OPÉRATIONS DU SUD
achever, mais la question s'y posait d'une façon particulièrement nette et il importait de là résoudre. , . .
Pendant les séjours que je fis dans les trois ports du comman* dément supérieur du sud, je pus me rendre compte des principaux résultats déjà obtenus à la fin d'août par le colonel Lyautey. Sa méthode avait consisté, daqs les deux régions de Test et de l'ouest, à refouler progressivement vers le sud les groupements réfractaires. Du côté de l'ouest, on isolait ainsi du territoire sakalave les éléments encore doutera des tribus baràs, pendant qu'à l'est on éloignait de la province de Fiânarantsoa et du nord de la province de Farafangana habites par des populations paisibles, les tribus insoumises de la zone forestière qui constituaient xine menace constaiute pour lés contres pacifiées*
Je rappellerai rapidement les principales phases dé l'exécution.
Dans l'ouest, le commandant Lucciardi, placé à la tête du cercle de Tuléar, avait meqé à bien, sans recourir à la force, jsl mission ^éciate qui lui incombait. A la suite d'habiles négociations, le roi des Baras-Imamonos, Impoinimerinâ, dont la tribu comprenait environ 40000 hommea valides, promit de nous servir fidèlement, d'assurer la sécurité de son territoire, d'y recueillir l'impôt et d'y tenir la main à l'exécution de toutes les mesures prescrites par le Gouyemement. En récompense de son attitude, ce chef avait reçu solennellement l'investiture française; il avait été créé à son profit im régime de '^ protectorat intérienr i qui, confirmant son autorité, fonctionna dai» d'excellentes conditions, et fut par la suite appliqué à d'autres régions de Madagasour.
 l'est, le colonel Lyautey fit d'abord pourchasser les bandes rebelles qui se tenaient encore dans la région d^Ikongo. Au mois de mars 1901, la situation de^:e côté s'était considérablement améliorée; toutefois, les résistances ne prirent fiii qu'au mois de décembre, par la soumission du chef Andriampanoha qui avait été le principal instigateur de l'insurrection dans cette contrée.
Pendant ces opérations de Tlkongo, les capitaines Le Rouvilloîs et Mouveaux nettoyèrent, du mois d'avril au mois d'août, la vallée de la Mananara, les forêts montagneuses de l'Ivolobé et les hautes vallées de Tltomanpy et de Tlsandro, occupées par diverses tribus rebelles, dont les Tambavalaa et les Andrabés, qui nous opposèrent une résistance particulièrement opiniâtre.
D'autre part, une étude attentive des divers groupements ethniques et de leurs affinités, politiques ou autres, avaient amené le colonel Lyautey à supprimer le cercle des Baras dont la partie pacifiée et tranquille fut morcelée entre la province de Fianarantsoa et les cercles de Tuléar et de Fort-Dauphin. La partie est, région forestière encore trouUée, fonna le cercle annexe d'Ifandana, circonscription provisoire, qui devait, après le rétablissement de Tordre, faire retotu: à la province de Farafangana.
Plus au sud, le chef de bataillon Blondlat, commandant du cercle de Fort-Dauphin, eut comme premier objectif l'occupation du pays encore insoumis compris entre le Mandraré et le Maitiambovo. Les éléments hostiles, sous les ordres du chef Titsy, s'y étaient massés dans ime épaisse forêt de. cactus qui leur o&ait un réduit presque impénétrable; au mois de mai 1901, 1 500 de leurs guerriers avaient attaqué le poste d' Ambovomhé, et Titsy avec lequel on avait tenté d'engager des pourparlers, avait fEiit répondre qu'il ne votilait pas de notre autorité et que jusqu'au bout, il nous traiterait en enixemis.
Peu après mon passage à Fort-Dauphin, au mois d'octobre, le commandant Blondlat entreprit la pénétration méthodique du territoire de Titsy. A la fin de l'année, il l'avait menée à bien. La marche de nos colonnes dans cette région de cactus, au milieu des embuscades incessantes d'un ennemi insaisissable, fut particulièrement pénible. Nous eûmes à déplorer la mort de deux officiers, le capitaine Astoin et le lieutepant Mousnier-Buisson; le commandant Blondlat fut lui-même assez grièvement blessé.
A la fin de 1901, le colonel Lyautey avait fait faire un grand
LES TRAVAUX A TULÊAR
pas à la pacification. Il rie lui restait qu'à occuper le pays mahafaly et à le mettre en liaison avec les circonscriptions voisines.
Je mis à profit mon séjour à Tuléar, Fort-Dauphin et Farafangana pour me rendre compte de la situation économique des régions dont ces ports constituent les débouchés. De sérieux progrès ont été réalisés partout depuis trois ans et je prenderdes mesures propres à les accentuer en tenant compte des renseignements des chefs de circonscription, des vœux des colons et des Chambres consultatives.
A Tuléar, des crédits sont ouverts pour les travaux de voirie qui doivent transformer Tancienne bourgade, construite en paillottes sur une dime de sable, en une véritable ville, percée de larges rues et se prêtant par son plan d'ensemble à des agrandissements fîitiu^. Je prescris aussi Tétude d'un projet de jetée maritime. Le port de Tuléar, qui offre aux navires des eaux très calmes et une excellente tenue, présente cet inconvénient que la pente du fond y est très faible et qu'en outre, des apports incessants de sables et de limons y sont faits par les rivières et les courants marins. A marée basse, la mer découvre ainsi jusqu'à près d'un kilomètre du rivage, ce qui rend longue et coûteuse la manutention des marchandises. Une jetée atteignant les fonds de I m. 50 à 2 mètres à marée basse pourra remédier à cet inconvénient et augmenter dans une large mesure la ci^cité d'embarquement et de débarquement du port. A cette époque, la question avait d'autant plus d'importance que Tuléar s'annonçait comme pouvant devenir un centre très important d'exportation du bétail malgache vers l'Afrique du Sud.
Il faut faire figurer aussi parmi les ressourcés que cette région oflfre au commerce maritime le bel estuaire de l'Onilahy (ou rivière de Saint- Augustin) à ime vingtaine de milles au sud de Tuléar, qui offi-e aux navires un mouillage des plus sûrs. Le fleuve lui-même est navigable aux petites embarcations jusqu'à 150 à 200 kilomètres dans l'intérieur.
Je rencontrai à Tuléar plusieurs explorateurs, et entre autres,
M. Guillaume Grandidier, fils de Tillustre savant, qui, avec un détacheméift mis à sai disposition par le colOdel Lyautey, valait d'accomplir une mission scientifique dans TExtrême-Sud et de reconnaître le cap Sainte-Marie. Outre des collections botaniques, minéralogiqueô et autres, il rapportait des renseignements ethniques fort intéressants sur les sauvages populations de ces contrées.
€ Ce sont, — m'écrivait-il — des genô dcf haute taîHe, bien découplés, guerriers, superstitieux et très jaloux de leur indépendance.
« Leur unique richesse est le bétail; ils ont d'innombrables troupeaux de boeufs qui, comme leurs propriétaires, sont privés d'éau une partie de l'année et se multiplient quand même.
« La densité de la population du cap Sainte-Marie est annparable à celle du pays betsiléo (environ 30 par kilomètre carré).
« Sous ce rude climat, il n'existe presque aucune culture aux environs des villages ; ceux-ci sont d'ailleurs les plus misérables de toute l'île ; les cases consistent en un simple toit posé par terre, sans parois verticales et sous lequel on pénètre en rampant.
€ Les mœurs de ces populations sont des plus primitives et beaucoup n'ont encore aucune notion des produits les plus rudinientaires de la civilisation. C'est ainsi que la vue d'une allumette et son usage les remplissent d'étonnement ; leur procédé habituel pour obtenir du feu consiste encore à frotter l'un contre l'autre deux morceaux de bois sec. »
A Fort-Dauphin, le commerce général est complètement sorti du marasme où il languissait lors de mon premier passage, en 1 897 . Les affidres de bœufs et de caoutchouc ont pris un essor plein de promesses et plusieurs de nos compatriotes qui, à la suite de nos troupes, ont commencé à explorer l'intérieur, fondent de sérieuses espérances sur la découverte récente de belles forêts de lianes caoutchoutifères dans certaines régions de l'Andrby. Grâce aux conseils et aux encouragements donnés aux indigènes par nos oflSciers et nos chefs de poste, l'élevage méthodique du bœuf,
FARAFANGANA
du porc et du mouton se développe un peu partout, principalement dams la belle vallée d' Ambolo au nord de Fort-Dauphin et dans la région du Faux-Cap. Enfin/ des colons en assez grand nombre se sont établis dans les principaux centres de population, y ont créé des comptoirs et exploitent aux environs de petites concessions dont plusieurs sont déjà entrées dans la.période de rendement;
La province de Farafangana, à la t0te de laquelle est placé un vétéran de Madagascar, M. l'administrateur Béné vent, est aussi enboime voie de développement économique; Au chef-lieu, sont établies plusieurs maisons de commerce importantes qui possèdent des succursales dans les deux principales localités de la contrée, à Vangaindrano et à Vohipeno. La province, qui compte une population indigène de plus de 200000 habitants, oâre un importât débouché au commerce français, principalement pour les tissus qui y représentent ime consommation annuelle de près de 500000 francs. Les exportations commencent à se développer et portent surtout sur la cire, le caoutchouc et les peaux de bœufs. H s'est créé aussi sur divers points des exploitations agricoles européennes d'une certaine importance pour la production des denrées coloniales et des plantes textiles; M. Prudhomme chef du Sendce de l'Agriculture, qui m'accompagne dans cette partie de ma tournée, en fait une visite détaillée et peut ainsi procéder à]un échange de vues et à une documentation réciproque qui, pour les questions agricoles et siutout dans un pays neuf, sont d'une incontestable utilité.
Enfin, dans les trois circonscriptions du commandement supérieiw du Sud, de nombreuses voies de communication — encore primitives, mais suffisantes dans une période de début — partent de la côte, donnent accès aux principaux centres de l'intérieur et relient ceux-ci entre eux. Un réseau de 900 kilomètres de lignes télégraphiques, établi en quelques mois, permet la tranismission rapide des^ordres et facilite à la fois les opérations militaires et l'exécution du plan général d'organisation du pays. Les colons avec lesquels je m'entretiens et les assemblées locales que
je consulte sont unanimes à constater cet essor; ils en reportent le mérite à l'énergique impulsion donnée à toutes les afiaires par le commandant supérieur du Sud, ainsi qu'à Fesprit de devoir et de dévouement au bien commun qui anime les officiers, les soldats et le personnel civil en service dans ces contrées.
En quittant Farafangana, nous continuons sur Tamatave par voie de terre, en suivant la route ombragée et verdoyante de la côte. Pendant ce long trajet, je retrouve souvent les aspects de paysage et Tabondance de végétation tropicale déjà décrits dans le récit de mon voyage d'arrivée en 1896 : des chemins de mousse et de gazon sous des bois toufius, avec, de temps à autre, des échappées sur la mer ou les lagunes. Celles-ci forment un chapelet presque ininterrompu, sur tout le littoral, et le percement de quelques seuils pourra les transformer en une voie fluviale de 600 kilomètres de développement.
A deux étapes de Farafangana, nous traversons Vohipeno, chef-lieu du pays Antaimoro. Les habitants, de descendance arabe, forment une agglomération des plus intéressantes. Laborieux et économes, ils sont adonnés à l'agriculture et à l'élevage; pour gagner quelque argent, un grand nombre quittent le pays pendant une partie de l'année et vont s'engager sur les chantiers de travaux des diverses parties de l'île. On les trouve à Diego et jusqu'au Ménabé. Un voyageur qui les a vus à l'œuvre dît d'eux : « Ils font deux fois la besogne d'un Sakalave et, après trois mois de fatigue, ils retraversent l'île. » Leurs migrations annuelles et leurs habitudes de travail les ont fait appeler : les Auvergnats de Madagascar.
Mananjary, où je m'arrête pendant quelques jours, est situé à 200 kilomètres au nord de Farafangana. Le commerce y a notablement progressé depuis trois ans et, l'année précédente, s'est élevé à un chifire d'affaires de plus de trois millions. La colonisation agricole européenne y est représentée par d'assez nombreuses concessions, mais les terrains se prêtent moins bien aux cultures que dans les autres régions de la côte est; aussi quelques
CONVOI FLUVIAL ARRIVANT A BRICKAVILLE PAR LB CANAL DES PANGALANES ET LA VOHITRA.