LES MALGACHES ET UAUTOMOBILE
confiance pour donner une vive impulsion aux travaux et appliquer le maximum d'e£fort8 à Tachèvement de l'importante artère qui devait ouvrir des communications régulières et faciles entre le plateau central et la côte est. Dans le même but, je profite de mon passage pour tenir kabary aux travailleurs, rassemblés au nombre d'environ 2000. Après leur avoir conseillé de redoubler de zèle et d'activité, je leur annonce que le régime de la prestation sera supprimé dès que la route pourra être ouverte à la circulation. Je m'eflForce aussi de leur faire comprendre que, sous le régime nouveau, leur intérêt bien entendu sera, non pas de vivre dans l'oisiveté comme autrefois, mais de rechercher comme travailleurs libres, des salaires qui leur permettront d'améliorer rapidement leurs conditions générales d'existence.
Le lendemain, après avoir repris lé filanzane pour franchir la zone forestière où la route présente encore une lacune d'ime trentaine de kilomètres, nous atteignons vers le soir Moramanga. Le chef-lieu du pays bezanozano s'est complètement transformé depuis un an, et ses maisons blanches, à étages et à larges vérandas, bordant la grande route sur près de deux kilomètres, donnent — aux costumes indigènes près — l'illusion der quelque village de France. Comme à Beforona, je fais kabary à la population et lui annonce mon intention d'appliquer à Madagascv le régime de la liberté du travail.
La voiturette six-chevaux, qui a pu traverser la forêt sans encombre, a été remontée à Moramanga et va nous permettre d'achever rs^idement le voyage. Elle nous attend devant la résidence; tout autour, les indigènes font cercle, curieux et intrigués. Quelle n'est pas leur stupéfaction lorsqu'ils entendent le teuf-teuf, puis voient peu après le véhicule partir à vive allure, comme quelque animal majestueux et puissant auquel le Vazaha aurait tout à coup donné la vie. Nos bourjanes, que nous laissons à Moramanga, regardent de travers ce concurrent inattendu,
En une demi-heure, nous couvrons les i8 kilomètres qui nous séparent du Mangoro; après avoir franchi le fleuve en bac, la voiturette atteint vite la route dé la Màndraka qu'elle monte allègrement. Bientôt nous sommes à Manjakandriana^ où la foule énorme des indigènes qui s'est portée à notre rencontre nous oblige à n'avancer qu'avec prudence, puis, en fin de compte, à reprendre le filanzane.
A Alarobia, un groupe nombreux d'Européens : colons, fonctionnaires et officiers, s'est porté au-devant de moi. Quelques discours sont échangés, puis la marche reprend, de plus en plus ralentie par l'affluence de population qui nous escorte. Il est près de quatre heures lorsque nous parvenons à Tananarive.
Je n'oublierai jamais la magnifique réception qui m'y fiit faite, aussi bien par la Colonie européene que par la population indigène. La ville en fête, les maisons particulières et les édifices publics pavoises, de nombreux arcs de triomphe avec inscriptions de circonstance dressés sur le parcours que je dois suivre, enfin, par-dessus tout, les manifestations spontanées et sincères de la sympathie publique, furent pour moi un précieux encouragement, au moment où je rentrais dans la capitale de l'île pour y reprendre ma tâche et mes fonctions.
Je ne m'étendrai pas sur les fêtes qui furent organisées dans la quinzaine qui suivit mon retour : bal au cercle français, fête populaire indigène à Mahamasina, banquet de 200 couverts au théâtre, revue des troupes, etc. Comme à Tamatave, je pus ainsi reprendre contact avec tous et apprécier les desiderata et les besoins des diverses catégories de la population. Enfin, pour marquer aux indigènes la confiance que je mettais en leur fidélité, j'avais rendu la liberté aux anciens chefis rebelles, relégués à la Réunion, et ordonné leur mise en route potir Tananarive dès mon retour dans la colonie.
Après im mois consacré à reprendre le courant des affaires, je partis le 15 septembre, en automobile, pour Mévétjmana, où