‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 70 sur 170 · LES TRAVAUX PUBLICS EN · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX PUBLICS EN

région voisine. Je visitai pendant cette tournée, plusieurs concessions, notamment celles de qudques colons militaires, très dignes d'intérêt, dont les efforts étaient ix>uronnés de succès.

Avant de rentrer à Tananarive, j'accomplis aussi un trajet de 80 kilomètres sur la future route de Fianarantsoa à Mananjary, dès cette époque rendue muletière jusqu'à la limite est de la province du Betsiléo.

A la fin de l'année 1900, les travaux en cours dans toutes les parties de l'île avaient considérablement progressé. La ligne télégraphique de Tananarive à Diégo-Suarez était achevée ; elle desservait, sur un développement de 900 kilomètres, Ambatondrazaka et Mandritsara dans les régions de l'intérieur, et, sur la côte, Maroantsetra, Antalaha et Vohémar. J'envoyai à la même époque une nouvelle mission d'études, la troisième depuis 1896, pour achever le tracé de là route d'Ambatondrazaka à la côte est et faire commencer les premiers travaux de cette artère nouvelle. Les ressources du pays sihanaka justifient en effet l'établissement, dans la direction de Tamatave, d'une bonne conmiunication, qui doit être d'abord ime route, et poiurait faire place plus tard à une voie ferrée, si la colonisation se portait vers le bassin du lac Alaotra, et y introduisait une main-d'œuvre suffisante pour l'exploitation méthodique des produits du sol et du sous-sol de cette riche contrée.

Au canal des pangalanes, les travaux de percement du dernier seuil sont très avancés et plus des deux tiers des déblais (240000 mètres cubes) ont été effectués.

Enfin, le 31 décembre, la route carrossable de l'est est ouverte à la circulation publique. L'achèvement de ce travail avait demandé trois ans et la réussite de l'entreprise, en dépit des obstacles rencontrés, constituait im événement d'une haute importance politique et économique. La longueur de la route atteignait 245 kilomètres, dans une région argileuse, parsemée de forêts et tellement pluvieuse et tourmentée que bien des personnes la considéraient comme infranchissable autrement que

par des sentiers malgaches. L'exécution avait nécessité l'extraction de 2 millions de mètres cubes de déblais, dont 300000 en terrain gneissique, la construction de i 200 mètres de ponts et ponceaux et l'aménagement d'un bac sur le Mangoro.

Suivant l'intention que j'avais annoncée à tous, dès mon retour à Madagascar, je profitai de cette circonstance pour supprimer le régime des prestations. Cette mesure, rentrant dans le programme d'émancipation et de progrès social dont je votdais faire bénéficier les populations malgaches, ne laissa pas de soulever des objections de la part de quelques colons qui appréhendaient, pour leurs entreprises, les conséquences de la liberté du travail indigène.

Néanmoins, le moment était venu de franchir cette étape. Comme tous les Orientaux d'origine, les Malgaches se délectaient, au début, dans l'oisiveté et tenaient en mépris les travailleurs et le travail. Pour modifier cette mentalité, il fallait la nécessité et l'éducation, autrement dit une sujétion passagère, qui avait été, dans l'espèce, le régime de la prestation. J'avais réussi ainsi à opérer la transformation, à faire peu à peu honorer le travail par les Malgaches et, par suite, à les rendre dignes d'une mesure qui, au dernier jour d'un siècle où ils avaient durement soufiert, leur accordait enfin le régime de la pleine liberté.

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