fois que j'allai l'entretenir, de la manière la plus bienveillante et la plus affable, s'enquérant avec sollicitude de tout ce qui intéressait notre jeime Colonie, ayant foi dans son avenir et montrant une parfaite intuition des moyens les plus propres à en favoriser le développement et en assurer la défense. Cet homme d'État éminent, en qui l'on sentait vibrer la noble passion des grandes choses, a été enlevé prématurément à son pays; le jour où il a succombé, Madagascar a perdu un ami sincère et la France un de ses meilleurs citoyens.
Le général de Galliffet, ministre de la Guerre et M. Decrais, ministre des Colonies, voulurent bien aussi prendre en main mes projets et leur donner l'appui de leur haute autorité. Enfin, au Parlement, la cause de l'armement et de l'outillage de Diego fut éloquemment soutenue. On fit ressortir en particulier la nécessité de doter le port d'une cale pour la réparation des navires. Un des orateurs écoutés de la Chambre, M. Honoré