LE GÉNÉRAL OUDRY
presque un lieu commun de dire qu'on trouve parmi nos légionnaires toutes les ressources et toutes les spécialités : instituteurs, ouvriers d'art, dessinateurs, secrétaires, artistes même comme ils le prouvèrent bientôt dans les soirées improvisées à bord, et plus tard à Tananarive et ailleurs, en montant des théâtres et en organisant des concerts qui fournirent à nos soldats comme à la colonie européenne de précieux éléments de distraction.
Ayant réglé les questions essentielles, je quittai Paris, après avoir rendu visite aux ministres sous lès ordres desquels j'étais plus spécialement placé : le général Billot et l'amiral Besnard; je pris aussi congé de M. le Président de la République qui voulut bien, en cette circonstance, me faire l'accueil le plus sympathique, et me prodiguer ses précieux encouragements.
J'arrive à Marseille le 9 août par le rapide du matin. Tout colonial s'y retrouve avec plaisir; il en part, il y débarque à son retour et y apprend en quelques heures les nouvelles de tous les coins du globe ; Marseille est pour lui le foyer d'adoption.
Dans l'après-midi, sur la Canebière, je crobe le général Oudry débarqué de la veille de Madagascar. Il me fait un tableau peu rassurant de la situation. Lui-même vient de diriger dans le sud-est de l'Emyme une colonne chargée de poursuivre et de châtier les assassins de Diu-et de Brie et de ses compagnons. Nos troupes envoyées contre les rebelles ne peuvent, me dit-il, avoir qu'une action momentanée et, par conséquent, peu eflficace. Tout cède et tout fuit dès qu'elles se montrent en force, mais il ne leur est pas confié de mission politique et elles regagnent leurs garnisons sans prendre pied dans le pays après chaque coup de sonde qu'elles y ont donné. Dès qu'elles ont évacué une région, les Fahavalos reparaissent en nombre et récommencent à tendre des guet-apens aux Européens.
Le lendemain de cet entretien, à 4 heures de l'après-midi, par un temps superbe, je prends passage à bord du Yang-Tsé. Je ne m'étendrai pas sur la première partie de la traversée. La littérature des voyages fournit à cet égard une documentation
Au mouillage^ nous apprenons qu'une partie des colons français sont allés se réfugier sur le croiseur italien Volturno et que quelques autres se sont rendus au consulat pour en assurer la garde. Le sultan a demandé asile au consul allemand qui lui a fait bon accueil. Et, lorsque nous descendons à terre, chacim remarque ce vis-à-vis original : les soldats allemands faisant bonne garde à la porte de leur consulat pendant qu'en face, de l'autre côté de la rue, les sentinelles anglaises sont postées en observation pour empêcher la fuite du sultan dépossédé.
' Ces événements prolongent notre escale à Zanzibar et le Yang- Tsé ne lève l'ancre que le lendemain.
' Trente-six heures après, il touche Mayotte où nous rencontrons le La Péroiise portant le pavillon du commandant Le Do, chef de la division navale de l'Océan indien. Quelques instants plus tard, je reçois la visite de ce brillant officier de vaisseau dont je savais déjà la réputation et que la marine française a malheureusement perdu depuis. Prévoyant que les événements de l'Emyme m'obligeront pendant quelques mois à ne pas m'éloigner du plateau central, je lui demande de s'occuper des côtes pendant tout le temps que je serai axix prises avec la rébellion hova. On verra plus loin combien, sur cette simple donnée, fut actif et efficace le concours qu'il me prêta pour faire reconnaître la souveraineté française dans les régions du littoral.
• ' Douze heures de traversée conduisent de Mayotte à Majimga, notre première escale sur la terre malgache. Le Résident de France, est M. Mizon, l'explorateur connu; il m'entretient de la situation du pays qu'il administre dans un complet isolement de l'autorité centrale. Peu après la prise de Tananarive, les communications avec la capitale ont été entièrement coupées; quelques canonnières de l'expédition, encore susceptibles de fournir un service, remontent de temps à autre jusqu'à Marololo et Mévétanana; mais, au delà de ce dernier point, ime muraille se dresse, que les nouvelles de l'intérieur ne traversent pas; on sait seulement que des bandes nombreuses de Fahavalos tiennent le