FACHEUSES NOUVELLES
Tavouer, je n^envîsageaîs pas avec une entière gaieté de cœur les lourdes responsabilités que j'allais encourir. J'étais déjà passé par le Soudan et le Haut Tonkin et je connaissais par expérience les graves difficultés qu'ofifrent ces entreprises coloniales, où il faut tout créer et se sortir d'afiaire avec des ressources toujours insuffisantes. En outre, les gros déchets de la dernière expédition de Madagascar, et les événements qui avaient suivi, n'étment guère de nature â modifier mon impression sur l'importance des obstacles que j'allais avoir à surmonter.
En France, une suite de fâcheuses nouvelles parvenues coup sur coup avait jeté l'alarme et créé tme véritable anxiété.
Le pays hova était en pleine révolte et depuis quelques mois des Français avaient été assassinés un peu partout.
Bien que ma santé, im peu éprouvée par ma dernière campagne au Tonkin, ne fût pas parfaite, je me mis aux ordres du ministre. J'avais d'ailleurs consulté quelques-ims de mes amis et tous avaient été d'avis, comme moi-même, que je ne pouvais me dérober devant la proposition, d'ailleurs fort honorable pour moi, qui m'était faite par le Gouvernement de mon pays.
Je m'étais tenu au courant des événements militaires qui, à diverses époques, et surtout pendant les deux dernières campagnes de 1885 ^t ^895, s'étaient déroulés dans la grande île. Mais ma documentation était beaucoup moins précise sur la géographie du pays, ses ressources naturelles, son avenir économique et les chances de réussite qu'il pouvait offiîr aux entreprises de colonisation. Quelques ouvrages sérieux et pour citer l'un des principaux, VHistoire naturelle, politique et physique de Madagascar^ de M. Alfred Grandidier, m'avaient donné certains aperçus généraux dont le temps n'a fait que confirmer l'exactitude. A côté de cela, d'autres sources où j'avais cherché également à puiser ofiraient beaucoup moins de garanties, et leurs indications péchaient le plus souvent par optimisme.
Aussi, lorsque M. le ministre des Colonies voulut bien m'offi-ir de consulter les gros dossiers qu'il avait fait constituer à mon
intention, lui demandai-je de consacrer le moins de temps possible à leur étude et d'attendre mon arrivée dans Tîle pour juger la situation et prendre les mesures qu'elle comportait.
Je commençai mes préparatifs de départ et m'assurai d'abord la collaboration de quelques officiers pouvant rendre d'utiles services dans xm pays neuf.
C'étaient, pour l'infanterie coloniale : le commandant Gérard, officier supérieur énergique, actif, dont j'avais pu apprécier au Tonkin les remarquables qualités militaires, et qui, au cours d'une mission épineuse au Siam, s'était révélé négociateur clairvoyant, ferme et avisé; le capitaine Lucciardi, qui s'était mis en lumière au Soudan et au Dahomey, et y avait commencé de la façon la plus brillante ime carrière pleine d'avenir, hélas! interrompue depuis par une mort presque soudaine; les lieutenants Martin et Boucabeille que je connaissais depuis le Tonkin. J'emmenai aussi deux officiers de l'armée métropolitaine : le capitaine Détrie, du 104® d'infanterie, élevé à bonne école, qui, peu auparavant, s'était distingué au Tonkin dans plusieurs affaires; enfin, le capitaine Dubois, du 32® d'artillerie.
Les nouvelles alarmantes reçues de Madagascar en juin et juillet 1896 avaient fait envisager notre récente conquête comme gravement compromise, et accrédité cette opinion qu'il fallait y envoyer de très importants renforts pour mettre à la raison les populations de l'île insurgées en masse contre notre autorité.
Je crus cependant devoir limiter mes propositions, quitte à réclamer de nouvelles forces à mon arrivée dans l'île.
Ne pouvant faire appel à nos régiments d'infanterie coloniale dont les dépôts étaient à cette époque à peu près complètement dégarnis, je demandai l'envoi à Madagascar d'un bataillon de Légion étrangère qui reçut par télégramme l'ordre de venir s^embarquer à Marseille.
Par l'expérience acquise au Tonkin, je savais pouvoir utiliser cette troupe d'élite aussi bien pour l'action militaire que pour les travaux divers d'installation nécessaires dans un pays neuf. C'est
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