AU CANAL DES PANGALANES
Zanakîngetza. Quatre heures après le départ, nous atteignons le pangalane de Tanifûtsy, entièrement creusé, qui s'étend sur 800 mètres de longueur, avec une largeur de 15 mètres au plafond et une profondeur de i m. 75.
Vers midi, VAndévorante s'engage dans le second pangalane, dit d'Ampanotoamaizina, dont le percement vient d'être terminé. Le déjeuner est servi en route, à bord d'un chaland transformé en salle à manger. A 4 heures, on débarque à l'origine des chantiers du pangalane d'Andavakinimenarana, où les travaux sont très activement poussés sous la direction de M. l'ingénieur Portier. Nous reprenons là les filanzanes; à 6 heures du soir, nous sommes à Andévorante, où je consacre la matinée du lendemain à des conférences avec les Chambres consultatives d' Andévorante et de Vatomandry. Dans l'après-midi, accompagné du lieutenant-colonel Roques et de quelques officiers, je me rends par la rivière à Aniverano, tête de ligne projetée de la voie ferrée. Le lendemain, à la première heure, nous visitons les premières installations, encore sommaires, du commandant Goudard, chef du génie du chemin de fer, et nous nous rendons à Ambinantsandraka, village à ime douzaine de kilomètres à l'ouest d' Aniverano, qu'ont atteint déjà les équipes chargées de piqueter le tracé sur le terrain. Cette excursion précédant l'ouverture eflFective des travaux me montra l'importance des mesures' qu'il fallait prendre pour préserver de tout mécompte l'exécution de l'entreprise, préparer dans de bonnes conditions l'installation et le ravitaillement des travailleurs, leur assurer en cas de maladie des soins sur place ou dans les formations sanitaires de l'arrière^ fixer la répartition et le mode de progression des chantiers, les conditions d'exécution des convois de matériel, etc. C'étaient là autant de points à régler par des instructions précises dont j'arrêtai les grandes lignes sur place et que je préparai dès ma rentrée à Tananarive.
Pour asseoir les bases de cette organisation je mis aussi à profit mon expérience du Soudan et du Tonkin où j'avais eu
déjà à présider à la construction de chemins de fer coloniaux et où j'avais reconnu que toute entreprise de ce genre est vouée à un désastre lorsqu'elle est insuffisamment préparée.
Cette première visite au chemin de fer terminée, nous nous rendons à Mahatsara par une traverse. C'est de là que je dois partir pour tenter sur la partie de la route achevée dans la région basse, le premier essai d'automobilisme en pays malgache.
Les objections qui m'avaient été faites en France me laissaient quelques doutes sur la réussite. Cependant, le capitaine Grûss, que j'avais chargé de l'expérience, avait amené de Paris trois voitures Panhard-Levassor, dont deux douze-chevaux nous attendaient toutes montées à Mahatsara. La troisième, une voiturette six-chevaux avait été laissée en caisse pour franchir, entre Beforona et Moramanga, les 30 kilomètres sur lesquels la route carrossable n'était pas encore achevée.
De Mahatsara, les deux douze-chevaux nous conduisirent en trois heures à Beforona, distant de 80 kilomètres.
C'était sans doute une allure modeste comparée à celles que, déjà à cette époque, on atteignait en France ; mais il ne faut pas oublier que la route de la côte est à Tananarive est une route de montagne et qu'en outre, c'est entre Mahatsara et Beforona, dans la région des monts Betsimisarakas, qu'elle offire les pentes les plus rapides et les tournants les plus courts. D'ailleurs, même à la vitesse de 25 kilomètres à l'heure, le seul fait de l'apparition de l'automobile à Madagascar avait une importance considérable, puisqu'il permettait d'emblée de £edre dans une petite matinée un trajet que les filanzanes mettaient d'ordinaire trois jours à accomplir.
Beforona, dont le voisinage des chantiers de la route a augmenté considérablengient l'importance, est à ce moment le chef-lieu d'un territoire milîtidre que j'ai constitué sous les ordres du colonel Winckelmayer, officier supérieur remarquablement actif et énergique, en qui je pouvais avoir toute