‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 66 sur 170 · LE COLONEL JOFFRE · texte numérisé non relu

LE COLONEL JOFFRE

le camp retranché de Diego du reste de l*île. Sur Pautre versant, au sud du massif, se trouvent les deux provinces de Vohémar et de Nossi-Bé-Grande-Terre où Ton rencontre de vastes plaines, peuplées, fertiles, bien arrosées, offrant de grandes ressources pour la culture et Télevage.

Des pentes de la montagne, descendent de nombreuses rivières tributaires, de la rade de Diego pour le versant nord du massif, et, pour le versant sud, de l'Océan Indien ou du canal de Mozambique.

Le massif d'Ambre, avec sa forêt épaisse, coupée de profonds ravins et parsemée d'anciens cratères, formait à cette époque un fouillis inextricable de végétation, dans lequel les indigènes eux-mêmes hésitaient à s'aventurer. Au cours de ma première visite à la montagne, le colonel Joffre, qui avait commencé l'exploration de la forêt, me fit part de son projet d'y établir une route, d'un intérêt à la fois stratégique et économique, qui ferait cesser l'isolement de Diego et mettrait son territoire en relations avec les provinces fertiles et peuplées du sud.

Après la revue du 14 juillet à Diego, je m'embarque siu: le Yang'Tsé à destination de Tamatave. Nous y arrivons le 18 par une journée superbe et im ciel sans nuages, dont aucime des ondées si fréquentes sur la côte est ne vient troubler la sérénité. Je conserve un souvenir ému des manifestations dç sympathie qui ont accueilli mon retour. Toute la ville, colonies française et étrangères, Malgaches, Asiatiques, etc., est sur pied et s'est mise en frads pour me recevoir. A peine aî-je touché l'appontement que les mains se tendent de toutes parts ; je revois autour de moi des visages familiers et des amis : membres des assemblées locales, vieux colons de la région, consuls étrangers, chefs betsimisarakas des alentours à la tête des délégations de leurs villages. Pendant que les compliments s'échangent, s'organise un cortège qu'anime l'éclat des fanfares locales et qui bientôt se met en branle pour m'accompagner à travers les rues pavoisées et fleuries jusqu'à l'hôtel du Gouvernement.

Quelle diflFérençe entre cette cité riante et la ville morne et désolée où j'avais débarqué quatre ans auparavant !

Les jours suivants, les fêtes et réceptions se succèdent sans discontinuer. Elles me fournissent l'occasion de renouer connaissance avec tous, de puiser de nouvelles forces dans la confiance qui m'est témoignée et enfin de mettre le plus de monde possible au courant des démarches que j'ai faites en France, du succès qu'elles ont obtenu et du programme que je me propose de suivre pour continuer l'œuvre commencée pendant mon premier séjour.

Depuis un an, Tamatave a continué à se transformer; l'exécution du plan général des travaux s'est poursuivie avec méthode et activité, facilitée par la parfaite entente qui règne entre tous les éléments de la population.

Le 19 juillet et les jours suivants, je visite successivement les établissements militaires, l'hôpital, les travaux de construction du quai maritime et du wharf, la prison, le nouveau marché et les installations des divers services publics. Puis, ime série d'excursions me conduisent au Jardin d'essais et sur la plupart des concessions des deux belles vallées de l'Ivoloiiia et de l'Ivondro. On trouve là d'excellents terrains, abondamment arrosés, à végétation puissante, auxquels la proximité de la rivière fournit un moyen pratique et économique d'écouler les produits. Cet ensemble de conditions avantageuses a attiré les colons, et plusieurs domaines importants sont en pleine exploitation dans ces vallées : l'Avenir, Cyrano, la Chance, Bagatelle, Mauricia, etc.. Les principaux produits récoltés sont le cacao, le café et, en moins grande quantité, la vanille.

Je quitte Tamatave le 20 août et, cette fois, c'est par le canal des pangalanes que je vais accomplir la plus grande partie du trajet le long de la côte.

Embarqués à Ivondro sur VAndévorante^ chaloupe à vapeur de la compagnie des Messageries françaises, nous traversons à une vitesse de six nœuds, les lacs de Nossi-Vé, Sarobakina et

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